Le Parti Québécois connaît son pire score depuis 1970

2007/05/02 | Par SPQ libre

AndréJe ne veux pas fédérer les insatisfaits , déclarait André Boisclair au lendemain de l’imposition sous le bâillon par le gouvernement Charest d’un décret aux employés du secteur public. Le 26 mars dernier, les Québécois l’ont pris au mot.

Insatisfaits du gouvernement libéral, 61,6 % des électeurs ont décidé de voter pour une autre formation politique, faisant subir au Parti libéral une défaite historique. Mais le Parti Québécois n’a engrangé que 29,8 % des suffrages, alors que 32,8 % des électeurs – dont évidemment bon nombre d’insatisfaits – trouvaient refuge du côté de l’Action démocratique de Mario Dumont. Des centaines de milliers d’autres électeurs faisaient l’élection buissonnière. Le taux de participation de 71,28 % est à peine supérieur à celui de l’élection de 2003 (70,49 %), le plus bas depuis 1927.

La déroute du Parti Québécois – avec son pire score depuis 1970 – excite évidemment les éditorialistes et les commentateurs politiques fédéralistes qui, dès le soir du scrutin, ont commencé à suggérer la mise au rancart de l’objectif de la souveraineté et la révision d’un programme jugé trop à gauche. Lors de son point de presse au lendemain du scrutin, André Boisclair a accrédité cette perspective.

On croirait revivre un mauvais scénario. Au lendemain de la défaite de 2003, un groupe de députés comprenant André Boisclair et Joseph Facal prenaient prétexte des gains de l’ADQ pour suggérer au Parti Québécois un recentrage vers la droite. Impressionnés par les succès de Mario Dumont, particulièrement dans la région de Québec-Chaudière-Appalaches, les tenants de ce virage proposaient de concurrencer l’ADQ sur son propre terrain, mais en revêtant les habits d’une supposée nouvelle social-démocratie .

Comme bon nombre de sociaux-démocrates à travers le monde, ils avaient été ébahis par les succès électoraux de Tony Blair et de son New Labour en Angleterre. Présentée comme une modernisation de la social-démocratie, le New Labour s’inspirait de l’expérience de Bill Clinton au sein du Parti Démocrate et s’est caractérisé, comme son modèle, par une distanciation à l’égard du mouvement syndical et l’adoption de politiques néolibérales.

Mais le congrès de 2005 du Parti Québécois rejette cette approche. Une solide majorité attribue plutôt l’échec électoral au fort taux d’abstention et l’impute à la dérive néolibérale du parti depuis la politique du Déficit zéro et à sa tiédeur sur la question nationale. Les militantes et les militants corrigent alors le tir et ramènent le parti sur ses positions social-démocrates traditionnelles, tout en réaffirmant la nécessité de l’indépendance nationale pour la réalisation de ce programme. Ils proposent la tenue d’un référendum le plus tôt possible dans un premier mandat. C’est sur cette base que se scelle l’alliance entre les courants sociaux-démocrates et indépendantistes au sein du parti.

Mais tout n’était pas joué. La démission de Bernard Landry et le déclenchement d’une course à la chefferie ouvrent la porte à un match revanche aux partisans de la nouvelle social-démocratie . Empruntée à l’expérience de Tony Blair, la recette gagnante semble toute simple : trouver un chef charismatique pour remporter la victoire en misant sur sa seule performance. Une fois plébiscité, il pourra, espère-t-on, imposer comme Blair l’a fait ses vues à son parti, c’est-à-dire le détacher de sa base syndicale et le recentrer vers la droite.

André Boisclair et son équipe ont mené la course à la chefferie à cette enseigne. Mais la partie a été corsée et, pour s’assurer de la victoire, il lui a fallu endosser le programme mal-aimé du congrès de 2005. Cependant, une fois élu, jamais André Boisclair n’a montré d’intérêt à populariser les éléments social-démocrates de ce programme. Au contraire, il a continuellement cherché à s’en distancer avec des déclarations exprimant son refus de fédérer les insatisfaits au lendemain de l’adoption de la loi 142 et promettant de soulager le capital pour faire du Québec l’endroit au monde où le capital est le mieux accueilli .

Plutôt que de prendre appui sur les organisations syndicales, André Boisclair s’engage plutôt à mettre fin au copinage entre le Parti Québécois et les chefs syndicaux et trouve conseil auprès de l’Institut économique de Montréal.

Mais les membres du parti se chauffaient toujours du même bois qu’au congrès de 2005, comme le révèle l’adoption par les deux-tiers du Conseil national sur l’environnement d’une proposition de nationalisation de l’éolien. André Boisclair rejette la proposition, ce qui lui vaut les applaudissements de la presse fédéraliste et néolibérale. Un chef est né , écrit André Pratte en éditorial l’encourageant à faire fi de son parti et de son programme.

Mais n’est pas Bill Clinton ou Tony Blair qui veut. Une performance anémique dans les sondages force André Boisclair à renouer en catastrophe à la onzième heure avec les alliés syndicaux du Parti Québécois et à proposer à son parti une plate-forme électorale aux couleurs social-démocrates.

De toute évidence, il attribue aujourd’hui le cuisant échec du 26 mars dernier non pas à sa performance – qu’il juge éclatante ! – mais à son parti qui l’a empêché d’imposer ses vues, particulièrement dans la région de Québec.

Aujourd’hui, André Boisclair exprime à nouveau son intention de chercher à recentrer le Parti Québécois vers la droite, mais propose également de mettre sur la glace l’option souverainiste. Cela ne nous étonne pas. Un bref retour en arrière permet de l’expliquer.

Au lendemain du référendum de 1995, André Boisclair et d’autres dirigeants souverainistes ne trouvaient rien de plus urgent que de se dissocier des propos de Jacques Parizeau sur les votes ethniques . Des déclarations similaires d’Yves Michaud leur ont donné l’occasion de proclamer haut et fort leur rejet du nationalisme ethnique et d’ épurer le nationalisme québécois par l’élagage de toute référence ethnique, culturelle et parfois même linguistique. Leur crainte était que l’approche du Parti Québécois soit identifié aux politiques de nettoyage ethnique qui défrayaient la manchette en Yougoslavie et dans d’autres pays.

Mais la mondialisation et les flux migratoires qui l’accompagnent font naître dans les populations du globe une insécurité identitaire qui se traduit par une recherche d’affirmation nationale. Le Québec n’y échappe pas. Nous l’avons vu surgir à l’occasion du débat sur les accommodements raisonnables.

Mario Dumont s’en est saisi et les observateurs politiques datent de son intervention dans ce débat le départ de sa fulgurante ascension. Quant au chef du Parti Québécois, il a été incapable aux yeux de la population d’incarner cette identité nationale, qu’il aurait dû pourtant beaucoup mieux représenter que Mario Dumont, tout en l’articulant bien sûr avec les droits légitimes des minorités ethniques.

Mais la direction actuelle du Parti Québécois est tellement engluée dans son rejet du nationalisme ethnique qu’elle a manqué le coche. Bien plus, il n’y a eu au cours de la campagne électorale aucune référence à la défense et à la promotion de la culture et de la langue française, qui sont pourtant au cœur du mouvement national québécois. On a tellement dépouillé le projet souverainiste de ses attributs nationaux qu’on peut aujourd’hui envisager sa mise au rancart.

On a parfois l’impression que le Québec se trouve aux confins des plaques tectoniques de la politique mondiale et qu’il est parmi les derniers à ressentir l’onde de choc des grands mouvements politiques. Plusieurs se félicitent donc aujourd’hui que le vent de droite qui souffle depuis fort longtemps sur l’Amérique du Nord ait finalement atteint le Québec avec les succès de l’ADQ.

Notre analyse est plus nuancée. Il faut d’abord souligner que la population a durement sanctionné le gouvernement Charest pour ses politiques de droite. Qu’une majorité ait refusé d’embarquer dans le voyage pour la souveraineté que lui proposait le Parti Québécois témoigne, à notre avis, que ce voyage a été perçu comme mal organisé, son guide jugé incompétent et son itinéraire confus.

Près de 30 % de l’électorat a boudé l’élection, un autre 31 % se sont stationnés chez l’ADQ en sachant que ce parti ne prendrait pas le pouvoir. Rien ne garantit que ce parti pourra consolider ses positions. Au contraire, nous savons que la droite n’a pas de solutions à offrir face à l’insécurité économique et identitaire. La réduction de l’intervention de l’État et le laisser-faire économique qu’elle propose ne peuvent qu’aggraver la situation dans une société comme la nôtre.

La solution ne réside pas non plus dans une adaptation québécoise du New Labour de Tony Blair. Malgré l’énorme avantage de pouvoir bénéficier de l’extraction du pétrole de la Mer du Nord, le Royaume-Uni est tombé au 19e rang sur les 25 pays européens pour la performance économique. Son déficit budgétaire excède les 3 % du PIB permis par le traité de Maastricht. Sa dette réelle surpasse celle de la France, pourtant jugée catastrophique . Près du quart de la population vit dans la pauvreté et l’écart entre les riches et les pauvres est le plus important d’Europe. Tony Blair est aujourd’hui présenté comme le digne héritier de Margaret Thatcher.

À cette élection, les militantes et les militants du Parti Québécois ont sauvé la mise par leur engagement et un dévouement sans bornes. Ces gens sont les yeux et les oreilles de ce parti au sein de la population et ce sont les plus aptes à véhiculer les préoccupations de leurs concitoyens. C’est leur bilan de l’élection qui importe. Le bilan des gens qui étaient sur le terrain. C’est de là également que viendront les réalignements nécessaires.

Marc Laviolette, président
Pierre Dubuc, secrétaire

|AndréLe voyage pour la souveraineté a été perçu comme mal organisé, son guide jugé incompétent et son itinéraire confus.
29|36|Société Livres|Montréalistan, une enquête aux détails troublants|2007-05-02 15:45:32|Pierre Dubuc|

Le journaliste d’origine française, au Québec depuis 1998 et maintenant au Journal de Montréal, a parcouru au cours de sa carrière une trentaine de pays dont le Liban, la Bosnie et plusieurs pays du Maghreb.

Sa description des milieux islamistes montréalais semble fort bien documentée et la galerie de personnages qu’il présente est inquiétante à plus d’un égard. L’auteur a manifestement bénéficié d’informations privilégiées de source policière, ce qui fait en sorte que le non-dit est peut-être plus important que le texte écrit.

À ceux qui l’auraient oublié, M. de Pierrebourg rappelle l’existence dans les années 1990 d’une cellule montréalaise du terrorisme islamique qui comprenait Ahmed Ressam, arrêté à la frontière américaine avec une voiture bourré d’explosifs qu’il voulait faire sauter à l’aéroport de Los Angeles lors du changement de millénaire.

Ressam fréquentait la mosquée Assuna Annabawiyah, rue Hutchison, en face de la gare Jean-Talon, qui a ouvert ses portes en 1993 grâce à de riches bailleurs de fonds du golfe Persique. C’est là qu’il aurait été recruté pour un stage de six mois dans un camp d’Al-Qaïda en Afghanistan en 1998.

L’imam de cette mosquée à la fin de 1999 est aujourd’hui détenu à Guantanamo. Il est accusé d’avoir recruté deux des pirates de l’air du 11 septembre alors qu’il se trouvait en Allemagne. D’autres présumés terroristes ayant fréquenté la mosquée sont recherchés par les États-Unis.

Avant le 11 septembre, plusieurs de ces présumés terroristes avaient, semble-t-il, le statut de combattants de la liberté auprès des autorités canadiennes pour avoir combattu les Soviétiques en Afghanistan et les Serbes en Bosnie. C’est ce que nous soupçonnons en lisant entre les lignes car Fabrice de Pierrebourg est malheureusement très peu explicite à ce sujet.

Parmi ces vétérans de la Bosnie, il y a Fateh Kamel, dont le nom est évoqué dans tous les livres sur Al-Qaïda, le terrorisme et les islamistes. Il est soupçonné d’avoir été le responsable de la cellule d’Ahmed Ressam. Kamel est revenu dernièrement à Montréal, après avoir purgé une peine de 8 ans de prison en France pour activités terroristes avec le groupe de Roubaix, un groupe de vétérans de la Bosnie qui avaient transformé en 1996 ce village français en zone de guerre.

En prison, Kamel s’est lié d’amitié avec le célèbre Carlos. De Pierrebourg reproduit avec fierté une lettre manuscrite que Carlos lui a fait parvenir et qui nous présente Fateh Kamel comme éduqué, présentable, toujours poli et pondéré, avec un discours intelligent et politique, rien du barbu illuminé .

De Pierrebourg a retrouvé dans les archives judiciaires montréalaises que Fateh a été arrêté en septembre 1996 dans le stationnement du centre commercial Beaumont à Ville Mont-Royal pour le vol du sac à main d’une dame âgée de 62 ans, pendant qu’il était activement recherché en France.

Il sera acquitté en mai 1997 d’accusations de vol et complot. Lors de sa première comparution, deux des conditions de sa remise en liberté étaient de déposer son passeport au Greffe dans les 96 heures et de ne pas quitter la province de Québec . Ces deux conditions ont été rayées et remplacées par : Aviser par écrit la Cour de son départ et de son retour à chaque fois qu’il quitte le Québec.

Au chapitre des autres bizarreries, mentionnons Youssef Mouammar, alias Joseph Gilles Breault, un Québécois converti, qui a envoyé des lettres aux journaux dans lesquelles il menaçait de faire sauter une bombe bactériologique dans le métro de Montréal. De Pierrebourg rappelle que Michel Auger a révélé qu’il était un informateur du SCRS. Il était aussi le fondateur de la Fondation internationale musulmane du Canada, un organisme reconnu pour avoir envoyé des communiqués vengeurs. Son adresse était la même que la mosquée de Magdy Soliman sur la rue Jean-Talon.

Un chapitre est consacré à l’imam Saïd Jaziri, l’homme qui soufflait sur les braises . Jaziri est cet imam de la mosquée Al-Qods de la rue Bélanger, qui est allé se promener dans les rues d’Hérouxville avec une femme voilée dès le lendemain de la publication du célèbre code de vie. De Pierrebourg décrit bien comment un débat comme celui sur les accommodements raisonnables est repris au vol par des extrémistes pour justifier leur rhétorique anti-occidentale.

Jaziri a déjà été condamné en 1994 en France pour violences volontaires et dégradation et expulsé vers la Tunisie où il affirme avoir été torturé et emprisonné pendant neuf jours. Il raconte à de Pierrebourg que sa situation s’est normalisée lorsqu’il a accepté de collaborer avec les services de sécurité tunisiens. Trois mois plus tard, il était de retour en France. Arrêté une nouvelle fois, il aurait, selon ses dires, collaboré avec les services de renseignement français.

Arrivé au Canada en 1997, il obtient rapidement son statut de réfugié et devient résident permanent en 1999. En trois ans, il récolte 700 000 $ pour ouvrir la mosquée Al-Qods. Plus tard, il projette de construire une mosquée d’au moins 20 millions de dollars au centre-ville de Montréal avec la contribution financière de l’Arabie saoudite. Il demande à l’administration municipale de lui céder gratuitement un terrain et des subventions au gouvernement du Québec.

Son projet est rapidement dénoncé par Salam Elmenyawi, un autre personnage troublant. Elmenyawi se présente comme président du Conseil musulman de Montréal et s’est fait connaître comme le promoteur de tribunaux islamiques au Québec. Au cours des années 1980, Salam Elmenyawi avait des allures de play-boy et était le patron de Serabit Electronics.

En 1980, la GRC saisit à Mirabel plusieurs caisses d’équipement d’une valeur de 56 000 $ que Serabit se préparait à expédier à Islamabad au Pakistan ainsi qu’à Dubai. Devant les tribunaux, Salam Elmenyawi plaide qu’il ignorait qu’il avait besoin d’un permis spécial pour exporter ce type de matériel utilisé pour l’enrichissement d’uranium.

Après quatre années de procédures, relate de Pierrebourg, Elmenayi n’est reconnu coupable que de l’un des treize chefs d’accusation à propos desquels il avait enregistré un plaidoyer de non-culpabilité. En septembre 1988, la Cour d’appel casse le jugement au prétexte que le juge de première instance aurait commis une erreur de droit et ordonne un nouveau procès. Le 5 octobre 1988, le substitut du procureur général du Canada signe un arrêt des procédures. L’affaire est close.

Le livre de Fabrice de Pierrebourg regorge d’autres détails troublants sur les milieux islamistes de Montréal. De toute évidence, les mosquées ont servi à une époque de lieux de recrutement à plusieurs fins. Aujourd’hui, nous dit l’auteur, Internet a remplacé les mosquées, ce qui ne peut être que bénéfique pour la très grande majorité des 15 % des 100 000 musulmans de Montréal qui considèrent la mosquée comme un lieu de prière.

La lecture de Montréalistan nous incite à échafauder toutes sortes d’hypothèses sur l’irruption de porte-parole incendiaires, le plus souvent autoproclamés semble-t-il, au cours de la période qui a suivi le rapprochement des Québécois et de la communauté arabe lors de la guerre du Liban. Le livre nous invite à une grande méfiance devant d’éventuels actes terroristes qui pourraient se produire dans le contexte où le gouvernement canadien cherche à justifier son intervention en Afghanistan.

|Une description des milieux islamistes montréalais qui semble fort bien documentée, et une galerie de personnages inquiétante.
30|37|Environnement|Eau: les papetières polluent plus qu'avant|2007-05-02 16:06:55|André Bouthillier|

Ce matin je déjeune en écoutant les nouvelles à la radio. Tout à coup le mot Kyoto est prononcé, je m’étouffe presque, deviens rouge de colère. Mais pourquoi donc cette vive réaction ? Pourtant, l’animateur faisait tout simplement référence au Protocole de Kyoto. Mais, que voulez-vous, j’ai atteint ma limite. C’est assez d’entendre pérorer sur ce débat oiseux qui m’écorche les oreilles depuis 1995.

N’allez pas croire que je suis contre le fait que 156 pays sur 192 sauf les États-Unis et l’Australie (le Canada lui, qui renie sa signature) s’entendent pour réduire la production de gaz à effet de serre qui, en gros, est responsable des changements climatiques, dont les effets nous font placoter de température de plus en plus.

Non, ce qui m’irrite, c’est qu’à chaque jour qui passe depuis 1995, les cheminées des usines n’ont pas cessé de cracher leur pollution. Moi, lorsque je déjeune, je veux des céréales, et pas qu’on me lise ce qui est écrit sur la boîte. Pouvons-nous entendre parler des faits, de la dépollution et cesser de placoter des promesses, des intentions, des cibles, des objectifs, des comités d’étude, des….

De plus, lorsque l’on sait que le Protocole permet à une compagnie canadienne de vendre un produit, qui, lorsqu’utilisé au Guatemala, aide à moins polluer là-bas, permettra à la compagnie canadienne de recevoir une permission pour pouvoir polluer plus, ici !!! Oui, oui! Vous avez bien lu. On nous prend pour des crétins et nous devrions militer pour faire appliquer ce Protocole ! Ben là ! Fâché que j’vous dis !

Pendant que ça placote de Kyoto, le gouvernement canadien, lui, en février 2007 refuse de signer un traité international qui, pourtant, ne fait que mettre au point des mesures limitant les émissions de mercure. Non, mais le tas s’alourdit et là je risque de casser ma pipe en lisant que, pendant des années, les usines de pâtes et papiers ont pu déverser illégalement leurs rejets toxiques dans les cours d’eau du Québec sans aucune crainte de se faire poursuivre par Ottawa.

La Commission de coopération environnementale de l’ALENA nous apprend que, sur des milliers de contraventions, à part quelques taloches administratives sous forme d’avis d’infraction et d’exigences techniques supplémentaires, les gouvernements ont tous comme politique de se contenter d’obtenir des papetières qu’elles s’engagent, en cas d’infraction, à faire fonctionner leurs équipements antipollution.

Pour ne pas avoir à sévir, les fonctionnaires ont établi des marges d’erreur qui leur permettent de considérer comme normaux des dépassements allant de 10 à 30 % de certaines normes. Et lorsqu’il y a dépassement, comme les rapports de rejets toxiques sont examinés beaucoup plus tard par des contentieux généralement coupés du travail sur le terrain, il manque toujours quelque chose à la preuve. Résultat, nous apprend Louis-Gilles Francoeur du Devoir les gouvernements abandonnent les poursuites et donnent des coups de mouchoir sous forme de nouveaux avis d’infraction.

Pas eu l’temps de recoller ma pipe qu’en mars les papetières annoncent avoir utilisé moins d’eau. Soit environ dix mètres cubes de moins par unité de production qu’en 1999. Les eaux qu’elles rejettent contiennent moins de dioxines et de furannes, affirment-elles. Sauf que la production totale de l’industrie s’est accrue de 20 %. Avec la langue de bois, on tente de nous faire comprendre qu’il y a économie d’eau... mais en lisant bien, on comprend que la production ayant augmenté, l’impact des rejets aux égouts est encore plus grand qu’avant les programmes de dépollution.

Il faut donc conclure que nos valeureux députés se sentent redevables et incapables de mettre les gens d’affaires pollueurs au pas. Changeons donc de tactique et c’est ce qu’a fait la Coalition Eau Secours! Cette dernière vient de lancer un programme de défense législatif dans le domaine de l’eau. Elle cherche à impliquer les candidats aux élections provinciale ou fédérale et les élus dans une démarche de reconnaissance que l’eau est une chose publique (chose commune) et que ce sont les citoyens députés qui seuls peuvent faire en sorte qu’elle soit pour toujours protégée.

La démarche est simple et se base sur deux faits incontestables : l’air et l’eau de qualité sont les deux choses dont personne ne peut se passer et il n’existe aucun substitut. La Coalition a donc décidé de lancer un avis de recherche, afin que les Québécois et les Québécoises sachent sur qui compter pour mettre en place la Politique nationale de l’eau et les quatre priorités développées par la Coalition. Eau Secours! a déjà écrit à plus de 500 candidats ou députés, les invitant à signer un formulaire d’engagement public pour une période de 5 ans, c’est-à-dire jusqu’à la fin de la prochaine législature.

En agissant ainsi Eau Secours! ne cherche pas un engagement de parti politique, puisque la Coalition ne fait pas de politique partisane. De plus, nous croyons que la cause de l’eau doit transcender les positionnements des partis politiques. La Coalition cherche plutôt d’honnêtes citoyens et citoyennes qui, futurs députés, défendront la cause de l’eau à l’intérieur même de leur famille politique.

Les quatre priorités décrites dans l’engagement des futurs députés.es de l’eau sont : 1. La désinfection des eaux d’égouts (eaux usées). Il s’agit ici de faire ajouter une étape aux eaux usées avant de les rejeter dans les cours d’eau;

2. L’obligation pour toutes les villes du Québec d’atteindre les normes fixées par le règlement sur la qualité de l’eau potable durant le prochain mandat. Le règlement sur l’eau potable adopté par l’Assemblée nationale en juin 2001 a été modifié à plusieurs reprises afin de reporter la date d’échéance de 2004 pour que toutes les villes s’y conforment;

3. Eau embouteillée : faire cesser l’autoréglementation pratiquée par les embouteilleurs et les obliger à faire les mêmes tests de qualité de l’eau que ceux pratiqués par les villes. Légiférer afin que les embouteilleurs d’eau se conforment au même règlement que les villes, c’est-à-dire les 73 paramètres dont elles doivent tenir compte dans les tests d’eau.

4. Faire biffer l’article 108 de la loi 134, interdisant ainsi aux villes la privatisation de la gestion de l’eau. L’article 108 dit : Toute municipalité locale peut, pour une durée maximale de 25 ans, confier à une personne l’exploitation de son système d’aqueduc ou d’égout ou de ses autres ouvrages d’alimentation en eau ou d’assainissement des eaux. Tout contrat visé au premier alinéa peut également prévoir que la personne assure le financement des travaux effectués en vertu du contrat. Dans un tel cas, la Loi sur les travaux municipaux (L.R.Q., chapitre T-14) ne s’applique pas à ces travaux.

La grande leçon à tirer face à l’inaction de nos gouvernements réside dans le fait que nous ne serons jamais mieux servis que par nous-mêmes. Il faudra donc s’engager, convaincre ceux et celles qui souhaitent nous représenter, de porter avec eux nos priorités. Nous n’avons plus le choix, il faut transcender les lignes de partis politiques pour s’assurer de faire avancer les objectifs des citoyens en priorité sur celle des commerçants.

|La production de l'industrie s'étant accrue, l'impact des rejets aux égoûts est plus grand qu'avant les programmes de dépollution.
31|38|Économie Accueil_Actualités|La pertinence d'augmenter le salaire minimum|2007-05-03 15:19:10|Gabriel Ste-Marie|

Le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) vient de publier une étude évaluant la pertinence d’augmenter le salaire minimum à 10 $ l’heure. Il s’agit d’une hausse revendiquée un peu partout au Canada. Le gouvernement ontarien McGuinty vient d’ailleurs de proposer l’augmentation du salaire minimum à 10,25 $ d’ici 2010. Au Québec, cette revendication est portée par Québec Solidaire et par l’organisme Au bas de l’échelle qui a aussi publié une excellente étude sur le même sujet l’an dernier.

Les deux documents s’appuient sur le même raisonnement pour exiger une telle augmentation : une personne qui travaille 40 heures par semaine au Québec en 2006 doit gagner 10,22 $ l’heure pour atteindre le seuil de faible revenu qui est calculé par Statistique Canada.

Dans un premier temps, les auteurs de l’étude du CCPA présentent l’évolution du salaire minimum pour les différentes provinces entre 1968 et 2005. Ils comparent ces taux horaires entre eux en tenant compte de l’augmentation des prix au fil des ans et évaluent le pouvoir d’achat de ces salaires. En prenant l’inflation en compte, l’année où le salaire minimum a été le plus élevé au Québec est 1977. Il était alors à 3,15 $ l’heure. Pour obtenir le même pouvoir d’achat en 2005, ce taux horaire devrait être de 9,78 $ l’heure. Les chiffres sont à peu près les mêmes dans les autres provinces. Ceci revient à dire qu’un salaire minimum à 10 $ l’heure aujourd’hui correspondrait simplement au niveau du salaire minimum de 1977, ajusté pour l’augmentation des prix.

En 2005, 161 900 personnes travaillaient au salaire minimum au Québec, soit un travailleur sur vingt. Ils étaient toutefois un sur cinq à gagner 10 $ ou moins de l’heure. Au premier coup d’œil, les gens au salaire minimum sont principalement des jeunes : 55,3 % d’entre eux ont moins de 25 ans. Toutefois, ceux-ci travaillent très peu d’heures par semaine. Un grand nombre d’entre eux sont aux études et demeurent chez leurs parents. C’est pourquoi l’étude produite par Au bas de l’échelle analyse également le nombre d’heures travaillées au salaire minimum en plus du nombre d’emplois. 81 % de ces heures reviennent aux 20 ans et plus (la statistique n’est pas donnée pour les 25 ans et plus). La question du salaire minimum dépasse la question des jeunes salariés.

Malheureusement, comme on peut s’y attendre, toutes les statistiques montrent la surreprésentation des femmes par rapport aux hommes pour ce qui est du salaire minimum et des faibles revenus.

Enfin, même s’il n’y a qu’un travailleur sur cinq qui se trouve dans une petite entreprise (moins de 20 employés), cette catégorie compte 36,5 % des travailleurs au salaire minimum. Toutefois, la plus grande portion des travailleurs au salaire minimum se trouve dans les grandes entreprises (500 employés et plus). Ils y sont 38,3 %. Il faut toutefois garder en tête que cette catégorie embauche la moitié de la main-d’œuvre.

Les deux études démentent le mythe selon lequel augmenter le salaire minimum crée du chômage. En regardant les données historiques, il est impossible de dresser un lien entre l’augmentation ou la diminution relative du salaire minimum et le nombre d’emplois qui y est relié.

Les seules études où on trouve un tel lien utilisent la méthode néoclassique, qui s’appuie sur une foule d’hypothèses non réalistes et sur une théorie qui cherche à tout prix ce lien. Même dans ces cas le lien est presque inexistant. Augmenter le salaire minimum de 10 % n’entraîne aucune perte d’emplois pour les 25 ans et plus. Pour les 20-24, il n’y a que des poussières. Enfin, cela pourrait entraîner une perte entre 2 et 4 % des emplois au salaire minimum chez les 15-19 ans. Nous répétons que ces résultats vont à l’encontre des autres études qui s’appuient sur les données historiques qui, elles, ne voient aucun lien.

Une foule d’études démontrent également qu’augmenter le salaire minimum ne nuit pas à la création de petites entreprises, pas plus que ça augmente leur nombre de faillites. Par exemple, une étude américaine réalisée par le Fiscal Policy Institute en 2004 montre même que le nombre de petites entreprises a augmenté plus rapidement dans les États américains où le salaire minimum est plus élevé que dans les États où il est plus faible.

La menace de pertes d’emplois pour d’autres pays est aussi un mythe. Les usines ne déménagent pas à cause d’une augmentation du salaire minimum. De plus, 90,6 % des emplois au salaire minimum sont dans le secteur des services, comme l’hôtellerie, la restauration ou le commerce au détail. On voit mal un McDo ou une boutique de vêtements déménager en Chine ou en Inde.

Il est ici important de rappeler que les pertes des emplois faiblement rémunérés s’expliquent davantage par le développement de nouvelles technologies que par la concurrence des autres pays, qui voient également leur nombre d’emplois diminuer à cause de la technologie. C’est le cas de la Chine, qui a perdu 15 % des emplois de son secteur de fabrication entre 1995 et 2002, selon l’économiste Jeremy Rifkin. Cet effet se fait de plus en plus sentir dans dans le secteur des services également. C’est le cas par exemple des téléphonistes et des commis aux banques qui sont remplacés par des machines.

Enfin, l’étude du CCPA rappelle que l’augmentation du salaire minimum aide l’ensemble des faibles salariés, pas seulement ceux qui sont au taux minimum. Sans donner de chiffres précis, l’étude ajoute que de telles augmentations ont des effets bénéfiques pour les entreprises, par exemple en diminuant le taux de renouvellement des employés, les coûts de recrutement, de formation et les frais d’administration.

Le salaire minimum passera de 7,75 $ l’heure à 8 $ au mois de mai prochain. Cette augmentation de 25 ¢ demeure insuffisante pour garantir le seuil de faible revenu à ceux qui travaillent 40 heures par semaine au salaire minimum. Une augmentation à 10 $ l’heure ne ferait certes pas disparaître la pauvreté mais serait un pas dans la bonne direction. D’autant plus que ça ne réduirait pas le nombre d’emplois. Mais évidemment, ça peut diminuer le niveau de profit. Pas assez pour faire fermer l’entreprise mais assez pour désintéresser le gouvernement de cette option. Avec la coalition libérale-adéquiste, il est certain que cette mesure ne sera pas réalisée à court terme. Pourtant, elle n’a rien d’extrème. La preuve, c’est que le gouvernement ontarien vient d’inclure l’augmentation à 10,25 $ l’heure pour 2010 dans son budget.

|Un salaire minimum à 10$ l'heure aujourd'hui correspondrait simplement au niveau de 1977, ajusté pour l'augmentation des prix.
32|39|Manchettes Mouvements_étudiant|L'éducation gratuite demeure un enjeu de société|2007-05-03 15:37:44|Hubert Gendron Blais*|

Le 29 mars dernier, les membres de l’Association pour une solidarité étudiante (ASSÉ) manifestaient pour une éducation gratuite et de qualité, afin de poser l’enjeu au-delà du cirque électoral. La marche de Montréal marque un point tournant dans la campagne de l’ASSÉ, qui s’inscrit à contre-courant de la logique néolibérale en matière d’éducation.

En revendiquant la gratuité scolaire, c’est la lutte de milliers d’étudiants et étudiantes que l’ASSÉ réactualise, une revendication loin d’être aussi irréaliste que certains le prétendent. Alors que le champ éducationnel est constamment menacé par la marchandisation, il est temps que tous les acteurs sociaux soutiennent ceux et celles qui oseront se lever pour l’en préserver.

Car la gratuité scolaire a beau être une revendication historique du mouvement étudiant québécois, elle n’en demeure pas moins essentielle pour établir une véritable égalité des chances pour tous et toutes. L’accessibilité au droit universel à l’éducation ne doit être brimée par aucun obstacle institutionnel. Les lucides de ce monde, qui se gargarisent de ces statistiques venant prouver que les frais de scolarité n’entravent pas l’accessibilité aux études post-secondaires, n’ont pas côtoyé d’étudiantes et d’étudiants depuis longtemps. Sinon, ils sauraient alors que les diverses contraintes financières liées au statut d’étudiant demeurent la principale source de difficultés au quotidien.

C’est pourquoi l’ASSÉ a tenu à inclure dans son plan d’action annuel la nécessité d’établir un système de garderies publiques adapté aux besoins des parents étudiants. Nous en sommes rendus à nous demander où va une société lorsque ceux et celles qui souhaitent fonder une famille tout en poursuivant leurs études doivent multiplier les courbettes pour subvenir à leurs besoins.

Affirmer le droit à l’éducation signifie offrir la chance pour tous et toutes de mettre toutes les énergies requises dans leurs études et leur milieu sociopolitique afin de se former en tant que citoyens conscients des enjeux de notre temps. La revendication de gratuité scolaire ne fait que rétablir le fondement démocratique de ce droit brimé depuis trop longtemps à des fins mercantiles.

Ce n’est que lorsque que nous serons prêts et prêtes à s’affirmer en tant que société pour un véritable droit à l’éducation que nous pourrons enfin faire de celle-ci un champ de réflexion et d’action sociale. Car la revendication de gratuité scolaire ne va pas sans une amélioration de la qualité des ressources et services et, à terme, d’une transformation en profondeur des institutions d’enseignement. Les travailleuses et les travailleurs dans le domaine savent que l’éducation post-secondaire a souffert de compressions massives au cours des dernières décennies, compressions qui se ressentent au quotidien dans les bibliothèques sous-financées, le manque flagrant de professeurs, les nouveaux frais bourgeonnant au gré des services, etc. Quand on dit que ça va mal dans les cégeps et universités, le voilà notre réalisme tant décrié !

Ce délabrement du champ éducationnel est dû au désengagement massif de l’État, laissant place au financement privé pour combler ce flagrant manque de responsabilité sociale. C’est ainsi que, morceau par morceau, ces entreprises font entrer dans leur logique réductrice toute la production intellectuelle d’une société, de la sous-traitance aux contrats d’exclusivité, en passant par les attestations d’études collégiales développées par et pour elles-mêmes, et ce sans parler de la réorientation de la recherche universitaire à des fins productivistes bien éloignées de l’idéal de progrès ayant marqué la fondation des universités.

Pourtant, c’est lorsque l’on ose se tenir debout pour défendre ce droit inaliénable que se mettent à fuser les questions et attaques de toutes sortes, de la sempiternelle impossibilité de l’État de financer le moindre programme social d’envergure en passant par la négation pure et simple de la complexité de la réalité étudiante au quotidien. La classe politique québécoise dédaigne aujourd’hui ce qu’elle prônait hier : on semble vouloir oublier que la gratuité scolaire était au programme des libéraux de 1960 et du PQ de 1976.

Que les autruches de la finance se sortent la tête du trou : une société qui en prend les moyens peut parvenir à fonder une éducation gratuite et de qualité libre de toute intervention du marché. Ceux-là préfèrent réduire la taxe sur un capital plus que prolifique plutôt que de faire financer par les entreprises la mise en place de programmes sociaux. Le véritable enjeu ne réside pas dans le débat comptable, mais dans une remise en question complète du rôle accordé à l’éducation en société.

Lorsque l’on considère vraiment le droit à l’éducation comme un fondement de toute démocratie digne de ce nom, on en vient à réaliser que cette lutte n’est pas exclusive au mouvement étudiant, mais concerne l’ensemble de la société. La lutte pour une éducation accessible et de qualité vise à construire le monde de demain, pour forger avec les valeurs que nous souhaitons donner aux générations futures un monde libéré de l’asphyxie néo-libérale. Ce combat est celui de tous ceux et celles qui croient encore en la possibilité des acteurs sociaux de changer le cours de l’histoire et de transformer les institutions pour en faire de véritables piliers démocratiques.

Pourtant, les membres de l’ASSÉ ne se font pas d’illusions sur l’attitude des gouvernants, et c’est pour préparer la prochaine bataille pour l’éducation qu’un congrès de réflexion sur les perspectives de grève générale illimitée pour l’année 2007-2008 a été convoqué le 7 avril. Et lorsque l’ASSÉ déclenchera une grève générale illimitée pour la gratuité scolaire, nous ne pouvons qu’espérer ne pas voir se reproduire le scénario de 2005. Les syndicats et les groupes progressistes oseront-ils cette fois-ci soutenir concrètement les étudiantes et les étudiants au-delà d’un timide appui ?

Il est plus que temps que les mouvements sociaux au Québec refusent les affronts du néo-libéralisme et s’affirment en tant qu’acteurs collectifs venant transformer en profondeur notre société : à quand la grève sociale ?

*L'auteur est Coordonnateur du Conseil régional de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) à Montréal.

*Pour de plus amples informations : www.asse-solidarite.qc.ca

|En revendiquant la gratuité scolaire, c'est la lutte de milliers d'étudiants et étudiantes que l'ASSÉ réactualise, une revendication loin d'être aussi irréaliste que certains le prétendent.
33|40|Langue|Aucun engagement précis pour le français|2007-05-03 15:58:31|Mario Beaulieu|

Sur la photo: Jean Charest et André Boisclair lors du dernier débat des chefs


Plusieurs intervenants, notamment l’Union des Artistes, ont souligné que la culture a été largement absente du débat électoral. Le moins qu’on puisse dire c’est que, comme l’ont dénoncé le Mouvement Montréal français et Impératif français, la question de la langue française a été elle aussi presque complètement évacuée du débat électoral.

Le parti Libéral, l’Action démocratique et le Parti Québécois n’ont pris aucun engagement spécifique pour renforcer le statut du français dans les milieux de travail. Pourtant, le dernier recensement de Statistique Canada a démontré que le français n’est toujours pas la langue commune des milieux de travail linguistiquement mixtes. Moins de la moitié des Québécois allophones travaillent le plus souvent en français.

Pourtant, il est essentiel que les entreprises de moins de 50 employés fassent l’objet d’un processus de certification de l’Office québécois de la langue française. Les entreprises de 10 à 49 employés regroupent le tiers de la main-d’œuvre au Québec, et une forte proportion de nouveaux arrivants dans la région de Montréal.

Dans les grandes entreprises, l’attribution des certificats de francisation permet d’établir des conditions favorables, mais elle n’assure pas la généralisation de l’usage du français, notamment dans les communications orales. Ce sont les comités de francisation qui ont le rôle de maintenir ces conditions et de s’assurer que le français est véritablement la langue de travail dans l’entreprise. Il est donc crucial de revitaliser ces comités, car toutes les études montrent qu’une très faible proportion de ces comités de francisation sont actifs et efficaces.

Il faut également modifier les mécanismes de recours en cas d’exigence injustifiée de bilinguisme dans les offres d’emploi. Les recours actuels sont inopérants, notamment parce qu’un travailleur qui porte plainte se place dans une situation fort délicate par rapport à son employeur ou futur employeur.

Une amélioration du processus de francisation des entreprises ne peut donner de résultats que si les travailleurs ont une bonne maîtrise de la langue. À cet égard, les plateformes électorales de l’Action démocratique du Québec, de Québec Solidaire et du Parti Québécois mentionnent vouloir effectuer des améliorations aux services de francisation des nouveaux arrivants, mais sans chiffrer ces engagements.

Bien que le dernier budget prévoie de nouvelles ressources pour les services de francisation, les Libéraux ne se sont pas engagés à abolir les coupures qu’ils ont faites dans les allocations pour la francisation des nouveaux arrivants ! Ils proposent de faire une campagne de promotion de la qualité du français auprès de ceux-ci. Dans le contexte où la croissance de la population dépend de plus en plus de l’immigration, il est vital d’investir et de faire de la francisation un droit fondamental.

En outre, il est difficile d’inciter les entreprises à utiliser le français comme langue commune au Québec si le gouvernement et ses organismes ne le font pas eux-mêmes. Or, particulièrement à Montréal, tous les services publics sont bilingues. For English, press nine nous disent d’entrée de jeu les répondeurs du gouvernement. Cela contrevient pourtant à la Politique linguistique gouvernementale qui, à l’article 3, mentionne que l’Administration favorise l’unilinguisme français dans ses activités afin de refléter le fait que le français est à la fois la langue officielle et la langue normale et habituelle de la vie publique .

Même le Directeur général des élections du Québec déroge actuellement à l’article 9 de cette politique qui précise que seule la version française d’un document d’information fait l’objet d’une diffusion par envoi anonyme ou par publipostage., tel que l’a soulevé Impératif français.

Si les partis politiques québécois n’ont pas même la volonté politique d’appliquer rigoureusement ce qui reste de la loi 101, il est inquiétant de s’imaginer jusqu’où ils iront pour acheter la paix linguistique. Seul le parti Québec solidaire a émis l’intention de donner à l’Office de la langue française les moyens de faire respecter la loi 101.

Il est de plus en plus évident que la seule voie pour faire du français la véritable langue commune et officielle est celle de la mobilisation des composantes de la société civile, celle de la rue.

|Dans le contexte où la croissance de la population dépend de plus en plus de l'immigration, la francisation doit être un droit fondamental. La question a pourtant été évacuée du débat électoral.
34|41|Mouvements_syndical|Pas de foudre dans le drame de Tallmansville|2007-05-07 16:23:34|Paul Martineau|

En plein congé des fêtes, le 2 janvier 2006, les images avaient rapidement fait le tour du monde. Treize mineurs américains s’étaient trouvés prisonniers, à 80 mètres de profondeur, dans l’obscurité écrasante d’une mine de charbon de Tallmansville, en Virginie occidentale. Une explosion, que les autorités disaient probablement due à la foudre , avait provoqué le gigantesque effondrement de la mine Sago.

Deux jours plus tard, ce sont douze cadavres et un seul survivant que les secours avaient tirés des décombres. Ce dernier était d’ailleurs resté dans le coma pendant plusieurs semaines, avec des dommages importants au cerveau, aux reins, aux poumons, au cœur et au foie.

Les familles des victimes, comme leurs confrères de travail et le mouvement syndical, avaient demandé des comptes à la direction de la mine. Cette dernière continuait de blâmer la foudre. Selon le Lexington Herald-Leader, un quotidien d’une région minière du Kentucky, cette théorie était à peine meilleure que la magie noire ou le suicide de masse .

En mars dernier, plus d’un ans après la tragédie, le syndicat des mineurs, membre du United Mine Workers of America (UMWA), vient de rendre public un rapport dévastateur sur l’explosion de la mine Sago. Les événements du 2 janvier 2006 à la mine Sago auraient pu et auraient dû être évités , peut-on y lire.

Douze hommes sont morts aujourd’hui alors qu’ils n’auraient pas dû périr, a déclaré le président des UMWA, Cecil E. Roberts, en dévoilant le rapport. Leur mort est le résultat d’une série de mauvaises décisions prises par la compagnie et l’agence fédérale de règlementation de la sécurité minière.

Et sans une action immédiate de la part des gestionnaires de mines et des agences de réglementation pour contrer les effets de ces décisions, d’autres tragédies sont inévitables , a rappellé le syndicaliste.

À Sago, le rapport de l’UMWA a démontré que malgré les critiques du syndicat, les sceaux de sécurité dans les tunnels ainsi que les systèmes de ventilation et de communication ne répondaient pas aux plus hauts standards de sécurité. L’aménagement de galeries pouvant atteindre jusqu’à 18 pieds, une hauteur démesurée, aurait aussi contribué à l’explosion en favorisant l’accumulation de méthane. Un plus grand souci accordé à la sécurité aurait permis d’éviter les 12 morts, conclut le document..

Environs 42 % des mineurs font partie de l’UMWA aux États-Unis. La quasi-totalité des autres travaillent dans des mines non-syndiquées, où les salaires sont souvent beaucoup plus bas et où la sécurité peut faire défaut. D’autant plus que récemment, l’Associated Press démontrait que la hausse du prix du charbon entraînait des semaines de travail de plus de 60 heures pour bien des mineurs. Attirés par les salaires payés en temps supplémentaires, les employés s’épuisent, et mettent parfois leur sécurité en danger.

Ainsi, si la mine de Sago était dangereuse, les mines non-syndiquées, elles, sont de véritables pièges, où les morts et les blessés s’accumulent à un rythme fou La différence est tellement marquée entre les mines syndiquées et les non-syndiquées qu’elle paraît invraisemblable.

Selon les statistiques colligées par l’UMWA, il y a eu 157 décès de mineurs américains au travail entre 2002 et 2007. De ce nombre, 24 seulement travaillaient en milieu syndiqué. Les 133 autres travaillaient dans les mines non-syndiquées, ce qui représente 85 % des morts.

Le portrait est similaire pour ce qui est des blessures. Pour la même période de temps, il y a eu 27 105 mineurs blessés au travail aux États-Unis. De ce nombre, 75 % travaillaient en milieu non-syndiqué, contre à peine 25 % en milieu syndiqué.

Malgré cet écart évident entre les niveaux de risques, les propriétaires des mines non-syndiquées continuent à faire des pieds et des mains pour empêcher l’implantation de nouveaux syndicats. C’est le cas de la direction de la Peabody Energy Co, où plus de 3400 mineurs de charbon sont toujours sans protection syndicale. En mettant la sécurité à l’avant-plan, l’UMWA mène présentement une importante campagne de syndicalisation au sein de l’entreprise. Les patrons contre-attaquent toutefois avec des campagnes de peur, des rencontres individuelles d’employés pour les dissuader d’adhérer au syndicat et des menaces de fermeture.

Ironiquement, c’est la deuxième fois que les employés de Peabody – la plus grosse compagnie privée de charbon – se battent pour le droit à un syndicat. Il fut une époque où la main-d’œuvre de l’entreprise était presque à 100 % syndiquée. L’entreprise a alors tout simplement fermé ses mines syndiquées pour en rouvrir de nouvelles, sans syndicat.

|Un an après la tragédie qui a tué 12 mineurs en Viginie occidentale, le syndicat a rendu public un rapport dévastateur sur l'explosion de la mine Sago.
35|42|Culture|Walter Boudreau, musicien de la toupartouphonie|2007-05-07 16:44:21|Benoit Rose|

En ce début d’après-midi hivernal, entre deux réunions, le directeur artistique de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) prend le thé. Walter Boudreau est assis à son bureau, le dos calé dans son fauteuil, ses grands yeux bleus alternant entre la fenêtre et son interlocuteur. Les espadrilles sont rouge vif. Le thé vert est brûlant.

Musicien, compositeur, chef d’orchestre et directeur artistique, Boudreau a récolté sur sa route de nombreux honneurs, du Premier Prix du Concours National de Radio-Canada pour les jeunes compositeurs en 1974 au Prix Denise-Pelletier en 2004. Ses œuvres complexes ont été jouées ici, aux États-Unis, en France, en Belgique, en Allemagne, en Pologne et en Finlande.

Celui qu’on a comparé à Frank Zappa au temps de l’Infonie, cette expérience musicale éclatée menée par Boudreau et le poète Raôul Duguay, est un artiste de liberté et de démesure, fasciné devant l’infiniment grand et l’infiniment petit. Il recherche l’orgasme infini , à travers la grandeur et l’intensité musicale.

De l’enfance à l’Infonie

Sorel. Les doigts du petit Walter rejoignent les touches du piano de façon naturelle, très tôt, à l’âge de six ans. Sa mère est pianiste et son père, héros de guerre, avait maîtrisé le saxophone. Le jeune musicien écoute des 78 tours de musique classique avec son mononc’ Guy et l’opéra des samedis après-midi avec sa grand-mère.

À 13 ans, au Collège Sacré-Coeur de Sorel, le jeune Walter veut jouer de la petite caisse dans l’Harmonie Sainte-Cécile, et ce pour plusieurs raisons: par intérêt pour la puissance de l’instrument, mais aussi parce que ça pognait avec les filles , et parce que l’uniforme militaire de la fanfare lui semble valorisant. Mais le frère Chabanel, chargé de l’ensemble, lui met un saxophone dans les mains. En peu de temps, le jeune homme tombe amoureux de son nouvel instrument, qui l’ouvre à tout l’univers de la musique populaire. Deux ans plus tard, Walter Boudreau fait vibrer son saxophone avec son groupe Les Majestics à Sorel, en compagnie du chanteur Bruce Huard, future voix des Sultans. Et les filles sont aussi au rendez-vous.

À 19 ans, Boudreau enregistre un premier disque de jazz à Montréal avec des vieux pros . C’est l’année de l’exposition universelle de 1967, où il est embauché comme jazzman tout l’été. C’est là, sur une scène de Terre des Hommes, que se fait la rencontre artistique avec le poète Raôul Duguay, avec qui il lancera l’Infonie (1968-73). La folle aventure infoniaque permettra au musicien de marier, dans un melting pot éclectique, ses influences classiques, populaires et jazz. La participation de l’ensemble à La Nuit de la poésie demeure un témoignage éloquent de l’esprit de liberté, d’ouverture et de fusion qui régnait au sein du groupe.

Au cours de ces années où Toutt est dans toutt , le directeur Boudreau passe progressivement de l’improvisation totale à l’organisation totale , selon les mots de Duguay. Il compose de plus en plus, et de façon toujours plus complexe.

Walter Boudreau, architecte

J’ai toujours considéré les œuvres de Walter Boudreau comme des architectures tonifiantes de l’essence du son, du timbre, du registre et du rythme, de déclarer Raôul Duguay dans un hommage au compositeur. Constructeur de gratte-ciels à la gloire de l’imaginaire, de métropoles où règnent l’ordre et la liberté. Le compositeur a le regard posé sur les grands ensembles. J’ai une fascination pour l’architecture, avoue-t-il, mais j’aime une architecture qui est vivante, qui réfléchit. Les structures que les compositeurs érigent sont selon lui, comme les bâtiments, des manifestations de ce que nous sommes , les unes étant visuelles, les autres sonores.

Sa Symphonie du millénaire de l’an 2000, coordonnée avec le compositeur Denys Bouliane et jouée en plein air à l’Oratoire Saint-Joseph, est un merveilleux exemple des idées de grandeur du compositeur urbain. Cette œuvre collective (en toupartouphonie ) de 19 compositeurs pour 333 musiciens, 2000 carillonneurs, 15 clochers, grand orgue, un carillon de 56 cloches et deux camions de pompiers a pris racines dans la tête de Walter Boudreau au printemps de 1965. J’étais juché à mes risques et périls sur le flanc est du Mont-Royal, écrit Boudreau, contemplant le magnifique panorama de Montréal qui s’éveillait tout doucement aux sons de ses mille et un clochers, et j’ai imaginé une sorte de méga-symphonie qui mêlerait aux riches sonorités des cloches une musique originale, jouée en direct par des centaines de musiciens disposés stratégiquement sur la montagne et près des clochers. 35 ans plus tard, la Symphonie du millénaire, événement hors du commun, remporta le prix Opus de l’événement musical de l’année.

Raôul Duguay dit: Il voit tellement grand. D’ailleurs, tu vas chez lui, il a dessiné les plans de la ville, de je sais pas, de New York, avec toutes les petites rues. Il dessine dans le détail. Il a comme des plans d’urbanisme. Y’en a une (sic) qu’il est en train de finir, ça fait trente ans qu’il y travaille.

Les œuvres de Boudreau s’organisent autour de logiques mathématiques. Assis dans son bureau, au cœur de Montréal, il parle d’édifice musical, de grandes villes observées à vol d’avion, de certains projets dits monumentaux. Walter Boudreau est architecte.

Compositeur délinquant

Créateur rigoureux, il n’en est pas moins un compositeur délinquant, qui aime inviter ses semblables, à titre de co-directeur artistique du festival international Montréal/Nouvelles musique (MNM), à venir bousculer les conventions sur scène.

Qu’est-ce qu’un compositeur délinquant ? C’est quelqu’un qui connaît tellement bien les règles qu’il s’organise pour passer à côté. C’est comme un bon comptable qui est capable de fourrer l’impôt, lance Boudreau en riant. Dans le sens qu’il faut connaître les règles pour les transgresser. Parce que je pense que les règles sont faites pour être transgressées. Celui qui s’est toujours décrit comme un anarchiste orthodoxe est allergique à l’inertie, au statu quo, à la stagnation. Si ses œuvres sont réglées au quart de tour, finement et hautement structurées, il a toujours cet ardent désir de bousculer ses propres normes. Parce que comme tant d’autres compositeurs l’ont fait avant, il faut pousser plus loin, pour le meilleur ou pour le pire .

Sa façon de saluer les créateurs de nouvelles musiques se veut un clin d’œil affecteux à l’esprit de curiosité. Les compositeurs intéressants, de rappeler Boudreau, sont toujours ceux qui ont démontré un esprit d’initiative et une originalité qui, sans détruire les modèles précédents, en ont proposé des nouveaux, des alternatifs.

Parmi eux, influence majeure, il y a le Français et New-yorkais Edgar Varèse (Amérique, Désert). Mais aussi Coltrane, Zappa, Xenakis, Stockhausen, ainsi que Gilles Tremblay et Serge Garant, qui l’ont précédé à la direction artistique de la SMCQ.

L’Homme et l’Univers

Du travail créateur de Walter Boudreau se dégagent les grands thèmes de l’existence. Observant tantôt l’Univers dans Les Sept Jours, Demain les étoiles ou Les planètes, tantôt le monde intérieur torturé dans L’Asile de la pureté (écrite pour la pièce de théâtre éponyme de Claude Gauvreau), il se dit fasciné par les grandes questions non résolues.

D’une grande spritualité, son œuvre aborde dans Golgot(h)a les quatorze stations du Chemin de Croix, tandis que la Symphonie du millénaire est musicalement basée sur le thème grégorien du Veni Creator. Raôul Duguay ajoute avec beauté dans son hommage que l’architecte construit des cathédrales où le sacré transcende toute religion . Pour lui, les morceaux de la suite Berliner momente de Boudreau sont d’une certaine magnificence, et très près des grandes œuvres de Wagner.

Pour mieux comprendre d’où on vient, Walter Boudreau lit régulièrement sur l’Histoire et adore les documentaires historiques. Mais il a la tête résolument tournée vers le futur: J’aime les auteurs de science-fiction qui s’interrogent sur où on s’en va. Qu’est-ce qu’on fait là ? Comment ça se fait qu’on existe ? Comment ça se fait qu’il y a un univers ? Quand tu y penses, c’est hallucinant… Ça dépasse tout… C’est irréel ce qu’on vit.

Photo: Allen McInnis

|Compositeur complexe et délinquant, Walter Boudreau construit «des métropoles où règnent l'ordre et la liberté».
36|43|Politique_Québec|Quand le nationalisme embrasse les mules du Pape|2007-05-07 17:17:28|Jean-Claude Germain|

Le Vatican a toujours posé un regard paternel sur le Québec et les papes ne se sont jamais gênés pour s’ingérer dans ses affaires politiques. Dans les années quarante, même les enfants d’école connaissaient le nom du nonce apostolique, Mgr Ildebrando Antoniutti.

Avec la Révolution tranquille, on s’était permis d’espérer que toute cette vaticanerie avait été reléguée aux oubliettes. Quel n’est pas notre étonnement d’apprendre qu’en 1983, la tradition revit avec Jean-Paul II qui, dans le cadre d’une audience privée, rappelle au Premier ministre du temps que la vie au Québec ne peut se comparer en aucun cas à celle des Polonais sous la botte des Soviétiques !

Aux dires des témoins, René Lévesque est conforté dans son sentiment que l’indépendance n’est plus légitime et double surprise, en 1984, lorsque qu’il fait l’annonce du beau risque, son virage de 180 degrés, on l’entend répéter comme en écho : Le régime fédéral n’est pas l’idéal pour le Québec, mais ce n’est pas l’enfer sur terre, ni le goulag.

C'est mon héros ! déclare Lucien Bouchard

En 2001, le premier ministre Lucien Bouchard, dans le cadre d’une audience privée avec sa famille, se fait faire plus ou moins la même leçon par Jean-Paul II. C’est mon héros ! a-t-il déclaré après une visite inoubliable. Son combat contre le communisme a été spectaculaire. Fruit du hasard ou coïncidence troublante, peu de temps après Lucien Bouchard démissionnait de son poste de premier ministre, de celui de chef du Parti Québécois et de la cause souverainiste.

Ce n’était pas la première confrontation de la papauté avec le nationalisme québécois. Il y a aujourd’hui à peine plus de 80 ans, son avenir même fut remis en question par un autre entretien privé au Saint-Siège. À chacun sa révélation, le chemin de Damas d’Henri Bourassa passait par Rome. Nationaliste de l’obédience canadienne française au moment de son départ pour l’Europe en 1926, le pape du Devoir en est revenu catholique romain de l’obédience dévote. L’homme politique a été foudroyé par la grâce lors de son audience avec le pape Pie XI qui règnera de 1922 à 1939.

Sa Sainteté apostrophe papalement sa brebis ! Vous dirigez un journal, n’est-ce pas, monsieur Bourassa ? Or, ne l’oubliez pas, l’influence de la presse est immense, pour le bien ou pour le mal, et le premier devoir d’un journaliste catholique est de défendre les causes de Dieu et de l’Église. Les autres causes, monsieur Bourassa, même légitimes, sont secondaires et doivent être subordonnées. Un Catholique ne doit jamais les mettre au premier plan.

Sa Sainteté ne parle pas à travers sa tiare. Elle est très informée et veut être bien comprise. À l’heure actuelle, mon fils, le principal obstacle à l’action de la papauté et de l’Église dans le monde, c’est la prédominance des passions de race dans tous les pays, c’est la substitution du nationalisme au catholicisme. La seule réponse d’un fervent catholique est la soumission. L’homme n’est grand qu’à genoux, disait Louis Veuillot. Sublime lorsqu’il embrasse les mules du pape.

Le castor rouge – une sorte de conservateur enrougi – a été transfiguré. Je me suis embarqué le lendemain de mon audience privée avec le pape et j’ai eu tout le temps de prendre ma décision. Si je peux exercer une influence d’ici la fin de mes jours, ce sera dans le sens des directives du pontife. Dorénavant Henri Bourassa s’emploiera à redevenir le digne fils de son père, Napoléon, le peintre de fresques religieuses. Le tribun se fait prédicateur.

Désormais, il sera infaillible en toute humilité. N’oublions pas que, si nous avons survécu comme peuple, si nous vivons encore avec nos familles, nos traditions, notre langue, avec nos souvenirs et nos espérances, ce n’est pas à la France ni à l’Angleterre que nous le devons : c’est à l’Église d’abord, j’oserais dire à l’Église seule, à l’Église du Christ, à l’Église du pape, à l’Église de nos évêques, de nos prêtres, de nos religieuses, de nos pères et de nos mères, si croyants, si respectueux de l’autorité de ceux à qui Dieu a donné le pouvoir de baptiser et d’enseigner à toutes les nations. Alléluia !

Le syndrome du treizième apôtre

Henri Bourassa aurait entrevu la Jérusalem céleste que sa profession de foi ne serait pas moins absolue. L’Église reconnaît toutes les patries, toutes les formes de gouvernement et les droits de tous les peuples. Elle tolère tous les nationalismes légitimes, mais elle ne se rapetisse à la mesure d’aucun. Elle ne sera jamais nationaliste ! proclame-t-il urbi et orbi. Jamais elle n’a été et jamais elle ne sera l’Église nationale d’aucun peuple.

L’homme de tous les combats s’en remet à la Providence. Sous la tutelle bienfaisante et juste de l’Église, cherchons par-dessus tout le royaume de Dieu et sa justice, le reste nous sera donné par surcroît, prêche-t-il avec l’enthousiasme d’un orateur sacré. Le voilà mon nationalisme ! Bourassa a pris la pose du treizième apôtre pour s’assurer une place au paradis.

À partir de ce moment-là, il ne sera plus que l’ombre ou le halo de ce qu’il a été. En 1942, il retrouve temporairement son éloquence d’antan pour lutter contre la conscription aux côtés des partisans du Bloc populaire et de la Ligue du Canada en 1942. Mais l’embellie est de courte durée. L’année suivante, il fait l’éloge de la France de Pétain et soutient que la principale cause de la guerre est l’oubli de Dieu.

La papalisation du petit-fils de Louis-Joseph Papineau s’avère définitive et irrémédiable.

Pour sa part, celle de Lucien Bouchard se poursuit d’intervention en intervention. Saisi à son tour par le syndrome du treizième apôtre, il prêche de plus en plus l’esprit de sacrifice comme un évêque et ses médiations dans les conflits de travail sont aussi efficaces pour les patrons et désastreuses pour les travailleurs que celles des archevêques au temps de Duplessis.

|Pour Henri Bourassa, René Lévesque et Lucien Bouchard, l'audience privée du Pape a été marquante: le premier abjure son nationalisme, le second prend le «beau risque» et le troisième remet sa démission.
37|44|Culture|La chute du mur de la rue Dorchester|2007-05-07 17:32:43|Jean-Claude Germain|

La démolition du mur de la rue Dorchester en 1953 a été pour les élèves du collège Sainte-Marie équivalente à la chute du mur de Berlin. Depuis la fin du XIXe siècle, les petits dont j’étais ne disposaient que d’un enclos muré et clôturé pour occuper leurs temps libres et pratiquer tous les sports et toutes ces maximes latines auxquels les jésuites faisaient appel pour nous donner une âme saine dans un corps sain, fut-ce manu militari.

Une large bande de la cour des petits avait été retranchée pendant la période des fêtes pour permettre la transformation de l’étroite rue Dorchester en un boulevard à quatre voies. L’ampleur du changement ne nous est apparue qu’au printemps. La disparition des clôtures et le rétrécissement de la surface de jeu ayant mis fin à l’étanchéité entre la cour des petits et celle des grands, nous avions obtenu ce que nos prédécesseurs n’avaient jamais osé espérer : notre cour de récréation s’étendrait dorénavant à tout le centre-ville. Non seulement pour les virées des après-midi de congé du mardi et du jeudi mais pour tous les midis de la semaine sauf le dimanche.

On pourrait gloser longtemps sur la maïeutique jésuite ou évoquer la singulière filiation qui existait entre les élèves et un corps enseignant issu en grande partie des mêmes classes populaires. Pour la première fois, nous étions plus nombreux que les rejetons des notables. La richesse des parents au Sainte-Marie ne représentait pas une valeur ajoutée comme à Brébeuf, mais plutôt une sorte de tache originelle.

Nos maîtres jésuites avaient gardé la superbe du temps où leur ordre était à l’avant-garde dans tous les domaines, mais leur enseignement obsolète qui se refusait à franchir le portail du XXe siècle, même après la psychanalyse, la théorie de la relativité et la bombe atomique, perdait à tous les ans un peu plus de sa pertinence. À mon avis, le caractère exceptionnel de la formation du Sainte-Marie n’a pas tenu à son curriculum classique, mais à sa location géographique. À l’abri des murs, les étudiants vivaient en dehors du monde réel. Mais à peine les portes franchies, nous nous retrouvions sans transition au cœur de la métropole.

La ville des cinémas (Alouette, Imperial, Orpheum, Princess, System, Capitol, Cinéma de Paris, Palace, Strand, Lœw’s), des grands magasins (Morgan’s, Birk’s, Eaton’s, Simpson’s) et du commerce des fourrures a grandi dans les alentours immédiats de la jésuitière qui a pignon sur rue depuis 1850. Austère et gris, pour ne pas dire morne, l’édifice attenant à l’église du Gésu n’offre guère de prise aux passants qui descendent ou gravissent la côte de la rue Bleury. Une porte d’entrée modeste qui ne sert qu’aux visiteurs et un numéro civique : 1180.

Les petits sont invités à se glisser hors du monde en traversant le mur comme dans un film de Jean Cocteau – plus prosaïquement à emprunter une porte dérobée dans le mur d’enceinte. Elle mène au préau qui domine la cour et à l’entrée des petits. On ne peut fréquenter le Sainte-Marie sans apprendre à voyager dans le temps. C’est l’expérience fondatrice.

L’enfilade de maisons à appartements qui faisaient face au 1180 avait hébergé jusqu’à tout récemment des maisons de tolérance. C’est l’une des premières choses que j’ai apprises. Même ceux-là d’entre nous qui n’auraient pas pu dire exactement ce qu’on y tolérait vraiment étaient fiers comme Artaban d’étudier à l’ombre d’un ancien bordel. Ça faisait moins colon, plus urbain, plus déluré. L’ensemble a été démoli par la suite et remplacé par une maison de passe encore plus fréquentée : l’Impôt sur le revenu du Canada.

Je dois ma deuxième découverte à ma curiosité. En biais du Théâtre du Gesu, à l’arrière d’un stationnement, on pouvait deviner un bâtiment sans vocation précise qui arborait une affiche en parfaite contradiction avec son état avancé de délabrement. Le panneau s’autoproclame La Place des Arts au moins une décennie avant la Place des autres inaugurée en 1963. C’est l’atelier du sculpteur Robert Roussil, un foyer de création et un carrefour de la contestation libertaire et révolutionnaire. Un endroit pour l’instant énigmatique. J’ignore encore que je le fréquenterai beaucoup plus tard, au temps où Armand Vaillancourt en sera devenu le titulaire.

Derrière tous les grands hommes, même en herbe, il y a toujours une femme de rêve. Pour l’imaginer, nous n’avions qu’à nous arrêter un moment à la descente du tramway rue Sainte-Catherine et consulter le tableau d’affichage des clubs de nuit qui faisait état du nouvel arrivage de chanteuses ou de danseuses. Avec sa robe scintillante, sa poitrine opulente, ses lèvres frémissantes, ses yeux outrageusement maquillés et sa chevelure blonde ou noir jais, chacune d’elle était invariablement sulfureuse, gorgeuse et pulpeuse comme la matante colleuse, pompette et dépoitraillée qui faisait scandale dans toutes les réunions de famille.

Pour les Jésuites, la femme de leur vie était la Vierge Marie. Une dévotion qui nous a mis très rapidement en contact avec le XIXe siècle. Le père Müller était sorti du même moule que Mgr Forbin-Janson qui a converti le Québec à lui tout seul lors d’une tournée mémorable en 1840, deux ans avant le retour de la Compagnie de Jésus. Une prédication qui a débuté à Québec pour se terminer vingt jours plus tard à Montréal avec des arrêts répétés dans les églises des villes et villages. De quinze à trente confesseurs accompagnent l’évêque de Nancy dans son périple et enregistrent de 800 à 900 communions par jour. Une sorte de délire religieux qui provoque des milliers et des milliers de conversions. Le Québec bat sa coulpe pour s’être rebellé contre l’autorité en 1837.

Müller est un orateur sacré de la même trempe. Lorsqu’on le croise dans les corridors, le teint cireux, les yeux enfoncés, la tête rentrée dans les épaules et les bras ballants, on dirait un corbeau noir qui se déplace. Il ne sourit jamais et semble habiter en permanence un château hanté dans un film de Lon Chaney.

À la mi-semestre, toutes les classes des éléments latins ont été convoquées dans la petite chapelle de la Congrégation de la Sainte-Vierge, laquelle association n’accepte dans ses rangs que les élèves les plus disciplinés, les meilleurs travailleurs et les plus dévots, bref, l’élite mariale. Ou la cinquième colonne.

Le corbeau qui nous a accueilli d’un œil soupçonneux à l’entrée tire les portes de la chapelle derrière lui et à notre grande surprise les barre ostensiblement à double tour. Il claudique en silence jusqu’au maître-autel, fait une génuflexion en se signant théâtralement et se relève aussitôt pour nous vriller abruptement en pleine gueule d’une voix caverneuse. Serez-vous des tièdes ou des ardents ?

La question jésuite par excellence ! Sauf que nous sommes maintenant aguerris. Chacun toutefois possède sa définition de l’élite. À tous ses cours, le père Deschesne qui nous enseigne l’anglais nous rappelle que nous sommes des maudits canadiens-français… bouche molle… pâte molle… et ne se retient pas toujours pour conclure sa tirade par et des maudits pissous. Son nom de famille est trompeur. Deschesne est irlandais, il a été aumônier dans l’armée canadienne et n’a pas pardonné au Québec d’avoir voté majoritairement contre la conscription. Il parle français avec l’accent cassé de Louis Saint-Laurent, lequel partage d’ailleurs les mêmes opinions sur les canadiens français, trop incompétents selon lui pour faire partie de la fonction publique fédérale.

Des tièdes ou des ardents ? Voilà la question ! Le corbeau martèle régulièrement son leitmotiv en se dirigeant vers l’entrée. Croyez-vous qu’il suffise de verrouiller une porte pour garder le démon du monde à l’extérieur ? Visiblement, le prédicateur se réchauffe et le diable l’inspire. Saurez-vous résister à son appel ? Déjouer ses ruses ? Le débusquer partout là où il se cache ? Puis, entre la porte du confessionnal qu’il ouvre pour voir si le Malin s’y trouve mais ça sent le souffre éventé des vieux péchés et celle qu’il claque pour rappeler qu’il n’y a pas d’absolution pour ceux qui pèchent contre l’Esprit par trop d’intelligence, le prédicateur s’égare et oublie qu’il est là pour nous instruire sur le culte plus pacifique de la Vierge.

Le corbeau tourne maintenant autour de nous comme un vautour autour d’un cadavre dans un film western. Il monte une des allées latérales puis il descend l’autre en mimant une sorte de combat perpétuel avec le démon où le soldat du Christ le cloue au pilori partout où il se trouve dans une mauvaise pensée, un sourire, un mauvais regard, un geste lubrique, un oubli volontaire, un manque de respect de l’autorité. On y revient toujours ! Les trois qualités du jésuite ne sont pas les défauts qu’on trouve dans le Larousse : l’équivoque, la dissimulation et l’hypocrisie, mais le culte de l’obéissance, le bon usage de la restriction mentale et la fierté de faire partie d’un corps d’élite.

Des tièdes ou des ardents ? Le corbeau s’arrête au milieu d’une envolée pour jeter subitement son dévolu sur un blondinet stupéfait, fluet, propret et muet dont le seul intérêt est d’être assis dans la première rangée de la nef. Est-ce que tu te repens de la faute de tes premiers parents ? Le corbeau est menaçant et l’intimé n’est pas le seul à être affolé. Personne n’échappe à la faute d’origine ! À genoux !

Le prédicateur saisit son bouc émissaire par les deux bras et s’agenouille avec lui au pied de l’autel. Demandons pardon au Seigneur pour notre indignité ! Il y a belle lurette qu’on ne sait plus trop de quoi il parle, mais la performance est saisissante. Le corbeau marche sur ses genoux jusqu’à l’autel et se hisse d’une main vers le crucifix en répétant Pardon Seigneur ! Pardon !

Si j’avais été à l’église Notre-Dame en 1840, lorsque Mgr Bourget a emprunté l’attitude du pénitent humilié pour se dépouiller de tous les insignes de son rang et prononcer la formule d’amende honorable au nom de l’assistance médusée, je me serais peut-être converti moi aussi. Mais la cloche a sonné. Quelques minutes plus tard nous avions tous quitté la chapelle en bloc sous le regard absent d’un orateur sacré égaré dans un autre âge et un autre temps.

Quel bonheur de se retrouver dans la rue quelques heures plus tard et de prendre le tramway avec des hommes qui se forment en bouclier pour protéger des femmes contre les attaques d’un maniaque au rasoir qui sévit contre les mollets du sexe féminin depuis quelques semaines. C’était un Malin moins fûté que l’autre, mais plus affûté. À quoi servait le cours classique ? Sans doute à nous enseigner ce qu’était le péché contre l’Esprit.

|La démolition de ce mur en 1953 a été pour les élèves du collège Sainte-Marie équivalente à la chute du mur de Berlin.
38|46|Accueil_Actualités Mouvements_populaire|Assistées sociales en guerre contre Hamad|2007-05-10 16:20:40|L'aut'journal|

L’Organisation Populaire des Droits Sociaux (OPDS) a tenu à souligner la Semaine des personnes assistées sociales, en organisant une manif-action dans les rues d’Hochelaga-Maisonneuve afin d’exiger un revenu décent et inconditionnel pour toutes et tous.

Les manifestants se sont arrêtés au Centre local d’emploi (CLE) d’Hochelaga-Maisonneuve pour y livrer un message au nouveau ministre de l’aide sociale, Sam Hamad. On se rappellera que M. Hamad a soulevé la colère des personnes assistées sociales en déclarant que la loi actuelle n’est « pas assez coercitive » pour les personnes « aptes à l’emploi ».

Amélie Hébert, la porte-parole de l’OPDS, a rappelé qu’une personne considérée par l’État comme étant « apte à l’emploi » reçoit un ridicule montant de 572.08 $ par mois! « Qui peut arriver avec 572.08 $ par mois ? Qui peut bien faire le choix libre et conscient de vivre avec 572.08 $ par mois ? », ont demandé les porte-parole de l’organisme en soulignant que, lorsqu’on doit vivre avec un pareil montant, « nos journées sont entièrement occupées à notre survie ».

Un droit remplacé par la charité

L’organisme craint que l’aide sociale soit en train de devenir un outil de contrôle social et de maintien des pauvres dans un état de survie permanent. Selon Amélie Hébert, « l’aide sociale n’est plus une assurance collective en cas de coup durs ou de besoin. C’est un droit qui s’effrite pour glisser de plus en plus rapidement vers une aide charitable, oppressante et culpabilisante basée sur le mérite. C’est le retour aux années ‘30. »

Paul Cargnello, auteur-compositeur-interprète qui participait à la manif-action de l’OPDS, a renchéri : «alors que notre gouvernement penche de plus en plus vers la droite, il néglige systématiquement les pauvres. La division entre les riches et les pauvres s’agrandit à chaque jour. Le gouvernement doit agir et partager la richesse entre toutes les personnes de la société sans jugement et sans discrimination. L’assistance sociale est un droit et un besoin, non seulement pour les gens qui en sont prestataires, mais pour la société entière.»

Notre misère vous éclatera au visage

Les manifestants ont envoyé un message clair à Sam Hamad « Cette charité érigée en système, soupes populaires, comptoirs vestimentaires, clubs des petits-déjeuners, etc., nous n’en voulons pas. Nous n’acceptons plus de nous faire refuser l’accès à l’aide sociale pour n’importe quelles raisons, nous refusons de nous faire harceler, contrôler et humilier par nos agents d’aide sociale, nous n’acceptons plus n’être une main-d’œuvre à bon marché pour les entreprises, nous ne voulons plus être traités de paresseux, de « profiteurs ». Ce que nous exigeons, c’est un revenu décent et inconditionnel pour toutes et tous qui nous permette de vivre et non pas de survivre ! Continuez de nous affamer et notre misère vous éclatera au visage ! »

|Manifestation dans les rues d'Hochelaga-Maisonneuve
39|47|Société Accueil_Actualités|Téléphonie : ça coûtera plus cher en région|2007-05-10 16:44:13|L'aut'journal|L'Union des consommateurs dénonce la décision du CRTC qui se range aux arguments des anciens monopoles de la téléphonie en permettant que, dans les zones rurales, des hausses de tarif soient autorisées pour que le prix reflète le coût plus élevé de la fourniture du service.

L'organisme croit que les abonnés des zones rurales vont faire les frais des guerres de concurrence qui découlent de la déréglementation des services de base dans les zones urbaines.

La décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) sur les règles de tarification de la téléphonie locale rendue s'inscrit, selon Me Geneviève Duchesne, analyste à l'Union des consommateurs, dans la logique de déréglementation prônée par le gouvernement conservateur et marque un virage à l'égard des principes d'accessibilité et d'équité qui ont orienté jusqu'à présent les politiques relatives au service téléphonique de base au Canada.

Malgré les promesses de baisses de prix véhiculées pour justifier le credo du libre marché, l'Union des consommateurs constate par ailleurs que la concurrence dans le marché des téléphones publics a plutôt amené les anciens monopoles à demander au CRTC le feu vert pour doubler le tarif des appels locaux faits à partir d'un de leurs téléphones publics, ce qui leur a été accordé.

L'Union des consommateurs souligne que le CRTC, pour rendre sa décision, a tenu compte des instructions du ministre Bernier de se fier davantage au jeu du libre marché malgré que le Conseil reconnaisse que ces instructions n'étaient pas applicables à cette instance.|Les ruraux vont payer pour la guerre de concurrence en zone urbaine
40|48|Société|Les mirages du sport pour l'émancipation des noirs|2007-05-10 17:24:25|Simon Hébert|

JackieSur la photo: Jackie Robinson

Cette année, on commémore le 50ième anniversaire de l’arrivée de Jackie Robinson dans la ligue majeure de baseball, le premier noir à briser la barrière de la couleur dans ce sport. L’impact de ce moment historique en a inspiré plusieurs, mais en a aussi mené plusieurs au fond du gouffre.

Depuis des dizaines d’années, la société américaine a véhiculé que l’un des seuls chemins à suivre pour les jeunes noirs, afin de connaître le succès financier et de gagner le respect du reste des citoyens américains, était le sport professionnel.

Aujourd’hui, les noirs forment 80% de tous les joueurs de la Ligue Nationale de Basket-ball (NBA), et presque 70% dans la Ligue Nationale de Football (NFL). De plus, même si les joueurs noirs de la Ligue majeure de baseball ne forment maintenant que 9% de l’ensemble de l’alignement dans ce sport, ils ont tout même gagné 41% des titres de joueurs les plus utiles de la ligue au cours des vingt-cinq dernières années.

Mais les statistiques actuelles et passées prouvent que les athlètes, toutes nationalités confondues, au secondaire (high school), qui pratiquent le baseball à un niveau d’élite n’ont qu’une chance sur dix mille de percer et de vivre de leur sport. Encore pire, les jeunes joueurs de basket-ball n’ont qu’une chance sur…cinquante mille!

Des mises en garde

Harry Edwards est aujourd’hui un sociologue sportif à l’Université de Berkley aux États-unis, en Californie, et consultant pour l’équipe de football professionnel de San Francisco, les 49ers. Il avoue qu’enfant, il en est venu, comme son père, à croire dur comme fer qu’il allait connaître une carrière glorieuse comme boxeur professionnel. Il a plus tard réalisé, comme plusieurs milliers de noirs, qu’il a perdu plusieurs années à vivre d’un rêve inatteignable pour lui.

Edwards a fait appel à la communauté noire afin qu’elle boycotte les jeux Olympiques de 1968. Son argument principal était que la poursuite aveugle d’un but sportif avait pour effet d’entraîner à leur perte des milliers de noirs qui avaient un bien meilleur potentiel dans d’autres domaines : le droit, la finance, l’entrepreneurship, etc.

D’autres ont emboîté le pas à Edwards. En 1997, John Hoberman, un professeur blanc de l’Université du Texas à Austin, a écrit Darwin's Athletes: How Sport Has Damaged Black America and Preserved the Myth of Race. Un documentaire du nom de Hoops Dream, présenté en salles il y a quelques années, dépeignait la réalité et ses graves conséquences dans les familles pauvres.

Cependant, malgré tous ces appels aux changements, le rêve a persisté, et persiste encore. Pourquoi? Parce que, dans les journaux et à la télévision, les familles noires entendent plus d’histoires à succès concernant le sport professionnel et les noirs que dans tous les autres domaines rassemblés.

Le rêve persiste

C’est sans surprise que l’étude récente de la Northeasterns Center for the Study of Sports in Society démontre que 66% des Africains-Américains âgés entre 13 et 16 ans croient qu’ils pourraient vivre du sport professionnel, plus que le double du pourcentage des blancs qui ont répondus à cette même question.

Joe Morgan, un joueur de baseball des Oakland As, membre du Temple de la renommée, admet la gravité du problème, mais il ne croit pas que les noirs choisissent consciemment, encore aujourd’hui, la voie du sport professionnel. « Si vous êtes enfermé à clef dans une chambre, déclare-t-il, et qu’il y a seulement une petite fenêtre qui donne sur l’extérieur, vous passez au travers. »

Selon Morgan, le sport a clairement nuit au développement de la communauté noire américaine, mais dans plusieurs cas, étant donné la barrière financière à laquelle se butent les jeunes noirs qui veulent poursuivre des études post-secondaires, c’était la seule issue pour ces jeunes.

Ce phénomène est beaucoup moins présent au Canada. En effet, le coût des études au Canada est minime comparé à celui de nos voisins, et permet à un bien plus grand nombre de noirs défavorisés de poursuivre des études supérieures.

Ces derniers sont aussi conscients que le patriotisme des Américains ferment des portes à plusieurs athlètes de haut niveau qui ont le talent pour percer. Priorité est accordée aux athlètes américains.

|50 ans après Jackie Robinson

41|49|Économie Accueil_Actualités|Mulroney veut une méga-banque|2007-05-14 12:15:21|Jean-François Vinet|Dans le Globe and Mail du 11 mai, l’ancien Premier ministre du Canada Brian Mulroney implore le gouvernement fédéral de permettre les fusions entre les banques canadiennes. Sinon, la compétitivité de nos petites banques canadiennes serait en danger.

Ce scénario alarmiste est non seulement erroné. Un grand nombre d’analystes contredisent les propos de l’ancien Premier Ministre. Derek Decloet rappelle dans le Globe du 26 avril 2007 que les grandes fusions du secteur bancaire ne fonctionnent malheureusement pas toujours comme prévu.

Même si la taille peut aider, celle-ci n’est pas garante du succès d’une entreprise. Le journaliste rappelle que la Citigroup, la J.P Morgan Chase, la Bank of America, la Wachovia, la Wells Fargo, la HSBC, la UBS, la Royal Bank of Scotia et la Barclays, qui ont toutes effectuées d’importantes acquisitions, ont offert des performances annuelles inférieures à la moyenne des petites banques canadiennes.

En plus d’être très risquée, la fusion des banques canadiennes est loin de leur assurer une place dominante parmi les géants banquiers mondiaux. Pour se classer parmi les 10 plus importantes institutions financières du monde en termes d’actifs, il faudrait qu’au moins cinq des plus importantes banques canadiennes fusionnent entre elles. Si seulement trois d’entre elles unissaient leurs forces, elles n’atteindraient que le 17e rang à l’échelle mondiale. Donc, même si une fusion se réalisait avec succès, il est loin d’être assuré que la nouvelle banque s’approprierait une position dominante sur la scène mondiale

En 2006, selon le ministère des Finances, les six plus grandes banques canadiennes détenaient 90% des actifs. Devrait-on, pour répondre aux vœux de Brian Mulroney, concentrer 90% des actifs dans une ou deux méga-banques au Canada? Pourrait-on encore parler d’un marché compétitif au Canada si deux banques contrôlaient la presque totalité des actifs? D’ailleurs, peut-on vraiment parler d’un marché compétitif lorsque l’on sait que plus des ¾ des localités canadiennes sont desservies par un monopole ou un duopole bancaire ?

Nous sommes loin, très loin d’une concurrence pure et parfaite sur le marché des services bancaires au Canada. À la fin de 2006, les six plus grandes banques canadiennes affichaient des profits de 19 milliards de dollars soit 58% de plus qu’en 2005.|Un cadeau aux banquiers à même nos économies.
42|50|Cinéma|Le vent se lève, de Ken Loach|2007-05-14 16:45:52|Pierre Dubuc|Palme d’or 2006 au Festival de Cannes, Le Vent se lève de Ken Loach devrait être visionné, médité et commenté par tous les indépendantistes québécois.

Dans l’Irlande de 1920, des paysans s'unissent pour former une armée de volontaires contre les redoutables Black and Tans, troupes anglaises envoyées par bateaux entiers pour mater les velléités d'indépendance du peuple irlandais. Le film raconte l'histoire d'un petit groupe d'activistes de l’Armée républicaine irlandaise et, en particulier de deux frères, Damien et Teddy O'Donovan qui sont d'abord unis contre l’occupant britannique mais qui s’opposent ensuite l’un à l’autre lors de la partition et la création de l’État libre d’Irlande.

Le 6 décembre 1921, des négociations entre le gouvernement anglais et les dirigeants nationalistes irlandais aboutissent au traité de Londres qui fait de l'Irlande, amputée de l’Ulster, un dominion au sein de l'empire britannique. Ce traité fut ratifié de peu par le parlement irlandais en décembre 1921, mais fut rejeté par une large minorité.

Cela entraîna la Guerre civile d’Irlande qui dura jusqu'en 1923, opposant les adeptes d'une poursuite de la lutte pour obtenir l'indépendance complète de l'île et les partisans du compromis de 1921. La guerre civile coûtera la vie à près de 4000 Irlandais. Le film de Ken Loach nous fait vivre ce déchirement de façon particulièrement dramatique à travers le destin des deux frères O’Donovan.

Selon Ken Loach, les événements décrits dans le film trouvent un écho dans le monde contemporain : Tout comme la guerre d'Espagne, ils représentent un moment crucial : comment une longue lutte pour l'indépendance peut être contrecarrée, au moment même où elle va aboutir, par un pouvoir colonial qui, tout en se débarrassant de son empire, sait parfaitement maintenir ses intérêts stratégiques. C'est là toute l'habileté de gens comme Churchill, Lloyd George, Birkenhead et les autres. Une fois coincés, quand il n'est plus vraiment dans leur intérêt de refuser l'indépendance, ils cherchent à diviser le pays. Ils soutiennent ceux qui, à l'intérieur du mouvement d'indépendance, acceptent que le pouvoir économique reste entre les mêmes mains. Des mouvements aux intérêts divergents s'étaient unis contre l'oppresseur commun. Inévitablement leurs intérêts contradictoires finissent un jour par éclater ».

Le cinéaste ajoute qu’il voit des parallèles dans la situation actuelle en Irak où, selon lui, « la résistance aux Américains et aux Britanniques rassemble nombre de gens qui découvriront qu'en fait leurs intérêts divergent quand les Américains auront enfin été forcés de partir. »

Un scénario similaire pourrait se dérouler au Québec dans la perspective de l’indépendance. Dans la biographie de Stephane Dion qui vient de paraître aux Éditions de l’Homme, on apprend que le gouvernement fédéral était à préparer des plans pour la partition du Québec au lendemain du référendum de 1995. On était persuadé à l’époque, du côté fédéral, que Lucien Bouchard déclencherait des élections, qui seraient rapidement suivies d’un référendum qui verrait la victoire des souverainistes.

Nous avons appris depuis que le gouvernement fédéral s’apprêtait à intimider la population québécoise et les leaders souverainistes avec l’envoi de l’armée en territoire québécois, sous prétexte de protéger les édifices fédéraux. On nous dit maintenant qu’on élaborait des plans de partition du territoire.

Les fédéralistes auraient-ils trouvé dans le camp souverainiste des leaders susceptibles de signer un traité qui reconnaîtrait un « État libre » du Québec, privé du West Island et du Nord autochtone?

En fait, il semble bien que la seule menace de telles interventions aurait fait plier Lucien Bouchard. Dans sa biographie consacrée à Jean Chrétien, le journaliste Lawrence Martin écrit avoir appris de gens de l’entourage du premier ministre québécois que celui-ci aurait reculé devant les menaces de partition du territoire québécois.

De son propre aveu, Lucien Bouchard a également plié les genoux devant Wall Street qui menaçait de « décoter » le Québec. Plutôt que d’affronter le fédéral, il s’est plié aux desiderata de la haute finance new-yorkaise. Cela a eu pour conséquence de détruire la coalition souverainiste en y semant la zizanie avec le Sommet du Déficit zéro. Ce fut en quelque sorte une « guerre civile » par d’autres moyens.

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