Mon pays, c'est ma langue

2007/08/13 | Par Jean Dorion

L’un des traits marquants des trois dernières campagnes électorales a été non pas l’absence du thème de la souveraineté (les dirigeants péquistes en ont beaucoup parlé, quoi qu’on dise), mais le silence sur les motifs principaux qui la justifient, soit la langue, la culture et le sentiment national engendré par l’histoire commune des Québécois.

S’il y a un important parti politique indépendantiste au Québec, alors qu’il n’en existe pratiquement aucun dans les cinquante-neuf autres provinces ou États du reste du continent, c’est d’abord parce que les Québécois parlent français et qu’un grand nombre d’entre eux jugent que le statut constitutionnel actuel du Québec n’offre pas de protection suffisante face aux menaces qui planent sur leur langue.

Il y aussi, derrière le mouvement indépendantiste, le sentiment national, produit par une culture commune et par la conscience de partager un projet commencé en Nouvelle-France et poursuivi depuis quatre siècles malgré les adversités successives. Or songeons que les thèmes de la langue et de la culture n’eurent aucune place au débat des Chefs de cette année. De la langue, les programmes électoraux des partis parlèrent très peu ; celui du PQ lui consacra deux lignes (sur 42 pages), dans les termes les plus généraux.

Bref, apparemment pour éviter les débats (!), on a parlé de la souveraineté, mais pas des principales raisons de la faire, privant ainsi les militants de leurs meilleurs arguments. Rappelons-nous qu’en juin 2002, l’Assemblée nationale a adopté la loi 104 qui devait faire du français, à compter d’une date à fixer par décret, la langue unique des communications écrites entre l’État et les personnes morales établies au Québec. Le décret n’est toujours pas adopté.

Face à des adversaires idéologiquement désarmés, les politiciens québécois fédéralistes l’ont eue facile et Stephen Harper lui-même a fait des merveilles avec ses concessions symboliques, assortissant tout de même ses gentillesses de menaces à peine voilées pour le cas où l’on oserait quand même élire les «séparatistes». Al Capone l’a dit un jour : «On obtient beaucoup avec un bon mot et un sourire, et davantage encore avec un bon mot, un sourire et un revolver non-enregistré».


L'auteur est Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

 

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