La général Hillier est un gros plein de m…

2007/08/14 | Par Pierre Dubuc

Selon une dépêche en provenance d’Afghanistan, en réponse à la page couverture du magazine québécois L’Actualité du 1er septembre qui titre «Les talibans sont des ordures – Rick Hillier», le Mollah Omar aurait déclaré au Kandahar Sun que le général canadien Rich Hillier est un «gros plein de m…».

Soulignons que, si le Mollah Omar avait pris la peine de lire l’article à l’intérieur du magazine, il aurait vu qu’après avoir rapporté les propos de Hillier de juillet 2005 selon lesquels les talibans étaient de « détestables meurtriers » et des « ordures » que le journaliste Alec Castonguay avait pris la peine de rapporter ceux l’ancien ministre de la Défense Bill Graham qui lui a déclaré : « Ça m’apparaissait clair dans nos conversations qu’il regrettait ce discours ».

Bien entendu, le Mollah Omar a d’autres choses à faire que de lire L’Actualité, mais chaque Québécois qui entre dans une tabagie, un dépanneur ou un super-marché ne peut manquer la page frontispice de L’Actualité. Et c’est ce public qu’on veut atteindre avec la déclaration du général Hillier.

Une position rejetée par la majorité de la population et de la députation

Car, si le gros titre de la revue ne reflète pas tout à fait le portrait signé par le journaliste Alec Castonguay, il colle cependant parfaitement avec la ligne éditoriale du Bloc-Notes signé par Carole Beaulieu.

La rédactrice en chef de L’Actualité demande le départ du ministre O’Connor – ce qui n’est pas très original – pour ne pas avoir eu le courage de dire qu’ « il y a de bonnes raisons pour que le Canada reste en Afghanistan après 2009 » !

Carole Beaulieu adopte une position qui est rejetée non seulement par 70% de la population du Québec, 52% de la population canadienne, mais aussi par la majorité des membres de la Chambre des Communes à Ottawa, car ni le Bloc, ni le NPD, ni les Libéraux ne sont pour la poursuite de la mission après février 2009.

Des esprits mal tournés pourraient établir un lien entre la promotion de cette position et, de façon plus générale de l’intervention militaire en Afghanistan dans les pages de L’Actualité, avec le fait que le magazine a reçu 170,891 $ cette année du Fonds du Canada pour les magazines - Volet Aide au contenu rédactionnel.

Pour comprendre la situation

Plutôt que de chercher à développer un sentiment favorable à cette intervention militaire chez les Québécois, L’Actualité et sa rédactrice en chef feraient œuvre plus utile en examinant de plus près la situation en train de se développer sur le terrain.

Carole Beaulieu aurait pu, par exemple, rendre compte de l’article du Monde Diplomatique du mois de juillet 2007 signé par Syed Saleem Shahzad « Al-Qaida contre les Talibans ». L’auteur rapporte que « de violents incidents ont opposé les talibans aux combattants étrangers d’Al-Qaida, les premiers privilégiant une stratégie nationale (et la recherche d’un modus vivendi avec le pouvoir pakistanais) et les seconds appelant au renversement des régimes musulmans en place, dénoncés comme « impies » ».

L’article démontre que « le but d’Islamabad reste le même : négocier une formule de partage du pouvoir entre les talibans modérés et le gouvernement de Kaboul ». Cela nous permet de comprendre ce que le journaliste de La Presse Jooneed Khan qualifiait de « La bombe de Musharraf à la Jirga de la paix Pakistan-Afghanistan » (La Presse, 14 août 2007) qui se tient présentement à Kaboul.

Musharraf a déclaré à cette occasion que « les talibans font partie de la société afghane et ceux d’entre eux qui récusent la violence sans fin, et ils sont les plus nombreux, doivent être intégrés à la vie politique du pays. »

Rappelons que l’intervention en Afghanistan a été décrétée, avec l’appui de l’ONU, en réponse aux attentats du 11 septembre parce que les talibans abritaient Al-Qaida.

Bien entendu, cette approche d’inclure les talibans dans une solution nationale afghane va déplaire à ceux qui, comme Rick Hillier et Carole Beaulieu, veulent « imposer nos valeurs » à l’Afghanistan et qui, pour ce faire, n’ont cependant pas hésiter à s’allier avec des seigneurs de guerre – pas très différents des talibans – et à appuyer aujourd’hui le plus important narco-État du monde.

Mais elle pourrait satisfaire ceux qui veulent laisser les Afghans s’autodéterminer, sans intervention extérieure.

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