La face cachée des problèmes en éducation

2007/11/19 | Par Monique Pauzé

Depuis cet automne, nous vivons en pleine tempête médiatique sur l’éducation. Bulletins chiffrés, dictée, apprentissage du français.

Et le problème du français? On laisse entendre que les enseignantes et les enseignants sont les premiers responsables!!!

Le frère Untel dans les années 60, Lysiane Gagnon dans les années 70, le ministère de l’Éducation dans les années 80, constataient déjà des lacunes importantes dans l’apprentissage du français chez les élèves du Québec.

Mais voilà ce qui échappe à l’analyse des causes du problème actuel du français : l’état piteux des bibliothèques scolaires, le clavardage, les messages textes sur cellulaire qui doivent être très courts, facture oblige, l’environnement anglophone sur Internet ou dans les produits culturels; certains manuels, disponibles seulement en anglais au collégial et à l’université, l’omniprésence des bannières anglophones (un trou dans la Loi 101).

Si les élèves écrivent FUTURE plutôt que FUTUR, est-ce la faute du personnel enseignant ou le fait d’être confronté à la bannière FUTURE SHOP à chacune de leurs sorties?

Une langue s’apprend à l’école, dans la famille, à la télévision, dans l’espace public. C’est tout dire!

Sur l’enseignement du français, tout le monde a sa petite opinion. C’est révoltant de constater à quel point nous, les spécialistes, les professionnels de l’éducation, nous sommes écartés pour faire place à l’opinion de Pierre, Jean, Jacques, aux déclarations des politiciens.

L’éducation est un facteur majeur de l’évolution d’une société. Mais actuellement, les vrais problèmes de notre système ne sont pas traités.

Des problèmes criants ignorés

Quels sont, selon nous, ces problèmes criants?

La sélection des meilleurs élèves vers les écoles privées, qui a pour effet de retirer du réseau public les jeunes les plus motivés, la volonté des commissions scolaires de faire disparaître les classes spéciales (alors que, pour nous, certains élèves ne sont pas raisonnablement intégrables dans nos classes régulières), l’intégration des élèves en difficulté avec des garanties de services sans fournir les ressources appropriées.

Il y a également la formation générale au secondaire qui est de moins en moins générale, avec l’objectif implicite d’orienter de plus en plus tôt certains jeunes vers des programmes courts axés sur les besoins du marché du travail.

Enfin, on ne peut pas faire abstraction du désengagement des parents dont le support est pourtant essentiel à la réussite de leurs enfants.

L’éducation, une œuvre commune

Nous croyons également que la tâche du personnel enseignant doit être allégée et supportée.

Les établissements scolaires ne peuvent faire fi des problèmes sociaux vécus par les jeunes : la faim, la violence, la pauvreté. Aussi, des ressources adéquates supplémentaires sont nécessaires. Il n’appartient pas au personnel de l’enseignement de répondre à tous ces besoins.

Une collaboration étroite s’impose avec d’autres organismes communautaires, municipaux ou gouvernementaux. Les enseignantes et les enseignants ont une tâche lourde, trop lourde. Il ne saurait être question de leur faire porter, à eux seuls, tout le poids de la réussite éducative.

Et il faut surtout sortir l’éducation de considérations purement électoralistes.

Monique Pauzé, présidente
Syndicat de l’enseignement de Champlain (CSQ)

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