Débat sur la retraite

2007/12/12 | Par Jean-François Vinet

Depuis un bout de temps, David Dodge, gouverneur de la Banque centrale qui prendra lui-même sa retraite prochainement, sermonne les provinces d’allouer aux personnes de 65 ans et plus le droit de rester sur le marché du travail. Selon lui, non seulement il manquera bientôt de travailleurs, mais les aînés détiennent des connaissances indispensables à la productivité des entreprises.

Ainsi, pour faciliter le transfert de connaissances entre les Boomers et les autres générations, il faudrait, un, garder plus longtemps les Boomers dans les entreprises et, deux, élaborer des programmes de mentorat pour les jeunes.

Or, faire travailler les vieux plus longtemps n’a pas uniquement le mérite de semer la lumière à cette jeunesse égarée. Elle prépare les générations futures à travailler plus longtemps avant d’avoir droit à leur pension.

Le cas de la France n’est pas isolé

La question se pose actuellement en France autour du débat sur les retraites des salariés dotés de «régimes spéciaux». Selon ses pourfendeurs, certains travailleurs de la fonction publique bénéficieraient de régimes de pension trop généreux. Nicolas Sarkozy propose donc une «réforme». Il voudrait allonger d’une année, d’ici trois ans, le nombre d’années requis pour bénéficier d’une retraite sans pénalité.

Les entreprises françaises vont même plus loin. Elles proposent, d’ici 2020, d’augmenter de deux à deux ans et demi le nombre d’années nécessaires à une retraite sans pénalité.

Le Canada ne fait donc pas complètement bande à part dans sa préoccupation à faire travailler ses aînés. Les entreprises comme les États se déresponsabilisent d’offrir une retraite convenable aux citoyens et travailleurs.

C’est un drôle de revirement pour une génération qui, il y a quelques années déjà, se préparait à la société des loisirs et à la fin du travail. Or, travailler n’est plus la clé du succès en Amérique du Nord. Il faut désormais posséder des actions, des immeubles, des actifs quoi. Et beaucoup d’actifs pour s’assurer une retraite convenable.

Une autre solution est possible

Il existe d’autres solutions au sous-financement, s’il y a, des régimes de retraites. En voici une. S’il existe un manque à gagner pour les retraites des Boomers et leurs successeurs, pourquoi ne pas renflouer graduellement le fonds? Les Canadiens pourraient aujourd’hui même augmenter leurs cotisations au fond de pension du Canada et ainsi être mieux préparés pour leur retraite.

Ces cotisations supplémentaires permettraient même de réduire l’inflation tout en évitant d’augmenter les taux d’intérêt.

Mais, ce scénario ne fait pas partie des solutions envisagées par le gouverneur de la Banque centrale ni des financiers canadiens. Les institutions financières n’ont aucun intérêt à renflouer les coffres de l’État. En revanche, vendre des placements dans des REER est très très payant pour les banquiers, les assureurs, les firmes de placement…

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