Gestes de souveraineté et référendum du peuple

2008/01/29 | Par SPQ libre

Dans le débat initié par Gérald Larose dans la revue L’Action nationale (nov.-déc. 2007), le SPQ Libre endosse l’approche proposée de «transformer la gouvernance provinciale en gouvernance souverainiste».

Gérald Larose rappelle l’importance de l’approche structurante de la Révolution tranquille aux plans économique, social, linguistique, culturel et politique. On pense spontanément à la nationalisation de l’électricité, à la création de la Caisse de dépôt, à la Charte de la langue française.

Mais il ne faudrait pas négliger de mentionner les politiques favorisant la syndicalisation du secteur public et la protection des droits des travailleurs du secteur privé avec l’adoption de la formule Rand et la loi anti-scab. Sans le mouvement syndical – qui a constitué la principale base organisationnelle et de mobilisation du mouvement national et, plus particulièrement, du Parti Québécois – la Révolution tranquille n’aurait pas eu lieu.

Quatre mesures structurantes pour le Québec

Aujourd’hui, dans un tout nouveau contexte, celui de la mondialisation, le Québec étouffe à nouveau dans le carcan fédéral. De nouveaux gestes de souveraineté s’imposent. Le SPQ Libre appuie les projets de loi 195 sur l’identité et 196 sur la constitution québécoise. Il propose en plus les mesures structurantes suivantes.

Premièrement, une mesure urgente s’impose. Le Québec doit protéger son système de santé public contre les assauts du secteur privé qui cherche à tirer profit, avec la complicité du gouvernement Charest, de la décision de la Cour suprême du Canada dans l’arrêt Chaoulli. Pendant des décennies, l’identité canadienne s’est définie par le système public de santé et la Charte des droits fédérale. L’une devant être garante de l’autre. L’arrêt Chaoulli a mis fin à cette mystification.

Le Québec doit donc invoquer la clause nonobstant pour se soustraire à l’arrêt Chaoulli, colmater la brève ouverte, et proclamer son adhésion à un système de santé public, universel, accessible et gratuit.

Deuxièmement, le Québec doit investir massivement dans Télé-Québec pour en faire une véritable télévision nationale. Dans le discours qu’il a prononcé à l’occasion du 90e anniversaire de L’Action nationale, M. Parizeau déclare que, contrairement aux années de la Révolution tranquille, « dans la mondialisation des échanges, l’économie ne définit plus les pays ». Aujourd’hui, dit-il, « les pays se définissent par leur culture dans le sens large du terme. »

À l’ère des communications de masse, la culture n’existe pas sans accès aux médias et, d’abord et avant tout, à la télévision. Pour contrer l’influence de la culture anglo-saxonne des réseaux privés, de plus en plus présente également sur les ondes de Radio-Canada; pour permettre à nos artistes, à nos cinéastes, à nos documentaristes, en somme à nos créateurs de toutes les régions du Québec de présenter leurs œuvres à un large public, il faut doter Télé-Québec de budgets lui permettant d’élargir considérablement son rayonnement.

À cette mission culturelle, il faut ajouter un volet « informations » à Télé-Québec et à une éventuelle Radio-Québec. La très grande majorité des médias au Québec étant d’obédience fédéraliste ou soumis aux grandes corporations par le biais de la publicité, une télévision publique québécoise est une nécessité absolue.

Troisièmement, il faut poursuivre la démarche entreprise par le Conseil national du Parti Québécois sur l’environnement avec l’objectif de réduire la dépendance du Québec aux produits pétroliers. Concrètement, cela signifie l’ouverture d’un immense chantier pour doter le Québec d’un vaste réseau de trains rapides mus à l’électricité reliant les principales villes et régions, assurant par le fait même l’occupation du territoire en favorisant l’émigration des villes vers les régions. En ville, cela se traduit par le développement du transport en commun avec les tramways et les trains de banlieue.

Le Québec est le cordonnier mal chaussé du monde du transport. Nous ne construisons pas de voitures, nous n’extrayons pas de pétrole, mais nous produisons de l’électricité et de l’aluminium à bas coût et nous avons développé l’expertise pour construire des wagons de métro et de chemins fer à la fine pointe de la technologie moderne… que nous exportons ! Dans ces trois domaines, nous exportons des emplois ! Nous nous appauvrissons donc par les deux termes de l’échange, autant par nos importations que par nos exportations !

Ces simples faits nous dictent notre programme économique, qui est aussi un extraordinaire programme environnemental et qui constituerait notre apport à lutte planétaire contre les changements climatiques.

Quatrièmement, il faut, comme le souligne si justement Gérald Larose, « mettre le peuple dans le coup ». Mais pour agir, le peuple doit être organisé. Inspirons-nous, là aussi des politiques de la Révolution tranquille, en consolidant et élargissant la base syndicale au Québec. Rétablissons dans leurs pleins droits les syndiqués assujettis aux décrets du gouvernement Charest et trouvons des formules originales pour offrir à ce tiers de la main d’œuvre qui occupe des emplois atypiques la possibilité de se regrouper en associations pour défendre ses droits.

Un référendum du peuple, par le peuple et pour le peuple

Pour les souverainistes, l’actualité quotidienne – que ce soit la guerre en Afghanistan, le déclin démographique du Québec, la situation linguistique, la prise de contrôle de nos ressources naturelles par des intérêts étrangers comme l’achat de l’Alcan par Rio Tinto – démontre la nécessité de l’indépendance nationale. Cependant, nous devons tenir compte des résultats des dernières élections et de la conjoncture politique avec un gouvernement minoritaire.

Certaines des mesures structurantes proposées peuvent peut-être se réaliser sans affrontement avec Ottawa, mais d’autres vont susciter des conflits de juridiction. Comme il est désormais clair que le Québec ne peut se permettre d’éternels débats de juridiction avec le fédéral et ne peut faire reposer son avenir sur d’éventuels jugements de la Cour suprême, il faut nous doter de la possibilité de trancher rapidement la question de notre droit à s’autodéterminer, à pouvoir décider sans ingérence extérieure de nos politiques nationales.

Sur cette question, comme sur d’autres, nous devons, comme nous y invite notre chef Pauline Marois, être à l’écoute du peuple. Mais il faut aussi donner au peuple les moyens de se faire entendre.

Nous proposons de remettre entre les mains du peuple l’initiative d’un référendum sur la souveraineté. Nous proposons donc que le Parti Québécois s’engage, s’il forme le prochain gouvernement, à adopter une loi sur un référendum du peuple, par le peuple, pour le peuple sur l’indépendance nationale.

Concrètement, cela signifierait qu’un gouvernement du Parti Québécois ouvre un registre que les citoyennes et les citoyens qui désirent un référendum sur l’indépendance nationale du Québec pourraient signer. Une fois le nombre de signatures requises atteint – disons 10 % des électeurs inscrits, soit environ 500 000 signatures – la mécanique se mettrait en marche pour la tenue d’un référendum sur l’indépendance du Québec dans l’année qui suit.

Cette approche qui jumelle la gouvernance souverainiste et la tenue d’un référendum populaire permet de garder le cap sur l’indépendance nationale. Elle empêche de sombrer dans la gouvernance provinciale et permet, avec les mesures structurantes proposées, de montrer la nécessité de l’indépendance.

Elle nous sort du « référendisme » en liant la souveraineté à un projet de société, condition sine qua non pour rallier le peuple et faire de notre combat une véritable lutte d’émancipation nationale et sociale.

Marc Laviolette
Président

Pierre Dubuc
Secrétaire

Pour le conseil d'administration de Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre)

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