L’accession à l’indépendance

2008/04/03 | Par Daniel Gomez


PhotoRésumé synthèse de la soirée-débat du 25 mars 2008 organisée par les Intellectuels pour la souveraineté (IPSO). Daniel Turp, député de Mercier et professeur à l'Université de Montréal, ainsi que François Brousseau, journaliste au Devoir et à Radio Canada étaient les deux conférenciers.

François Brousseau et les cas des nouveaux pays

« Les chemins qui mènent à l'indépendance peuvent être très divers » Telle est, sans conteste, la leçon à retenir du large survol dressé par le conférencier, des expériences indépendantistes de ces trente dernières années. L’accès à l’indépendance n'est pas un long fleuve tranquille et s'il existe certains critères universels, il n'y a pas de voie unique.

Parmi ces critères, il faut mentionner : une forte majorité parmi la population en faveur de l'indépendance, des appuis internationaux, le bon droit, l'accord mutuel entre les parties. Il faut aussi travailler sur les pires scénarios et, dans notre cas, tenir compte de l'excellente réputation du Canada sur la scène internationale.

Le cas de l’ex-URSS

D'une façon pas très ordonnée, Brousseau va disserter sur les cas d'indépendances réalisées ces dernières années. Depuis la chute du communisme, on ne compte pas moins de 15 ex républiques d'URSS qui sont devenues indépendantes. À noter que toutes ne l'avaient pas voulu. Dans certains cas, il y a eu référendum; dans d'autres cas non. Parfois le score du OUI au référendum a excédé le pourcentage de l'ethnie dominante, preuve que les Russes avaient voté OUI eux aussi.

Il faut compter aussi les six ex-républiques de l'ex-Yougoslavie et le Kosovo. Ce dernier n'était pas une république, mais une région de la Serbie. Il y a eu également la Tchéquie et la Slovaquie, le Timor oriental, l'Érythrée. Il existe en outre des cas d'indépendances déclarées, mais non reconnues par la communauté internationale, par exemple la Somalieland. Chaque cas est un cas d'espèce.

Selon le conférencier, ce sont peut-être la Slovaquie et le Monténégro qui se rapprochent le plus du cas québécois, mais avec beaucoup de nuances.

Les cas de la Slovaquie et du Monténégro

Dans le cas de la séparation entre la République tchèque et la Slovaque, nous avons assisté à un divorce à l'amiable, mais exigé par le partenaire tchèque. Dans ce cas, nous avions une fédération à deux et non à dix. Il n'y a pas eu de référendum. Le tout s'est réglé en une fin de semaine entre les dirigeants des deux entités. Les Tchèques ont imposé la séparation et les leaders slovaques l'ont acceptée, même si l'idée ne rassemblait pas une majorité de Slovaques (30 % seulement selon Brousseau).

Le cas du Monténégro est différent. En 2006, nous assistions à la fin de la décomposition de la grande Serbie. Il existait une minorité serbe assez importante au Monténégro et aussi d'autres groupes ethniques. Aucun n'avait à lui seul une majorité absolue.

L'Union européenne a appuyé tacitement cette sécession, mais a exigé des règles claires, dont une majorité d'au moins 55 % en faveur de l'indépendance. En fait, le score au référendum a été d'un tout petit peu plus : 55,1 ou 55,2 %. Les Serbes ont relativement bien accepté cette séparation.

En effet, ces années-là, il n'existait plus qu'une fédération binaire entre les anciens partenaires yougoslaves. Les critères constitutionnels étaient, dans ce cas, favorables à la séparation. Ce ne fut pas le cas du Kosovo, région historique de la Serbie et où il n'y a même pas eu de référendum.

Le cas du Timor oriental

Brousseau présente également le cas du Timor-Oriental, une petite nation martyre très pauvre qui a subi l'occupation féroce de l'Indonésie durant 25 ans. Les leaders timorais n'étaient pas au départ indépendantistes.

Ce sont les circonstances qui ont provoqué la coupure. En raison de la crise économique asiatique, le pouvoir indonésien connut un grave affaiblissement et des changements de leaders. Le Timor était une ancienne colonie portugaise et avait été envahi par les Indonésiens. Il n'avait jamais vraiment fait partie historiquement de l'Indonésie.

Les leaders ont alors profité de cette vacance de pouvoir indonésien. Cela a été appuyé par la communauté internationale et par l'ONU. Il y a eu un référendum gagné par 78 % du vote. Donc pas d'écrasante majorité. Dans ce cas, le bon droit et les appuis internationaux semblent avoir eu beaucoup d'importance. Il ne faut pas oublier bien sur des facteurs conjoncturels extrêmement favorables.

Le cas de l’Érythrée

Le cas de l'Érythrée est également particulier. On peut dire que les Éthiopiens ont « laissé » partir l’Érythréen de force. Ce sont en effet ces derniers qui, en renversant la dictature éthiopienne, ont pris le pouvoir à Addis-Abeba. Ils ont décidé de la sécession, mais avec un référendum gagné à 90 %

François Brousseau termine son exposé sur une réflexion plus personnelle concernant la conjecture québécoise. Pour lui, il n'est pas mauvais d'avoir un cadre clair. La Loi sur la clarté n'est pas mauvaise en soi. Il semble en outre très réticent à faire la souveraineté avec une majorité de 50,1 %. Il se pose des questions sur la réaction internationale face un tel score.

Il suggère aux indépendantistes de mettre davantage l'accent sur la mobilisation et la reconnaissance internationale plutôt que de faire une fixation sur le 50,1 %. Enfin, il note que la cause québécoise ne tient plus en haleine les médias, elle semble moins « fashionable » que, par exemple, la cause palestinienne.

Daniel Turp et le cas de l'Écosse

Daniel Turp va essayer de faire ressortir les nombreuses similitudes entre les cas écossais et québécois afin d'en tirer des leçons communes. Il y a d'ailleurs actuellement des échanges parlementaires réguliers entre les deux nations. Il semble que le parti indépendantiste écossais, Scotish National Party (SNP) au pouvoir en ce moment, s'inspire beaucoup de l'expérience du Parti québécois.

PQ et SNP, deux partis frères

Certains documents d'orientation politique seraient même quasiment des « copies conformes » de documents péquistes. L'idéologie et la composition du SNP seraient également ressemblantes à ceux du PQ : plutôt centre gauche, classes moyennes, plus intellectuelles.

Le SNP est cependant bien plus vieux que le PQ. Il faut aussi noter qu'outre le SNP, il existe deux autres partis indépendantistes : le parti socialiste et le parti vert. Le SNP est le pus important. Les indépendantistes écossais ont des députés aux parlements écossais, britannique et européen. Il faut noter qu'il n'y a pas l'équivalent du Bloc québécois en Écosse. C'est le SNP qui est présent partout.

Un peu d’histoire

Malgré de grandes similitudes entre les deux États il existe des différences notoires : l'Écosse a renoncé volontairement à son indépendance en 1767, quand elle a accepté une union avec l'Angleterre. Les deux parlements ont alors fusionné. Le parlement écossais a été ravivé en 1999.

L'Écosse a cependant conservé certains pouvoirs, dont le droit civil, et le droit de « battre monnaie », même si ce dernier est surtout du domaine du symbolique. Le sentiment national écossais serait encore vif. Actuellement, un groupe de citoyens propose la création d'une équipe olympique pour les jeux de 2012, à Londres…! (Note de Daniel Gomez : l'Écosse comme le Pays de Galle et l'Ulster possèdent déjà leurs équipes internationales de soccer et de rugby)

La situation politique actuelle

En 2007 les Écossais ont élu un gouvernement minoritaire indépendantiste. Le SNP avec ses 47 députés dirige le parlement écossais. Il a rendu publique une loi qui permet d'organiser un référendum. Celle-ci contient en annexe une question sur l'indépendance du pays. Elle demanderait au peuple le mandat de négocier l'indépendance avec le Royaume-Uni. On ne parle pas d'association, car on considère qu'avec l'Union européenne ceci est acquis.

En même temps, on rend public un livre blanc dans lequel on présente trois options politiques possibles : l'indépendance, la dévolution (plus d'autonomie) et le statu quo. Un argumentaire accompagne chacune des options. Le livre blanc propose de faire une « conversation » nationale autour de ça. Cela a déjà commencé.

Les trois partis indépendantistes ont créé en 2005 la Convention sur l'indépendance de l'Écosse. C'est un organisme public parapluie qui est chargé de coordonner des stratégies pour atteindre l'objectif commun. D'autres groupes, issus de la société civile, proposent un mécanisme pour initier un référendum si le parlement ne parvient pas à s'entendre là dessus. La société civile semble avoir pris un rôle important dans ce processus.

Turp conclut en exhortant les indépendantistes québécois à multiplier les échanges avec la société écossaise. Pour cela, il mentionne l'organisme Québec-Écosse qui essaie de créer des liens entre indépendantistes québécois et écossais. 

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