Fausses allégations de la zoothérapie (I)

2008/08/20 | Par Charles Danten

On prescrit un animal de compagnie avec autant de désinvolture qu’un cachet d’aspirine. La relation affective avec un animal est désormais perçue comme une intervention thérapeutique comparable à un médicament. Cette idée est tellement diffuse qu’on assiste présentement à de nombreuses interventions officielles de personnes et d’organismes qui font une promotion agressive des bienfaits perçus du médicanimal dont voici quelques exemples tirés d’un dossier fort épais :

UN DÉCLENCHEUR DE BONNE CONDUITE

 « La présence valorisante et stimulante d’un animal, et plus particulièrement d’un chien, en milieu scolaire peut être un déclencheur de bonne conduite, mais aussi un modificateur comportemental pour les jeunes », écrit dans La Presse du 23 août 2003 le vétérinaire chroniqueur François Lubrina, dans un article sur Zoothérapie Québec.

Ce groupe de psychologues spécialisés est solidement implanté – à la façon des multinationales comme coca-cola – dans les petites écoles pour sensibiliser les enfants en bas âge aux bienfaits de la zoothérapie, un concept qui peut aussi bien désigner le fait de posséder un animal à la maison que des séances de thérapie institutionnalisées et encadrées par un professionnel de la santé ou un intervenant quelconque.

L’appellation zoothérapie est donc un terme générique désignant non seulement l’impact positif des animaux sur les humains, mais celui des humains sur les animaux car il est communément admis que la zoothérapie est aussi bonne pour eux que pour nous.

LA MEUTE DU BONHEUR

 « La présence d’un animal a un effet sur la douleur. Tout comme les jeux vidéo. C’est prouvé, dit le Dr Pierre Déry. Lui non plus n’hésite pas aujourd’hui à recommander ce programme [la zoothérapie] à d’autres établissements [hospitaliers pour enfants]. Le Dr Déry, est-il utile de le rappeler est infectiologue », conclue un article du magazine L’Actualité du 01 mars 2005 intitulé La meute du bonheur.

GUÉRIR

 Pour sa part le psychiatre Français David Servan-Schreiber, l’auteur du livre Guérir, ne tarit pas d'éloges: « Pour ce qui est de sa dépression, le plus bénéfique pour ce patient serait de se procurer un chien (un petit chien, cela va de soi, pour minimiser les risques de chute). Si le patient soutient que ce sera trop de travail, un chat fera l'affaire, lequel n'a pas besoin d'être sorti. Si cela lui semble toujours trop, un oiseau, ou bien un poisson. Si le patient refuse toujours, alors une belle plante d'appartement. »

UN DÉMENTI IRRÉFUTABLE

 Or, depuis ces premiers balbutiements qui remontent aux années soixante avec les articles publiés par le psychiatre Américain Boris Levinson, considéré comme le père de la zoothérapie moderne, plusieurs chercheurs indépendants comme les scientifiques A.M Beck et A.H Katcher (1984), David T. Allen (1997), Wilson C.C et Barker S.B (2003), Kaiser Lana (2004), Pachana Nancy (2005), et plus récemment Koivusilta Leena K. et Ojanlatva Ansa (2006) ont non seulement démenti sans équivoque l’efficacité de la zoothérapie, mais ont dénoncé la piètre qualité de la recherche dans ce domaine contrôlé presque exclusivement par l’industrie des animaux de compagnie.

MAIN BASSE DE L’INDUSTRIE

En effet, à défaut de communauté scientifique, de structures et de crédits publiques correspondants, déplore l’ethnologue Français Jean Pierre Digard, l’auteur du livre Les Français et leurs animaux : ethnologie d’un phénomène de société (2005), « ce sont les industries de produits pharmaceutiques et alimentaires pour animaux qui financent le gros de la recherche dans le domaine de la zoothérapie. La Fondation Waltham en Angleterre, la Delta Society aux Etats-Unis et en Angleterre, l’équivalent français de l’Association Française d’Information et de Recherche sur l’Animal de Compagnie (AFIRAC), des organismes fondés et financés par l’industrie alimentaire pour animaux, subventionnent des périodiques scientifiques, des programmes et des laboratoires de recherche qui vont rarement à l’encontre de leurs intérêts financiers. »

« SOIXANTE-QUATRE MILLES RÉPÉTITIONS FONT LA VÉRITÉ »

 Or, curieusement, malgré l’évidence, les bienfaits perçus de la zoothérapie sont pris au pied de la lettre sans aucun discernement, la société en général s’y complaisant à grands renforts de sondages et d’études véreuses qui se veulent rassurants sur le bien-fondé de ses penchants animaliers en amalgamant « sensationnalisme » à « science », « majorité » à « légitimité » et « amour » à « nécessité ».

La zoothérapie aide à la guérison des enfants sous chimiothérapie, contribue au développement des enfants autistes, facilite les interactions sociales, adoucie la solitude, guérit la dépression, contribue à la bonne forme physique, stimule la bonne conduite en développant le sens de l’empathie et des responsabilités, induit à un plus grand respect de la nature, tout en favorisant le bien-être des animaux.

Mais où sont les preuves?

Pour ceux qui voudraient approfondir la question :

Allan David T., « Effects of dogs on human health », Journal of the American Veterinary Medical Association, vol. 210, no 7, 15 April 1997;

Beck A.M and Katcher, A.H., « A new look at pet-facilitated therapy», Journal of the American Veterinary Association, Vol 184, No 4, Feb. 1984;

Digard Jean Pierre, Les Français et leurs animaux : Ethnologie d’un phénomène de société, Fayard, Pluriel Ethnologie, 2005, p.41;

Daly Beth et Morton L.L, « Children with pets do not show higher empathy: A challenge to current views », Anthrozoös, 16(4), 2003, pp. 298;

Guide to Clinical Preventive Services, 3rd Edition, 2000-2002, XIXVIII: « Evaluating Quality of the Evidence »;

Humphries Tracy L., « Effectiveness of Dolphin-Assisted therapy as a behavioral intervention for young children with disabilities », Bridges Vol 1, No 6, May 2003;

Koivusilta Leena K. and Ojanlatva Ansa, « To have or not to have a pet for better health? », PLoS One1(1): e109.doi:10.137/journal.pone.0000109;

Pachana Nancy et al., « Relations between companion animals and self-reported health in older women: cause, effect or artefact? », International journal of Behavioral Medicine, 2005, vol.12, No2, 103-110;

Siegel Judith M., « Companion animals in sickness and health », The Society for the Psychological Study of Social Issues, 1993;

Vadakarn Jean-luc, Parle à mon chien ma tête est malade, Paris, Albin Michel, 1992 ;

Vilmer, Jean Baptiste Jeangène, Éthique animale, PUF, 2008 ;

Wilson, C.C and Netting, F.E., « Companion animals and the elderly: A state of the art summary », Journal of the American Veterinary Medical Association, 1983 (120, p.1425-1429.

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