Marketing pénible à la SAQ

2008/08/20 | Par Jacques Fournier

Les méthodes de marketing de la Société des alcools du Québec (SAQ) m’incitent à me poser de nombreuses questions. Il y a quelques semaines, lors d’une visite d’une succursale, on me remet une carte-rabais, au pourcentage de mes achats, pour usage ultérieur. Lors de ma visite suivante, évidemment, j’oublie d’utiliser ladite carte qui est pourtant dans mon portefeuille : je n’ai pas que la SAQ en tête. Comme la SAQ a un monopole, avec lequel je suis d’accord, pourquoi ressent-elle le besoin de me fidéliser avec des cartes-rabais? Car je n’ai pas le choix de revenir à la SAQ si je veux faire des achats d’alcool.

On me dira : c’est pour « dynamiser » les ventes. La SAQ a-t-elle vraiment besoin d’augmenter de façon exponentielle ses recettes? Une hausse normale de ses revenus annuels ne devrait-elle pas la satisfaire? On sait que les profits de la SAQ vont au fonds consolidé du gouvernement québécois, ce qui est une excellente chose. Mais le gouvernement, dans ses politiques de santé, vise à une consommation modérée d’alcool : un peu de vin rouge ne fait pas de mal aux artères mais pour le reste, on devrait en consommer moins. Bref, il y a une contradiction entre la volonté de la SAQ de décupler ses ventes et les politiques de santé du gouvernement.

Mais ce n’est pas tout : lors de ma dernière visite dans une succursale de la SAQ, on me remet gratuitement une bouteille de digestif -- chose que je bois rarement -- avec tout achat de plus de 50 $. Pourquoi m’offre-t-elle des produits-cadeaux, qui ne contribuent qu’à augmenter les prix des produits en général? Pourquoi la SAQ ne fait-elle pas les choses simplement au lieu de nous encombrer l’esprit et les armoires avec ses techniques de marketing?

Ces réflexions m’incitent à élargir la perspective. La société d’hyper-consommation dans laquelle nous vivons nous impose ses fausses priorités. Elle nous oblige à consacrer beaucoup de temps au magasinage, aux décisions d’achat, elle nous harcèle. Un autre exemple : lorsque l’on achète certains produits, disons une imprimante, on reçoit un coupon remboursable de 50 $. Mais il faut écrire au fabriquant pour avoir le rabais. Que de temps perdu! Cette opération entraîne des frais d’émission de chèque et de manutention. Qui paie ces frais en vérité? Le consommateur, bien sûr. Pourquoi ne pas avoir réduit le prix dès le départ?

On me dira encore que c’est pour « vivifier » les ventes. Mais le consommateur s’en fout. Ce qu’il veut, c’est payer un prix raisonnable pour un produit de qualité. Pourquoi lui faire perdre son temps à écrire au fabriquant? Tout ce temps que l’on perd avec leurs stratégies de marketing, c’est du temps que l’on ne peut pas consacrer à lire, à parler à nos enfants et à notre conjointe, à faire mille choses intéressantes, bref à vivre. Consommer, ce n’est pas l’alpha et l’oméga de la vie, quoiqu’en pensent les experts en marketing.

(Publicité)