Pas touche à Ti-Paul Desmarais

2008/11/25 | Par Claude G. Charron

Mais qu’arrive-t-il donc à Radio-Canada pour que soit continuellement tamisée toute critique quant au pouvoir souverain de Paul Desmarais sur nos élus. Une chose qui se reproduit avec la parution du dernier essai de Robin Philpot : Derrière l’État Desmarais : Power. (1) Semble loin l’époque où notre télévision était le fer de lance d’une Révolution qu’on a qualifiée de «tranquille».

Philpot a raconté que Paul Desmarais avait toujours son petit coin réservé au Ritz-Carleton. Et quand Robert Bourassa y venait, le patron de Power restait assis, le premier ministre se devait de lui tendre la main. (2) Deux décennies plus tôt, c’était nos évêques qui tendaient la main à nos chefs politiques. Pour qu’ils baisent leur anneau ! Serions-nous passés de la priest-ridden society à la Power-Corp ridden society ? Et avec une SRC grandement responsable de ce glissement dans les valeurs ?

Pensez-vous que Les insolences du frère Untel auraient eu un succès de librairie si André Laurendeau n’avait pas invité Jean-Paul Desbiens à son émission ? En ces jours bénis, tout le p’tit monde se bousculait devant le petit écran tellement il en était obnubilé. Et le canal 10 n’existant pas, pas moyen de zapper les émissions trop sérieuses. Robert Rumilly, pestait contre les libéraux d’Ottawa. Leur reprochant d’avoir abandonné le petit écran à leurs amis gauchisants.

Le passage au petit écran des Laurendeau et Trudeau, et plus tard de Lévesque, a grandement aidé à faire évoluer le Québec dans un sens tout-à-fait contraire aux idées maurassiennes du biographe de Duplessis. Mais quant à l’idéologie indépendantiste en émergence : pas touche ! C’est ainsi qu’en 1963, on avait enjoint Marcel Dubé de transformer en syndicaliste un personnage de téléroman qu’il avait conçu comme séparatiste.

Le Canada anglais avait apprécié le rôle de régulateur politique du haut-clergé québécois. Tout en lui gardant un certain mépris. Même situation avec Desmarais. Suite à la chute de la pratique religieuse au Québec, on accepte bien qu’il tienne les Québécois bien en laisse mais il reste qu’au-delà de l’Outaouais, on n’a que mépris envers le self-made man franco-ontarien. De propriétaire d’une compagnie d’autobus, les bénéfices qu’il allait tirer de la nationalisation de l’hydro-électricité l’a transformé en grand gestionnaire. Mais plus que cela : dès son achat du journal La Presse, il a dit à tout venant qu’il n’engagerait jamais un éditorialiste qui soit séparatiste.

Philpot écrit: «Alors que le printemps 1968 évoque pour plusieurs une période de révolte et de liberté dans le monde entier, pour Power Corporation, il marque la première occasion où, en raison de sa taille, elle a été accusée d’être un État dans l’État et une vraie menace pour la démocratie.» (3) Philpot ironise: « Jean Charest claironne que, pour faire face à la crise économique qui s’annonce, il ne faut pas avoir trois paires de mains sur le volant, mais seulement une paire. Or la paire de mains que Jean Charest veut mettre sur le volant ne sont pas les siennes, mais celles de Paul Desmarais.» (4)

Depuis qu’il a lâché les autobus, Ti-Paul a bien en mains le volant du char québécois. Et il ne l’a pas lâché depuis le virage qu’il a fait faire à Daniel Johnson en octobre 1967, peu après que de Gaulle eut lancé son célèbre cri. La Presse nous a alors appris que le premier ministre était en convalescence à Hawaï sans, bien sûr, nous révéler que Desmarais l’avait rejoint. Et nous a appris que Johnson ne parlait plus d’«égalité ou indépendance» mais plutôt «de la crainte de voir s’ériger une muraille de Chine autour d’un Québec indépendant». Desmarais n’a jamais lâché le volant depuis. Et il l’a même conservé avec un Lucien Bouchard comme PM. Parlez-en à Yves Michaud.

Mais tant Radio-Canada que Gesca devraient être sur leur garde. Nous sommes de plus en plus nombreux à voir le jupon dépassé, parce que tous deux nous faisant trop souvent la preuve qu’il y a entente entre eux dans le but explicite d’annihiler toute pensée indépendantiste au Québec. J’ai déjà démontré l’attitude cavalière avec laquelle Patrick Bourgeois, l’auteur de Québec Bashing, a été reçu à Christiane Charette. (5)

Dans le cas de Philpot, le comportement est davantage grossier. À Radio-Can, quand un essai est jugé «acceptable», l’auteur peut vivre la «garde partagée» comme aime dire Homier-Roy. Il sera reçu à son émission avant de passer chez Charette. Lui qui a peut-être déjà tout dit de son livre à Tout le monde en parle. Mais pas question d’un traitement aussi princier pour quelqu’un qui dénigre Ti-Paul.

On a bien parlé du livre de Philpot le 22 octobre à Charette. Mais sans son auteur ! Pour en discourir, c’est plutôt Michel Nadeau qui a été choisi, homme respectable qui ne semblait pas savoir que Philpot n’est pas franco-ontarien, mais bien anglo-ontarien. Et il a répété sans rire qu’à La Presse l’opinion anti-indépendantiste de son proprio ne se reflète qu’en page éditoriale. Au grand jamais à la une ! (6)

Heureusement que le monopole Gesca ne fasse pas du mur à mur. Le 17 octobre, la «radio qui parle» diffusait une entrevue de Dutrizac avec Philpot. (7) Le 20, le Journal de Montréal y consacrait deux pleines pages. Grandes failles à colmater. Corus et PKP mettent le Canada en péril. Ils ont largement contribué à ce que le dangereux livre soit déjà en réédition.

(1) Les Intouchables, Montréal, 2008
(2) http://video.google.fr/videoplay?docid=-472402956112347194, joindre la 35e minute
(3) Page 75
(4) http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=1173
(5) «Sujet trop délicat ! Choppez-ça », Le Couac, mai 2008, page 4
(6) http:radio-canada.ca/radio/christiane/modele-document.asp?docnumero=6656...
(7) http://www.radioego.com/ego/listen/1189

Cet article paraît dans l'édition de décembre du journal Le Couac

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