La pertinence du Bloc

2008/12/01 | Par André Binette

On voit souvent dans vos textes que vous n'aimez vraiment pas le Bloc québécois. Vous faites partie de ces esprits brillants qui ne peuvent pas comprendre un phénomène aussi profondément ancré dans notre histoire, qui prédisent continuellement la mort du Bloc et qui ragent chaque matin de voir qu'ils sont toujours là. Pourtant, Gilles Duceppe est le seul véritable adulte à la Chambre des Communes et le seul homme d'État à Ottawa.

Le Bloc est né de l'incapacité du Canada à modifier sa Constitution dans le sens de l'aspiration légitime du Québec à faire reconnaître son identité nationale et à la développer. Est-ce vraiment si difficile à comprendre?

Le prix pour le Canada pour son déni de la question du Québec est l'instabilité politique: l'impossibilité croissante de se donner un gouvernement majoritaire, des gouvernements de coalition, des élections à tous les deux ans. Est-ce vraiment si difficile de constater une telle évidence?

Jacques Parizeau avait prédit que l'échec de son référendum en 1995 ne règlerait en rien le problème canadien. Il avait dit que dans les années qui suivraient, le Canada vivrait une longue visite chez le dentiste et aurait un parlement instable à l'italienne. Est-ce vraiment si difficile de s'en rappeler et de constater que ces prévisions sont en train de se réaliser?

Si vous aviez étudié l'histoire de l'Irlande, vous constateriez que l'histoire se répète. L'Irlande inspirait déjà Louis-Joseph Papineau. A peu près au moment de la Confédération canadienne, les premiers députés nationalistes irlandais ont été élus au Parlement britannique. Quelques années plus tard, vers 1885, ils détenaient la balance du pouvoir à Londres. Trente ans après, l'Irlande est devenue indépendante. Les Irlandais ont surmonté de plus grandes difficultés que les Québécois. Nous sommes en train de suivre la même trajectoire dans des conditions beaucoup plus favorables.

L'Irlande est devenue indépendante et est aujourd'hui l'un des pays les plus prospères d'Europe, même si elle doit traverser la crise économique comme tout le monde. L'Écosse n'a pas encore choisi la souveraineté, et est toujours restée pauvre. Les Anglais n'ont jamais eu pour priorité le développement économique de l'Écosse ou de l'Irlande. Certains l'ont compris plus vite que d'autres.

On ne peut pas demander à un chroniqueur une connaissance approfondie de l'histoire. C'est pourtant ce qu'il faudrait pour bien comprendre le rôle et la raison d'être du Bloc québécois. De plus, votre propriétaire, Paul Desmarais, a bien dit récemment que La Presse était un journal fédéraliste.

Vous continuerez à vous poser des questions au sujet du Bloc dans les prochaines années. Malheureusement, vous n'exprimerez alors que votre aveuglement.

J'ajoute que le Canada anglais n'a pas produit un seul homme d'État digne de ce nom depuis le départ de Lester Pearson, qui avait gagné le Prix Nobel de la Paix, il y a exactement 40 ans. Pendant cette période, le Québec en a produit une bonne douzaine, souverainistes et fédéralistes réunis. Même un Claude Ryan, qui n'a jamais été premier ministre et qui n'a jamais été député fédéral, avait une envergure et une profondeur bien supérieures à celles de Stephen Harper. Un Québec souverain qui réunirait tout ce talent politique sous un même toit étonnerait le monde.

Mais La Presse préfère nier ces vérités plutôt que de contribuer à la prise de conscience politique du peuple québécois.

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