Nouvelles du Saguenay: Hélène Pedneault

2008/12/02 | Par Pierre Demers

Le 16 mars 2004, le syndicat des profs du Cégep de Jonquière (SPECJ) invite Hélène Pedneault qui a fait ses études collégiales dans cette institution de 1968 à 1970, à devenir marraine du syndicat.

On est alors en pleine négociation de notre convention collective qui va déboucher sur un décret/loi 142 imposé par le gouvernement Charest, le 15 décembre 2005. Vous vous souvenez ?

Elle accepte avec empressement et vient donner une conférence devant notre assemblée sur la montée de la droite au Québec. Elle en profite pour lancer Mon enfance et autres tragédies politiques, journal intime et politique publié chez Lanctôt éditeur dans une brasserie de la rue Saint-Dominique à Jonquière, sa ville natale.

J’ouvre au hasard le livre rempli de chroniques politiques d’une profonde lucidité et je tombe sur un paragraphe qui me rappelle ce qui se passe actuellement dans notre beau pays/province coast to coast.

«On ne peut pas vivre sans tenir compte de notre esprit, de notre psychique, de notre imaginaire. Quand on met de côté ces parties de nous, il y a forcément une déperdition de chaleur par toutes nos fissures. Cela crée une brèche par où peut entrer le froid. Mais le monde dans lequel on vit n’est basé que sur l’économie (C’est moi qui souligne). Toutes les décisions sont prises la calculatrice à la main, l’esprit vide.

« C’est une erreur. Pour qu’un peuple vive, il faut que sa culture précède son économie, de la même façon que les bourgeois sans argent ne se sont jamais sentis pauvres, parce qu’ils possédaient la culture que les vrais pauvres n’avaient pas.

« Une économie qui n’est pas précédée par la culture de son peuple, qui n’a pas ses assises dans une culture reconnue, aimée, forte, vivante et nourrissante, ne restera jamais qu’un vulgaire exercice fiscal.

« Une économie qui ne s’occupe pas de culture et qui trouve toujours qu’elle est un luxe et non une nécessité est une absurdité, et même un mensonge, parce qu’elle nous réduit à n’être que des consommateurs, des travailleurs, des producteurs de biens ou de services, alors que nous sommes beaucoup plus que cela. »
(17 février 1995).

Voici l’entrevue qu’elle accordait au SPECJournal, journal du syndicat des profs, le 11 mars 2004.

Que contient le livre que vous venez de sortir chez Lanctôt Éditeur ?

Hélène Pedneault : Il regroupe vingt ans de chroniques, entre 1984 et 2004, mais surtout des textes écrits après la mort de la revue La Vie en rose en 1987. Il y a trois textes qui datent de 1984, que j’avais publiés dans la Vie en rose, mais ce ne sont pas des chroniques délinquantes. Je trouve que ces trois textes allaient bien dans ce livre.

Ce sont des textes écrits un peu partout (une centaine) en dehors de trois grandes séries de chroniques qui forment les trois premiers chapitres : dans le magazine Guide ressources, dans la Gazette des femmes et dans des émissions animées par Marie-France Bazzo.

Il contient neuf chapitres. J’ai regroupé les autres chroniques sous les thèmes : femmes, eau, Québec, médias, divers et grand bal des exclus. Ils ont été publiés dans le Voir, La Presse, le Devoir et différents magazines. J’ai aussi inclus des conférences que j’ai données devant différents groupes et qui allaient dans mon «Journal intime et politique » qui est le sous-titre de mon livre et le fil conducteur de tous les textes.

Comment se porte le féminisme d’ici au lendemain de la sortie de Jean Pelletier ?

H. Pedneault : Ça ne lui fait pas un pli sur la différence. Le féminisme est et restera dans l’histoire. C’est la plus grande révolution mondiale qui aura réussi à ne pas verser une seule goutte de sang. Jean Pelletier n’est même pas une goutte dans notre beau raz-de-marée. J’arrive de Québec, et personne n’est étonné de ses propos sur Myriam Bédard. Il s’est fait un spécialiste de ce genre de sorties pendant ses trois mandats comme maire de Québec, à l’instar d’André Arthur. Il faudrait se demander pourquoi la ville de Québec génère de tels imbéciles mal embouchés…

La droite se porte-t-elle bien au Québec ?

H. Pedneault : Non. C’est la gauche qui se porte très bien, ainsi que le mouvement indépendantiste qui va avec. Jean Charest est une personne très utile finalement puisque, par son manque de sensibilité et d’appartenance, il oblige les Québécois-es à prendre position sur chacune de ses incuries et donc, à se demander sérieusement dans quelle type de société ils veulent vivre. On va peut-être réaliser ce fameux «projet de société » dont on se gargarise depuis si longtemps et qui ne se concrétise jamais.

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