Matériel scolaire du Canadien

2009/02/10 | Par Mireille Proulx

Quelle belle trouvaille que de tenter de faire passer une subvention substantielle au club de hockey Canadiens comme remède pour aider la réussite des garçons. Ils ont le dos large les garçons. Effectivement, le ministère de l’Éducation a remis en 2007 et cette année encore un montant total de $250 000 à la Sainte Flanelle pour bâtir du matériel pédagogique.

Si je ne m'abuse, on parle bien ici d'une compagnie privée qui gère des millions et qui fait des profits, non? Il est vrai que le hockey dans l'imaginaire québécois de même que dans la vraie vie prend beaucoup de place. Il est vrai également que les garçons sont fort intéressés par ce sport de même que plusieurs filles. Il est tout aussi vrai que de se servir de cette équipe, de ses joueurs pour développer l'intérêt chez les jeunes de la lecture ou de tout autre élément des programmes peut s'avérer une excellente avenue.

D'ailleurs, plusieurs enseignantes et enseignants se servent déjà des articles qu'on retrouve dans les journaux pour y arriver ou encore des cahiers spéciaux surtout en cette année du 100e anniversaire du Club.  Mais 250 000$ pour produire du matériel pédagogique?

Qu'arrivera-t-il quand le club de soccer L'Impact voudra lui aussi faire dans le pédagogique? Ou encore que la compagnie d'un chanteur ou son producteur voudra faire de même sachant son influence positive sur les garçons? Les critères qui ont mené le ministère à offrir ainsi 250 000$ ne seront-ils pas les mêmes? Pourquoi serait-ce différent?

Qu'on ne se méprenne pas. Il n'est pas ici question de blâmer quiconque utilise ce matériel. Il existe, il est disponible et s'il a été choisi par les enseignants et approuvé par la direction et par le conseil d'établissement de l'école, quiconque veut s'en servir le peut.

Mais il faut se le dire, matériel pédagogique ici semble dangereusement être synonyme de matériel promotionnel. Si les compagnies privées peuvent mettre la main à leur guise sur des centaines de milliers de dollars, gracieuseté du ministère, pour se promouvoir et faire passer ça pour du matériel pédagogique, combien d'argent verrons-nous ainsi s'envoler vers le privé une fois de plus?

Certains diront que cette subvention est minime et qu'il ne faut pas en faire un drame. C'est vrai. Toutefois, quand je pense, entre autres, à la difficulté que les enseignantes et enseignants ont d'être libérés pour bâtir ou revoir un Programme d’intervention adapté, quand je pense à toutes celles et ceux qui enseignent dans des classes multiprogrammes et à qui on accorde 750$ annuellement pour se dépêtrer avec deux niveaux, je me demande si les priorités du ministère se situent au bon endroit. Ce montant d'argent permettrait, dans notre commission scolaire, 250 libérations annuellement durant cinq ans. On peut aussi se dire que cette subvention correspond au salaire moyen de cinq enseignants pendant un an.

Se servir ainsi de l'argent du public pour se faire de la publicité, ça mériterait une pénalité pour inconduite.

Mireille Proulx est vice-présidente du Syndicat de l’enseignement de Champlain (CSQ)

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