Un professeur socialiste aux HEC Montréal?

2009/04/05 | Par Jean-François Vinet

Dans un article publié le 30 mars 2009, intitulé Frais bancaire en hausse dans le Journal Rue Frontenac, le professeur Jean Roy prend librement la parole au sujet de la fameuse concentration du système bancaire canadien.

Dans ses louanges il affirme que 1. la concentration du système bancaire canadien assure la stabilité du système; 2. que les profits des banques sont redistribués aux consommateurs par le biais des fonds de retraite et de la Caisse de dépôt. 

Cher M. Roy,

Je ne sais pas dans quelle planète vous vivez, mais en quoi la concentration du système bancaire assure la stabilité de son propre système? Pour faire une métaphore, est-ce que la grosseur et la hauteur d’un building en assurent la stabilité? Pour en connaître la résistance, ne devrait-on pas, plutôt, examiner sa fondation et les matériaux utilisés pour en élever la structure?

La crise bancaire américaine est une crise du crédit où les banques ont trop prêté à des consommateurs trop risqués. La concentration du système bancaire canadien n’a rien à voir avec sa capacité de résister aux chocs…  Les banques canadiennes ne se sont tout simplement pas exposées aux mêmes risques et c’est pourquoi elles résistent mieux à la crise que les autres banques.

Dans un deuxième temps, M. Roy, vous affirmez que les profits des banques sont redistribués aux consommateurs par le biais de leurs actifs détenus dans diverses caisses de retraite.

Donc, si l’on va au bout de votre raisonnement, si je fais un chèque de 100 $ à ma banque pour la remercier des excellents services qu’elle me rend, ce 100 $ me sera tout simplement remis lorsque j’atteindrai l’âge de la retraite et que je retirerai graduellement mes rentes... C’est un raisonnement pour le moins douteux. Un raisonnement qui me fait croire que vous êtes socialiste car, selon vous, tous les acteurs de l’économie sont équivalents :

Un consommateur = un contribuable= un investisseur = une action d’une banque = profits dans les poches du consommateur

Dans ce monde merveilleux du socialisme, on a effectivement l’impression que la roue tourne toujours en faveur du consommateur. Et, dans ce cas, en effet, si le consommateur envoie un chèque de 100 $ à sa banque, il devrait en retirer les bénéfices une fois à la retraite.

Cependant, dans l’économie actuelle, les personnes qui font fonctionner la roue de la fortune diluent ce qui revient ultimement dans les poches du consommateur. Il y a des PDG fort bien rémunérés qui s’accaparent d’une part considérable des profits. Il faut aussi payer les membres des conseils d’administration, le travail d’avocats pour protéger l’excellent travail des institutions financières et nous écrire des contrats illisibles, les lobbyistes des banques qui s’assurent que le gouvernement ne change pas trop les lois.

On a aussi droit à des groupes d’intérêt où, parfois, des familles canadiennes détiennent des parts importantes du capital des institutions financières ce qui diminue les parts de profit auxquels ont droits les autres actionnaires. Et, souvent, dans ce merveilleux monde, plusieurs consommateurs n’ont rien si ce n’est qu’une tranche d’un régime de rentes à sec… 

Bref, dans l’économie où l’on vit, si j’envoie un chèque de 100 $ à mon institution financière pour la remercier de ses services, il est fort probable que je n’en vois plus jamais la couleur. 

S.V.P., M. Roy, arrêtez de vivre comme Pangloss.

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