Stationnement étagé à Rimouski

2009/04/20 | Par Louis Jean

L’idée d’ériger un stationnement à étages au centre-ville de Rimouski est une vieille obsession. Depuis le début des années 1980, plusieurs administrations municipales ont envisagé cette possibilité. Il semble toutefois que ce sera sous l’administration actuelle que cette horreur architecturale verra le jour, le maire Éric Forest y voyant une solution de choix pour faire face au problème de stationnement qu’occasionnera la construction du complexe domiciliaire sur le site de la Grande Place.

Il va sans dire que ce projet désuet s’inscrit à contre-courant de la tendance actuelle en aménagement urbain, qui vise à favoriser le transport actif et à limiter l’utilisation de la voiture. En outre, il nuira inévitablement à l’implantation du système de transport en commun que plusieurs exigent depuis des années.

Alors que ce projet commence à susciter des réactions de la part des citoyens, la Ville met tout en œuvre pour en rendre la réalisation indispensable. En effet, après la cession au promoteur du stationnement public de la Grande Place et la modification du règlement de zonage diminuant de moitié les exigences en matière de stationnement pour les commerces du centre-ville, elle veut maintenant éliminer les cases de la place des Anciens Combattants.

Le maire parle de les remplacer par un parc bucolique, un endroit où les gens pourront prendre le temps de s’arrêter et de regarder le fleuve… à condition, ajouterions-nous, qu’ils fassent abstraction du boulevard bruyant à quatre voies qui les en sépare.

Pourtant, « améliorer l’offre de service en matière de transport en commun » et « favoriser le développement de moyens de transport alternatif à des fins récréatives et fonctionnelles » comptent parmi les objectifs que s’est fixés la Ville de Rimouski dans son « Plan d’action 2009 ».

Pourquoi, alors, ne pas utiliser la somme prévue pour le stationnement étagé, soit plus de 10 millions de dollars, aux dires du maire, pour créer un système de transport en commun efficace desservant l’ensemble du territoire?

En avril dernier, un sondage effectué par l’organisme Vroom Québec révélait que plus de neuf Rimouskois sur dix sont en faveur de l’implantation d’un système de transport par autobus. Par ailleurs, plusieurs autres options pourraient parallèlement voir le jour, comme le développement de pistes cyclables, la mise sur pied d’un service de partage de voitures, tel celui de Communauto dans la région de Montréal, ou encore l’offre de vélos en libre-service.

Certains feront remarquer que Rimouski a déjà eu un système de transport par autobus qui a été abandonné faute de rentabilité. Or, dans les milieux économiques, on ne considère plus le déficit des sociétés de transport comme de l’argent public perdu.

En 2004, une étude de la firme Secor révélait que les gouvernements bénéficiaient de retombées de 145 dollars pour chaque tranche de 100 dollars consacrée au transport public.

À la suite de cette étude, même la Chambre de commerce du Montréal métropolitain avait sommé les gouvernements d’investir dans le transport en commun, en soulignant l’importance des retombées économiques et de la compétitivité accrue en matière d’attraction d’entreprises.
 
L’Université de Sherbrooke a été la première à suivre ces recommandations. En 2004, alors qu’elle était aux prises avec un grave problème de stationnement et qu’elle s’apprêtait à débourser de fortes sommes pour la construction d’un stationnement souterrain, elle a plutôt décidé d’offrir gratuitement un laissez-passer de transport en commun à ses 20 000 étudiants.

Cette initiative, qui a été financée pour moitié par l’augmentation du prix des vignettes de stationnement, a rendu la ville plus attrayante, en plus de régler les problèmes d’hébergement pour les étudiants et de congestion routière.

Rimouski fait piètre figure en matière de transport public. À titre de comparaison, New York et San Francisco investissent plus de 300 dollars par habitant dans leur réseau de transport en commun, tandis que Rimouski contribue à hauteur de 12 dollars.

On peut alors comprendre pourquoi même une ville comme Baie-Comeau, qui est deux fois moins populeuse que la nôtre, peut se permettre de financer un système d’autobus qui dessert la quasi-totalité de son territoire.

Par ailleurs, plusieurs questions subsistent quant aux visées du projet de stationnement à étages. S’agit-il de conserver l’accès automobile gratuit au centre-ville ou plutôt de construire une aire payante destinée en partie aux résidents du nouveau complexe immobilier?

S’il paraît contestable que les contribuables paient la note pour combler les besoins en stationnement des commerces du centre-ville, il est aberrant d’envisager que ces nouvelles places soient utilisées par les résidents du projet immobilier qui a créé le problème.

N’oublions pas que Rimouski est une technopole maritime et une ville étudiante qui se targue de prendre un virage vert lors d’événements de grande envergure tels que la Coupe Memorial ou le futur Festival mondial de la Terre. Pourquoi ne pas s’offrir un aménagement urbain vert et durable, alors que le monde entier se tourne vers cette alternative?

Un stationnement étagé au centre-ville est incompatible avec l’idée d’une ville soucieuse de sa qualité de vie et des grands problèmes environnementaux de ce siècle. D’autant plus que ce choix aura un impact sur la dynamique et l’esthétique urbaines pour les décennies à venir.

Les Rimouskois qui désirent vivre dans une ville à dimension écologique et humaine, tournée vers l’avenir, doivent faire entendre leur voix. Les solutions existent et ne demandent qu’à être mises en place. Il est de notre responsabilité d’exprimer nos désirs véritables en demandant la tenue d’un référendum avant qu’il ne soit trop tard.

Cet article est publié dans l’édition du mois d’avril du journal Le Mouton Noir de Rimouski.

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