Urti Caire

2009/05/29 | Par Michel Rioux

Quand la médecine ne sait plus trouver d’explication à une éruption cutanée de type urticaire, elle conclut qu’elle est de nature psychosomatique. Elle a sans doute raison, la médecine.

Elle a sans doute raison parce qu’étant régulièrement frappé par ce que je qualifierais de crises d’urticaire psychologique, je sais très précisément, pour l’avoir vérifié mille fois, quelle en est la cause et ce qui provoque ces crises : les smattes !

Un récent exemple va illustrer mon point de vue. Prenons le député de La Peltrie, une circonscription de Québec, bien entendu, Éric Caire. Urti Caire se rêve en chef de parti de l’ADQ depuis qu’il a été congratulé non pas une, mais au moins deux fois par André Pratte pour s’être déclaré prêt à fêter la défaite des Plaines d’Abraham.

Pratte a écrit : « Seul le député adéquiste Éric Caire a réagi avec maturité, soulignant que ‘‘c’est notre histoire, que ça plaise ou non’’ et que s’en offusquer aujourd’hui, c’est agir en ‘‘colonisé’’ ».

À une autre reprise, l’éditorialiste-en-chef précisait sa pensée : « Il a fallu un député adéquiste, Éric Caire, pour faire la part des choses, à l'instar de tous ces Québécois francophones qui ont suffisamment confiance en eux pour ne pas grimper dans les rideaux à chaque mention de Wolfe ou de McCartney. La bataille des Plaines d'Abraham, a dit le député de La Peltrie, ‘‘fait partie de notre histoire, de notre identité. Il faut vraiment avoir une mentalité de colonisés pour se sentir attaqués par ça’’ ». Se faire ainsi flatter par le porte-crottes de Power, ça doit lui faire tout un velours !

La dernière trouvaille de ce cher Urti Caire ? Le Québec doit virer à droite de toute urgence ! Et moi qui croyais que c’était chose faite depuis belle lurette, Bourassa, Lucien et Charest ayant mis l’épaule à la roue et pas è peu près.

Et pour mieux virer dans le sens contraire de la gauche, Urti Caire s’est adjoint pour le conseiller l’un des deux réalisateurs du documentaire L’Illusion tranquille, Denis Julien de son nom.

Ce documentaire, qui a fait saliver les lucides il y a quelques années, en dit long sur le sens social du candidat à la direction de l’ADQ. Tout y passe en fait, le fondement de l’argumentation s’inspirant du fameux Éloge de la richesse du cher Alain Dubuc. Le premier ennemi, et la cause de tous les maux, c’est bien entendu l’État.

Le documentaire est sorti sur les écrans il y a tout juste deux ans. Mais avec ce qui s’est produit depuis dans le monde des banques et de la finance, on le dirait vieux de quelques décennies tellement il se trouve aujourd’hui à côté de la plaque.

Il a fallu des milliards de dollars d’argent public pour rescaper les banques et les compagnies d’assurance qui se sont écroulées sous le poids conjugué de l’appât du gain, de l’incompétence et du laxisme.

Les fleurons du capitalisme sont en instance de faillite, comme General Motors ou Chrysler, ou encore le sont pour de vrai, comme AbitibiBowater, qui vient de se voir accorder une garantie de prêt de 100 millions de dollars par le gouvernement québécois pour payer son épicerie. Et c’est l’État, qui ne les taxe même pas à la hauteur où il le devrait, qui serait le problème ?

Si Urti Caire écoute son nouveau conseiller et devait par malheur être élu, on se dirigerait tout droit vers un affrontement historique avec le monde syndical. C’est pourtant ce à quoi on peut s’attendre. « Ce film est pour moi une inspiration. Alors, sans se tromper, on peut dire que la plateforme que je vais proposer va s’inspirer de L’Illusion tranquille », a-t-il déclaré.

Selon les penseurs néolibéraux qui pontifient dans le documentaire, les syndicats sont au pouvoir à Québec, quel que soit le gouvernement. Les Marcel Boyer et Mathieu Laberge, de l’Institut économique de Montréal, les Réjean Breton, professeur de Laval en permanence sur l’acide, les Frédérick Têtu, philosophe de Québec bien entendu, font mine de se prendre au sérieux dans leur délire antisyndical.

J’en connais cependant, dans les centrales syndicales, qui ont dû approcher la syncope en apprenant cette chose qui leur avait littéralement échappé : ils sont au pouvoir sans le savoir, les niaiseuses et les niaiseux. Et qui donc leur a asséné tant de lois spéciales pour mettre fin aux négociations ? Et qui donc s’arrange pour que le pouvoir d’achat de la classe ouvrière ait stagné depuis 25 ans ? Avec de semblables résultats, aussi bien se retrouver dans l’opposition, non ?

Et comment alors s’étonner du remède proposé par l’un des jeunes lucides interviewés dans le documentaire, celui non seulement d’abolir l’ancienneté, mais aussi, une fois parti, le Code du travail lui-même ? Un Code du travail qui serait, pour ces jeunes pétant de compétence, un empêcheur de tourner en rond autour des restants de vieux travailleurs jetés sans ménagement à la rue pour cause de cheveux gris.

Vaste programme pour Caire, prénommé Urti. Pour sa défense, il ne pourra qu’évoquer une circonstance atténuante : il y a quelque chose dans l’eau, à Québec.

Et parce que les syndicats se battent pour conserver le peu qu’ils ont acquis de haute lutte, ils seraient devenus des…conservateurs. Ne riez pas ! Alain Dubuc l’a écrit le 21 janvier 2007.

Cet article paraît dans l’édition du mois de juin du journal Le Couac.

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