Foulard islamique et fonctionnariat

2009/06/22 | Par Claude G. Charron

Depuis que la Fédération des femmes du Québec s’est prononcée contre l’interdiction du port de signes religieux dans la fonction publique, Françoise David fait partie des personnalités québécoises qui ont très tôt appuyé cette position. Son texte du 28 mai (1), nous pousse à un questionnement quant à la valeur des arguments émis pour défendre la controversée position de la FFQ.  

Elle écrit: «Et puis, imaginez… Un gouvernement dépose un projet de loi pour interdire le port de signes religieux ostentatoires dans les services publics. Une telle loi serait probablement irrecevable devant les tribunaux.».  Elle ajoute : «Et plus grave encore, elle diviserait la population.»


«Loi irrecevable devant les tribunaux »

Françoise David semble avoir entièrement intériorisé la philosophie politique qui sous-tend la constitution de 1982 avec sa Charte des droits et libertés devant «protéger les minorités contre la dictature de la majorité» quand on sait très bien qu’elle avait d’abord été conçue pour casser la volonté d’émancipation de la plus grosse de ces minorités au Canada. Vous savez laquelle. 

De l’avis de madame David, les députés de l’Assemblée nationale perdraient leur temps à débattre de la nécessité ou non d’une charte de la laïcité, par exemple, même si ladite charte s’inscrivait en concordance avec la Charte québécoise des droits de la personne. S’appuyant sur l’autre charte, les juges de la Cour suprême, la déclareraient ultra vires, diront tous ceux qui adorent que nos grands problèmes de société soient réglés par des juges nommés par Ottawa.   

Il est pourtant possible de court-circuiter cette capacité des magistrats de défaire les lois des élus. Ces derniers n’ont qu’à y greffer la clause dérogatoire. Mais pourquoi donc de nos jours nos députés ont-ils si peur du nonobstant ?

De 1982 à 1985, le gouvernement Lévesque en a systématiquement usé dans la confection de toutes ses lois.

Entre 1985 et 1988, le PLQ l’a utilisé cinq fois et, dans une entrevue au Toronto Star le 28-08-1999, Antonio Lamer, alors juge en chef de la Cour suprême, avait dit que les législateurs pouvaient toujours contourner la Cour en utilisant la clause nonobstant qui assure «que les élus ont le dernier mot, quand ils veulent l'avoir ».


La population divisée ?

Lors d’un  récent sondage, à la question : «Devrait-on interdire le port des signes religieux au sein de la fonction et des services publics québécois?»  La réponse a été oui à 60%. 63% pour les Franco et 47%  pour les Non Franco. (2) 

Et se trompent ceux qui répliquent que la population est mal informée sur la question. Et qu’elle a plein de préjugés envers les immigrants. On oublie que les audiences publiques de la commission Bouchard-Taylor ont été un succès médiatique.

Et ne passa pas inaperçue le fait que bien des participants se faisaient couper la parole s’ils osèrent parler contre le multiculturalisme. Avec un Gérald Bouchard les accusant d’avoir des propos xénophobes alors qu’il manifesta «une grande ouverture» pour certains intervenants non-pure-laine aux propos acrimonieux.

La commission n’a pas réussi à culpabiliser le peuple québécois qui, dans son ensemble, n’est pas anti-immigrant. En fait, ce que la majorité craint, c’est qu’après, dans les années soixante, avoir déconfessionnalisé nos institutions, on s’apprêterait à fragiliser celles-ci par un excès de multiculturalisme. 


Excès de multiculturalisme

Les attentats de 2005 à Londres avec ses 53 morts ont fait prendre conscience  aux Britannique des limites du multiculturalisme. On avait facilement accordé l’asile à nombre de musulmans extrémistes. Puis, on leur avait laissé  propager leurs idées dans les écoles, mosquées et médias. Même réveil brutal en Hollande suite à l’assassinat en 2004 de Theo Van Goth. Son crime ? Avoir réalisé un film où il critiquait l’islam.

Dans Le Devoir du 22 mai dernier, Christian Rioux faisait témoigner Senay Ozdemir,   Hollandaise d’origine turque: «Je viens d’une famille laïque, mais on ne cesse de me qualifier de musulmane. Avant d’arriver ici, je ne m’étais pourtant jamais perçue à travers l’islam. Le multiculturalisme exagère. Ça ne rend pas service aux immigrants.»

Déjà en 1995, Neil Bissoondath considérait le multiculturalisme «comme une forme certes douce mais néanmoins insidieuse qui accroît les divisions dans un pays déjà divisé.» (3)  Et voilà que l’Algéro-Québécoise Djemila Benhabid va plus loin encore: «En Occident, c’est à travers des manifestations “culturelles ou identitaires”, comme le port du voile ou l’exigence de salles de prières dans les universités, que se camoufle sournoisement une vision du monde archaïque qui vise à embrigader les communautés immigrantes pour s’imposer comme acteur politique et peser sur les enjeux de société.» (4)  

Madame David se dit satisfaite que le port du voile ne soit pas uniquement un symbole d’infériorisation mais «que certaines femmes musulmanes choisissent de le porter pour des raisons identitaires, religieuses ou politiques.» Mais, par leur costume, n’y aura-t-il pas une forme de prosélytisme larvé quand les enseignantes, parmi ces femmes «libérées du carcan masculin», devront dispenser le cours Éthique et culture religieuse dans des classes multiethniques ? 

Plus que l’Angleterre et la Hollande, le Québec, simple province, est une société fragile. Le multiculturalisme de Trudeau avait pour objectif premier de le parcelliser. Opération réussie : fracture territoriale entre le Montréal franco à l’est, et l’English Montreal à l’ouest, immigrants bilingues - parlant arabe et français -, ne trouvant pas d’emploi parce que pas encore assez «bilingues».

Autre facteur préoccupant: le financement excessif des écoles privées. À voir comment la ministre de l’éducation est embourbée avec des écoles juives n’obtempérant pas à ses directives, il est fort à parier que le même type d’imbroglio touchera bientôt de nombreuses écoles musulmanes. 

La majorité de la population est consciente des graves problèmes qui, si rien n’est fait, pointeront à l’horizon. Et c’est son gros bon sens qui, à l’instar de ce qui se fait en France, lui dicte qu’il faut absolument interdire le port de signes religieux ostentatoires dans la fonction publique.


  1. francoisedavid.com, 28 mai, Le voile : suite et fin.
  2. Jean-Marc Léger, Les Québécois se dévoilent, Le Journal de Montréal, page 29
  3. Neil Bissoondath, Le Marché aux illusions – Boréal, Montréal, 1995, quatrième de couverture
  4. Djemila Benhabib, Ma vie à contre-Coran, VLB éditeur, Montréal, 2009, page 23  

Ce texte paraît dans l’édition du mois de juin du journal Le Couac

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