Cigale étourdie et fourmi vaccinée

2009/11/18 | Par Michel Rioux

Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? J’en suis fort aise.
Eh bien
 ! dansez maintenant.

                                          - La Fontaine

Pendant que, sorti d’une très longue hibernation au cours de laquelle il a, en termes vernaculaires, dormi au gaz, littéralement, Gérald Tremblay, Clovis municipal, adore ce qu’il a brûlé et brûle ce qu’il a adoré, on nous dit qu’une pandémie se répand à la grandeur du territoire et s’installe dans tous les coins perdus.

De quoi faire peur et inquiéter au plus haut point le citoyen, qui se souvient tout à coup  des grandes catastrophes qui ont frappé l’humanité dans son histoire, de la peste au choléra, en passant par la grippe espagnole au sujet de laquelle, dans le temps et si possible à la brunante, on racontait aux tout petits que des personnes, se trouvant plutôt dans un état cataleptique, avaient été enterrées alors qu’on les croyait mortes.

Gérald Tremblay, d’un acte de contrition à l’autre depuis le 1er novembre, n’a de cesse depuis de se flageller pour tous les péchés d’omission dont l’existence lui est apparue au cours d’une campagne qui eut plutôt l’allure d’un chemin de croix.

Lui qui, durant des années, n’avait rien vu de ce qui se passait autour de lui, rien su de ce qui se tramait dans son dos, rien entendu de ce qui se disait dans les corridors de l’Hôtel de Ville, a soudainement tout vu, tout su, tout entendu.

Ne reculant devant rien pour boire jusqu’à la lie ce calice dont il niait jusque-là l’existence, ce maire rempli de repentir, devant ses collègues des autres villes, a battu sa coulpe avec une humilité que François d’Assise aurait appréciée, avouant tout de go être personnellement responsable de ce que les maires soient aujourd’hui perçus par leurs commettants comme des affidés de la mafia.

On a beau chercher dans les livres et dans les dictionnaires, le seul exemple dans l’histoire d’un homme tombé aussi raidement de son cheval est celui de Paul de Tarse sur le chemin de Damas, victime d’une vision. Comme on sait que Gérald Tremblay entretient des liens étroits avec l’au-delà, on pourrait même parler d’une conversion.

Pandémie donc il y aurait, jetant dans l’inquiétude hommes, femmes et enfants du globe, ici comme ailleurs. Mais jetant aussi dans des transes dont on craint qu’ils ne se remettent pas les dirigeants et actionnaires des grandes entreprises pharmaceutiques, en situation idéale pour arnaquer des gouvernements  atterrés à la seule pensée que les populations n’en arrivent à croire qu’ils n’en font pas assez pour enrayer cette grippe, ni asiatique comme il y a 50 ans, ni espagnole comme il y a 100 ans, non pas aviaire mais porcine, et dont on nous dit pourtant qu’elle est moins maligne que ces grippes dites ordinaires qui viennent nous visiter chaque année, même si on n’a jamais vraiment su au juste qui leur demandait de passer nous voir…

Mais ces vaccins livrés vitesse grand V qui amènent de formidables poussées de fièvre chez les fabricants et se traduisent par des produits faramineux, ces vaccins, du seul fait des lois du marché qui régissent l’offre et la demande, coûtent aux États de 30 à 40 pour cent de plus que ceux produits pour les grippes ordinaires.

Un seul exemple : un porte-parole de la compagnie GlaxoSmithKline avouait récemment au Nouvel Observateur qu’elle s’attendait d’enregistrer, pour le quatrième trimestre, des profits « supplémentaires » de près de 2 milliards de dollars. C’est pas loin de nous, cette entreprise pharmaceutique : c’est elle qui, à Québec, produit tous les vaccins administrés de Sept-Îles à Gatineau et de Malartic à Gaspé.

S’ils furent quelques millions à être piqués au bras, force est de constater que les Québécois et Québécoises furent pas mal moins nombreux à se sentir piqués au vif par l’amoncellement de scandales qui se sont abattus sur la vie démocratique municipale, montréalaise surtout.

Avec comme résultat qu’à la fin de l’exercice, il se trouvera davantage de citoyens vaccinés que de citoyens ayant cru de leur devoir d’exercer leur droit de vote.

Quand même curieux qu’une catastrophe tout juste appréhendée ait déplacé autant de monde alors qu’une catastrophe réelle, résultat d’une corruption généralisée et organisée en système et d’un gaspillage éhonté de fonds publics où des prévaricateurs sans gêne ont, jusqu’à maintenant impunément, joué avec les règles et déjoué sans difficulté les rares garde-fous censés protéger le contribuable, l’ait laissé complètement froid.

La cigale qui n’aura pas voté serait bien malvenue de chialer l’automne venu.






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