À la défense de Kahnawake

2010/02/08 | Par Louis Bernard

Tout Québécois francophone soucieux de préserver son identité culturelle et celle de sa nation devrait comprendre instinctivement le geste posé récemment par le Conseil mohawk de Kahnawake d’exiger que les personnes qui ne sont pas membres de la communauté mohawk quittent le territoire de la réserve.

C’est un geste de défense identitaire tout à fait analogue à celui que le Québec a posé en adoptant la Charte de la langue française.

Depuis quatre cents ans, les Mokawks ont réussi à préserver leur société distincte malgré toute la pression sociale, économique et culturelle à laquelle ils ont été soumis au Québec, au Canada et aux États-Unis.

Ils ont presque perdu leur langue et ont perdu une large partie de leur capacité de se gouverner eux-mêmes.

Ils ont perdu la plus grande part du territoire que le roi de France avait réservé à leur intention sur la rive sud de Montréal. Il ne leur reste, comme rempart principal de leur identité collective, qu’un petit territoire à l’entrée sud du Pont Mercier.

Ils tiennent à le défendre, comme ils l’ont toujours fait, comme la prunelle de leurs yeux. Qui pourrait les blâmer ?

Nous sommes près de six millions de Québécois francophones. Et nous craignons pour notre sécurité identitaire, comme l’a constaté la Commission Bouchard-Taylor.

Ils ne sont que huit mille Mohawks à Kahnawake. Comment pourraient-ils permettent que, par mariage ou cohabitation, de plus en plus de non-Mohawks viennent s’établir sur leur territoire ?

Quand on connait les relations de plus en plus étroites et fréquentes entre les personnes dans nos sociétés contemporaines, combien d’années, pensez-vous, que ça prendrait avant que le caractère mohawk du territoire s’atténue et vienne même à disparaitre ?

Je connais bien les Mohawks de Kahnawake. En 1999, j’ai participé à la négociation de dix ententes qui sont le fondement des relations que le Québec entretient avec eux et, présentement, je participe à la révision de ces ententes.

J’apprécie énormément leur fierté nationale et leur désir d’assurer la continuation de leur communauté millénaire. Je sais de manière certaine qu’ils n’entretiennent aucun mépris à l’égard de leur voisins non-mohawks et qu’ils veulent développer avec eux des relations fondées sur la compréhension et le respect mutuel.

À nous de les comprendre et de les aider dans cette tâche difficile. La présence parmi nous d’une communauté mohawk vibrante et dynamique est une richesse pour le Québec.



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