D’Aut’Suggestions culturelles

2010/03/05 | Par Marie-Paule Grimaldi

La quête d’absolu marque toute la saison de théâtre La Chapelle, et le thème se concrétise plus que jamais avec la présentation de Caligula d’Albert Camus, dans la version du metteur en scène Marc Beaupré. Greffée de textes de références qui nous amènent à mieux comprendre l’empereur et sa soûlerie délirante vers l’impossible, contre l’absurdité triste de l’existence, la pièce est revisitée dans toute la force de sa parole à travers une chorégraphie sonore. Assis autour de leurs micros, pendus aux gestes et lèvres d’un Emmanuel Schwartz – Caligula enivré de lui-même comme une rock star lucide et tyrannique, le chœur, formé de comédiens tout aussi dévoués, refait l’histoire d’une ascension funeste, fidèles, mais le chef d’orchestre les trahit sans cesse et se joue d’eux. L’expérience est complexe, appelle l’attention mais demeure sobre, dans une énergie très masculine, la production ne choque pas mais fait marque. Un hommage à Camus sans complaisance qui signe son verbe avec intelligence.

Caligula (Remix), 29 avril au 20 mai, Théâtre La Chapelle, 3700 Saint-Dominique

 

Peut-il avoir pire que la douleur qu’on s’inflige à soi-même, parfois sans « bonne » raison, jusqu’à en être prisonnière et condamnée ? C’est peut-être sur cette conclusion qu’à déboucher l’Enquête sur le pire menée par Fanny Britt. La deuxième création du Théâtre Debout nous plonge au cœur d’une trop grande peine d’amour et surtout de l’anxiété maladive de Bébé, mieux connue sous le nom d’Elizabeth Racine, populaire animatrice de télé qui s’est enfermée dans son appartement depuis le départ de son mari, visitée par ses fantômes, mais aussi par une étudiante roumaine avec une aptitude particulière au bonheur qui travaille pour elle mais aussi désire l’aider, sans savoir qu’elle causera peut-être sa perte. L’émotion prend du temps à nous atteindre, Bébé, défendue avec force par Johanne Haberlin, est particulièrement détestable, hautaine, narcissique, malade d’elle-même. La mise en scène passe peut-être trop rapidement d’une scène à l’autre ou peut-être celles-ci sont seulement trop courte, ainsi on voudrait voir plus du personnage de la mère joué avec talent, humour et nuance par Josée Deschênes. Le prologue annonce une tragédie que l’on n’atteint pas, enfin pas de sang ni de cri, mais peut-être est-ce ça le pire aussi. Une pièce qui questionne mais peu aboutie en soi, ou qui au contraire, conclue trop, trop vite.

Enquête sur le pire, 20 avril au 8 mai, Salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, 3888 Saint-Denis

 

Pour terminer sa tournée, le marionnettiste virtuose Ronnie Burkett présente sa dernière création très attendue à Montréal, Billy Twinkle, Requiem for a Gloden Boy. Billy Twinkle est un marionnettiste blasé qui se fait renvoyer du bateau de croisière où il travaille. Au bord du gouffre, il est visité par le fantôme de son mentor qui le pousse à revisiter sa vie, à l’émouvoir, à lui rappeler d’où il vient. Ainsi dans une série de saynettes articulées dans un esprit cabaret, vingt-quatre personnages à ficelle viendront faire leur tour de piste pour raconter cette histoire. Mais Ronnie Burkette est surtout un performeur et il s’utilise lui-même énormément, par la présence forte de sa et ses voix, mais prend beaucoup de place physiquement. Spectacle de près de deux heures tout en anglais, il livre une performance survoltée et exubérante, et parle beaucoup. Près d’un système de poupée russe, on voit le marionnettiste qui manipule la marionnette-marionnettiste et ainsi de suite, trop rares moments de grâce car on préfèrerait que les marionnettes soient plus présentes en elles-mêmes. Le langage est cru, drôle, très assumé, mais la performance de haut-voltige nous laisse quelque peu essouflée. Showbizz.

Billy Twinkle, Requiem for a gloden boy, 22 avril au 1er mai, Cinquième salle de la Place des arts, 175 Sainte-Catherine O.

 

Les contraires s’attirent dit-on, et dans les extrêmes les plus opposés on retrouve la même variable : l’extrême. Qu’est-ce qu’on en commun la star Céline et Isabelle, jeune femme agressée pendant plusieurs années par sa famille et finalement décédée du cancer? Le rêve de Caro 31, caissière dans un grand magasin et plus grande fan de Céline, le rêve « d’être tout le temps bien ». Elle mettra le monde à l’envers le temps de raconter une histoire qui réunira les deux destins aux antipodes par des superpositions narratives, de véritables glissements de terrains poétiques et drastiques. Le texte d’Olivier Choinière et la mise en scène de Sylvain Bélanger discutent les codes et les attentes du théâtre comme de l’existence, et le résultat reste quelque peu verbeux, intellectuels, mais surtout suggestif. On n’imite pas le réel, on le dénonce, et dans le décor étouffant et vide, on imagine les scènes décrites plus que jouée par quatre excellents acteurs qui se promènent sur des nuances plus subtiles qu’on le croit et qui le font avec brio. Une pièce quelque peu exigeante mais dont le succès en 2007 appelait cette reprise. Pour amateur ou audacieux.

Félicité, 20 avril au 2 juin, Espace Go (Salle 2), 4890 Saint-Laurent.


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