Quand Marois parle comme Guizot

2010/03/15 | Par Michel Rioux

Dans son dernier livre, Un peuple dans le siècle, le sociologue Marcel Rioux s'en prenait à ce nouveau trait des Québécois de succomber de plus en plus  aux sirènes de l'enrichissement personnel. C'était  il y a vingt ans. «  Parodiant le titre de la pièce de Jules Romains, Monsieur le Trouadec saisi par la débauche, on peut dire que les Québécois, vivant maintenant dans l'État-Provigo, sont saisis par l'argent », constatait-il avec une inquiétude certaine.

S'il y avait, à l'époque, de quoi rendre inquiet, la chose ne s'est pas améliorée ces derniers temps. Car il semble clair qu'au PQ, on veuille ressusciter ce tristement célèbre Québec Inc. qui n'a pas laissé que de bons souvenirs.  À l'exception, bien entendu, de quelques individus qui, comme Michel Gaucher, qui a liquidé Steinberg, et Bertin Nadeau, prêt à vendre Provigo aux Américains, et autres chevaliers de la garde montante capitaliste de l'époque, s'en sont mis plein les poches.

Une dépêche en provenance  d'un colloque du Parti québécois commençait de la sorte, le 14 mars : «  Le PQ se propose de ranger bien loin le concept d'État providence et, sans le dire à haute voix, de faire un petit pas vers la droite ». Pauline Marois a précisé le sens du virage :  « Ce n'est plus l'État qui doit être au centre de notre enrichissement national. Ce doit être les Québécoises et les Québécois eux-mêmes. Le PQ amorce donc un virage important ».

À les entendre, redéfinir la social-démocratie, ce qu'ils prétendent faire, ce serait se ranger davantage à droite. D'ailleurs, plusieurs péquistes, devenus de ce fait post-modernes, se demandent si les notions de droite et de gauche tiennent encore la route.

S'ils avaient le courage de se regarder en face, ils auraient tôt fait de découvrir, comme l'a dit l'humoriste Guy Bedos, que « c'est dans le regard des gens de droite qu'on s'aperçoit qu'on est de gauche ». Quelqu'un qui aurait vraiment besoin d'un cours accéléré en ces matières, c'est la ministre Normandeau, qui a reproché à Pauline Marois de « flasher à droite mais de virer à gauche » ! Faut le faire.

Ainsi donc, c'est sur des Paul Desmarais et des Pierre-Karl Péladeau qu'il faudrait désormais compter pour que le Québec ait un avenir ? Ironie du sort, c'est avec l'aide de l'État québécois qu'ils se sont enrichis, l'un avec la vente de la Consolidated Bathurst, l'autre avec l'acquisition de Videotron !

Il y a quelque chose d'étrangement surréaliste d'entendre Pauline Marois parler comme François Guizot, ce grand bourgeois du 19e siècle chassé du pouvoir en France par la révolution de 1848. « Enrichissez-vous ! », conseillait-il à sa classe, qui n'était pas, bien sûr, la classe ouvrière.

Le Robert dit ceci de lui, qui pourrait aujourd'hui s'appliquer à d'autres : «  Sa politique intérieure, favorable à la grande bourgeoisie d'affaires, à laquelle il donnait le conseil de s'enrichir par le travail et l'épargne, contribua à accroître la misère ouvrière et à susciter une opposition croissante ».

On croirait lire l'épitaphe de... Lucien Bouchard, qui reprochait aux Québécois de ne pas assez travailler, qui a forcé les travailleurs d'Olymel à baisser leur salaire horaire de 28 $ 19$ alors qu'il en réclamait 1000 $ en honoraires pour ses basses oeuvres patronales, qui présente à des institutions publiques des factures faramineuses pour qu'elles aient l'honneur d'être servies par lui.

En effet, sans qu'il n'y ait encore de résultat, l'UQAM, dont on sait par ailleurs qu'elle flotte dans l'argent, a dû payer 2,7 millions de dollars à ce tribun pour renégocier avec Busac les termes d'un contrat visant l'Îlot Voyageur.

Et il est possible que la STM lui allonge quelque 2,5 millions de dollars pour avoir si bien négocié avec le consortium Alstom-Bombardier. En voilà un, dirait-on, qui a compris l'appel à l'enrichissement individuel de Pauline Marois !

La plate-forme du Parti québécois ne dit mot sur ce scandaleux privilège fait aux détenteurs d'options d'achat d'actions dont les entreprises et les institutions financières gratifient leurs hauts dirigeants.

Pour la seule année 2007, c'est une somme de 1,2 milliard de dollars que les 78 000 privilégiés n'ont pas payée en impôt au fédéral. Pour les provinces, le manque à gagner découlant de ce privilège se chiffre à 600 millions. Alors que les salaires sont imposés dans leur totalité, les gains obtenus en vertu de ce système ne le sont qu'à 50%. Me semble qu'il y aurait là matière à réflexion pour du monde qui dit vouloir redéfinir la social-démocratie !

Mais non ! Pour clouer le bec au SPQ libre, cet empêcheur non pas de tourner en rond mais de se garrocher à droite toute, on l'expulse. Pour cause de « bourdonnement médiatique», selon ce qu'en a dit le président du parti. Pour reprendre un autre mot de Guy Bedos, il apparaît aujourd'hui bien difficile d'être de gauche au PQ, surtout si on n'est pas de droite.


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