Des maîtres autoproclamés

2010/08/20 | Par Guy Roy

Le bulletin du conseil du patronat ne peut échapper aux objectifs tendancieux qu’il se donne : soumettre le monde du travail à une évaluation à laquelle celui-ci n’a eu rien à dire. Même dans le rapport d’évaluation auquel me soumet mon employeur tous les ans, j’ai l’opportunité d’inclure un commentaire dissident. Ce bilan du Québec Inc. est donc biaisé et ne met au jour qu’un côté de la médaille sans la contre partie des salariés. Et si nous-mêmes nous nous donnions le droit d’évaluer ceux qui nous marchandent notre travail au prix qu’ils le paient et aux éternelles excuses qu’ils donnent ces années-ci pour justifier un écart grandissant entre pauvres et riches ?

Il est aussi significatif que l’on jauge l’économie québécoise à partir d’une comparaison avec celle du « Rest Of Canada ». La condition d’infériorité du Québec constatée ne fait que révéler encore une fois la nature profondément inégalitaire de ce pays qui s’autoproclame le meilleur au monde sans être capable de fournir à ses citoyens l’élémentaire égalité de fait entre eux.

Nous n’en sommes pas là par hasard. Toute notre histoire a été marquée par un développement inégal de nos ressources souvent spoliées par l’élite canadienne. Celle-ci a su s’allier ceux qui ont produit ce rapport pour nous culpabiliser de l’état de subalternes que l’État fédéral nous assigne comme la seule condition possible pour un peuple de travailleurs. Nous ne concurrençons tout simplement pas à armes égales avec l’État canadien. Pour cela il nous faudrait au minimum un État indépendant.

Pour exposer ce point de vue au jugement de tous, je sais bien que je m’attirerai l’accusation de la droite bien pensante que je propage une « mentalité de colonisé ». Qu’en ai-je à faire de ce point de vue qui tente de camoufler une vérité élémentaire tirée de l’expérience quotidienne d’avoir à composer avec une autorité que je ne choisis pas, et comme salarié, et comme sujet d’un autre pays que le mien ?

Il est indéniable qu’Ottawa nous met devant un état de fait : avoir à subir son pénible carcan et tolérer la privation d’une liberté fondamentale des peuples à cause d’une volonté tenace de nous maintenir dans un état de sujétion. Le conseil du patronat ne nous apprend rien là-dessus que le RIN ne nous ait enseigné il y a cinquante ans bien sonnés.


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