Turquaze

2010/08/27 | Par Ginette Leroux

La question de l’immigration est un sujet brûlant d’actualité. Ce thème universel inspire plusieurs cinéastes dont les films sont présentés cette année au FFM, entre autres La Voisine, de l’Iranienne Naghmeh Sirkhan et le film philippin Émir de Chito S. Rono.

Le film Turquaze, du réalisateur belge Kadir Balci, traite de l’intégration des immigrants dont la langue, la culture et la religion diffèrent en tout point du pays d’accueil. Pour ces expatriés du Moyen-Orient, refaire leurs racines dans un tel pays constitue pour certains un défi qui peut s’avérer parfois insurmontable.

« Dis mon fils, as-tu déjà vu un Turc dans une fanfare belge? » Timur, assis sur sa chaise de gardien de musée, se rappelle les paroles de son père, travailleur turc immigré dans les années 1960 alors que la Belgique faisait appel à une main-d’œuvre étrangère.

La chronique familiale raconte l’histoire de trois frères, Ediz, 36 ans, Tirmur, 28 ans et le cadet de 16 ans, Bora qui, après les obsèques de leur père à Istanbul, retournent à Gand. Sans leur mère. La veuve nostalgique, trop longtemps coupée de ses racines, opte pour son pays natal.

L’autorité échoit à l’aîné. Il devient le gardien des traditions familiales. Comme la coutume le veut, il a épousé une Turque à qui il impose ses restrictions. Il lui interdit d’apprendre le flamand et la confine à la maison et aux tâches ménagères. Pourtant, Ediz, sournoisement, s’éloigne des règles qu’il dicte.

Timur fréquente Sarah, une impie selon Ediz qui lui ordonne de rompre sa relation amoureuse avec elle. Déchiré entre le lien profond qu’il entretient avec ses origines turques et la loyauté envers son pays d’adoption, le jeune homme hésite. Écouter son frère ou son cœur? Arrivera-t-il à concilier les deux mondes qui l’habitent?

Burak Balci (1982) est le frère cadet du réalisateur. Le personnage de Timur est son premier rôle au cinéma. Il livre ici une performance remarquable.

Sarah est une jeune fille déterminée, élevée par des parents chauvins et xénophobes. Lorsqu’elle présente Timur à sa famille sans les avoir avertis de ses origines étrangères, la réaction de la mère est brutale : que fait cet étranger dans sa famille? Sarah se laissera-t-elle convaincre d’abandonner son amoureux?

L’excellente Charlotte Vandermeersch est une jeune actrice aux multiples talents. Elle possède une feuille de route impressionnante, cumulant des rôles de comédienne au théâtre et de chanteuse à l’opéra. Elle apparaît dans des séries télévisées, sans compter les rôles prometteurs au grand écran.

Écrit avec sensibilité, le scénario de Kadir Balci est d’une efficacité remarquable. L’histoire qu’il met en scène est grandement liée à son parcours personnel. « Né à la lisière des cultures flamande et turque, je n’ai jamais été sûr d’être à la bonne place ou d’être considéré en tant que personne à part entière, indépendamment de mes origines », raconte le cinéaste en entrevue dans Flanders, une revue de cinéma flamande. « Au cours de mes études cinématographiques, j’avais l’impression qu’on me percevait avant tout comme un Turc faisant des études de cinéma en Belgique, qu’on m’acceptait en tant qu’étranger, ce qui me mettait dans une position très étrange, vu que je me sentais aussi belge que les autres étudiants. »

Une réalité dont il a mis longtemps à accepter l’évidence. Le choix du titre de son film exprime ce flou identitaire. « La couleur turquoise n’est ni bleue ni verte, mais pile entre les deux », explique Balci. Elle renvoie à cette fusion permettant de révéler la nouvelle identité ainsi créée.

Présenté dans la section Regards sur les cinémas du monde, Turquaze est pour le réalisateur belge Kadir Balci, né à Gand de parents turcs, son premier long métrage de fiction.

Turquaze est présenté les 28, 29 et 30 août au cinéma Quartier Latin.


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