Un nouveau parti avec Legault et Facal, appuyés par Bouchard ?

2010/09/23 | Par Pierre Dubuc

Une rumeur persistante veut que les ex-ministres péquistes François Legault et Joseph Facal lancent à la mi-octobre un mouvement politique qui préparerait la création d’un nouveau parti politique. Leur initiative aurait la bénédiction de Lucien Bouchard.

L’éventuel nouveau parti serait nationaliste, voire souverainiste, mais reporterait aux calendes grecques toute démarche vers l’indépendance du Québec, le temps de mettre de l’ordre dans les finances publiques, l’éducation et la santé.

L’abandon de l’objectif de la souveraineté par Joseph Facal dans un texte, intitulé « Réalisme et responsabilité », publié le 22 septembre sur son blogue donne de la crédibilité à ce qui n’était jusqu’ici qu’une vague rumeur.

Les masques tombent

Jusqu’à tout dernièrement, Joseph Facal a toujours multiplié les professions de foi indépendantistes. Mais dans « Réalisme et responsabilité », il jette l’éponge. Il vaut la peine de citer en entier la conclusion de son texte.

« Malheureusement, écrit-il, la souveraineté est, pour l’avenir prévisible, une réponse à un problème que notre peuple ne veut pas confronter, parce qu’il a perdu le goût d’avancer et perdu aussi confiance dans ses dirigeants politiques, fédéralistes comme souverainistes.

« Il faut désormais poser autrement la question nationale, et veuillez croire que ce n’est pas de gaieté de cœur que je parviens à cette conclusion. Il nous faut ouvrir un nouveau cycle politique.

« Les problèmes du Québec sont criants. Nos réseaux de santé et d’éducation craquent de partout. Nous sommes plus pauvres, plus endettés, plus dépendants des transferts fédéraux que ce que notre potentiel et nos atouts devraient autoriser.

« C’est sur ces fronts que notre peuple attend une action politique vigoureuse et immédiate.

« Si le Québec se remet en mouvement, reprend des forces et retrouve sa confiance, cela redonnera peut-être envie à notre peuple de se reposer ultérieurement la question de son statut politique. »

C’est donc bel et bien un enterrement de première classe !

Il est intéressant de noter que les raisons données par Facal sont exactement les mêmes que celles invoquées par François Legault lorsqu’il a tiré sa révérence en juin 2009.

Dans un texte publié dans Le Devoir du 26 juin 2009 et intitulé « Le déclin tranquille du Québec », Legault identifiait « trois défis à surmonter » : « 1. un écart de richesse important avec les autres États de l'Amérique du Nord; 2. nos réseaux publics de santé et d'éducation connaissent de graves problèmes d'efficacité; 3. le Québec vit une crise des finances publiques ».

Il est à remarquer que les deux hommes se sont longtemps décrits comme des membres de la « gauche efficace ». Avant son départ, Legault avait fait de l’Irlande son modèle économique, en vantant son régime fiscal avantageux pour les bien nantis. Aujourd’hui, l’Irlande est en faillite technique.
Quant à Facal, il avait eu plus de difficulté à défendre son label de « gauche efficace », étant un des signataires du Manifeste des Lucides. Son refus d’abandonner sa chronique au Journal de Montréal pendant le lock-out avait définitivement mis fin à ses prétentions d’homme de gauche.

Le coup du déficit zéro?

Déclarer qu’il faut remettre de l’ordre dans les finances publiques, l’éducation et la santé avant de relancer le débat sur l’indépendance, c’est nous refaire le coup du déficit zéro. On se rappellera de la situation au lendemain de la démission de Jacques Parizeau.

Tout le monde s’attendait, particulièrement au Canada anglais, à ce que le nouveau premier ministre Lucien Bouchard déclenche des élections générales pour obtenir le mandat de tenir un nouveau référendum.

(Le Oui atteignait les 60% dans les sondages, mais une élection était nécessaire, la loi sur les consultations populaires stipulant qu’il ne peut se tenir qu’un seul référendum à l’intérieur d’un même mandat.)

Mais, à la surprise générale, cédant aux pressions de Wall Street, Lucien Bouchard met le projet indépendantiste sur la glace et s’attaque au problème des finances publiques avec le Sommet du déficit zéro.

Le résultat est catastrophique. Nous subissons encore aujourd’hui l’effet des compressions adoptées à cette occasion, particulièrement dans le domaine de la santé. On faisait de nouveau la preuve, si besoin était, que l’indépendance est nécessaire pour résoudre le problème des finances publics, de la santé et de l’éducation, car si les besoins sont au Québec, l’argent est à Ottawa.

Au plan politique, les conséquences sont encore plus lamentables. La coalition indépendantiste – les Partenaires pour la souveraineté – si patiemment mise en place par Jacques Parizeau éclate. Elle n’a toujours pas été reconstituée.

Et aujourd’hui, les Legault, Facal et Bouchard vont nous inviter à une réédition de cette désastreuse expérience! Veulent-ils confirmer le vieil adage selon lequel « l'histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une comédie »?

Regroupement de la droite

Il sera intéressant de voir si le mouvement en gestation des Legault-Facal-Bouchard prendra langue avec le Réseau Liberté Québec, formé par d’anciens adéquistes. Mais il sera plus intéressant encore d’assister à une convergence possible avec le réseau des « nouveaux révisionnistes », les Éric Bédard, Lucia Ferretti, Mathieu Bock-Côté qui commentaient récemment dans Le Devoir, sous la plume bienveillante du journaliste Christian Rioux, les Grands Mythes de la Révolution tranquille.

Les historiens Éric Bédard, Lucia Ferretti ne voyaient pas de saut qualitatif entre le régime Duplessis et celui de Lesage, entre la Grande Noirceur et la Révolution tranquille, attribuant en quelque sorte la paternité de la Révolution tranquille à Maurice Duplessis !

Rien de vraiment étonnant. Dans un livre publié récemment, Éric Bédard ne voit que continuité entre les Patriotes et les Réformistes qui ont collaboré par la suite avec le régime d’occupation pour donner vie à l’Acte d’Union. Drôle de conception de l’histoire qui ne voit ni bond en avant, ni recul!

(Signalons au passage que l’actuel président du Comité des jeunes du Parti Québécois, Alexandre Thériault-Marois a appuyé dans une lettre ouverte au Devoir le point de vue d’Éric Bédard. Ce qui lui a valu une verte semonce de l’historien Robert Comeau.)

Avec d’autres intellectuels, dont Mathieu Bock-Côté, un habitué des tribunes de droite (entre autres avec Mario Dumont à Canal V), ils cherchent à donner corps à un « nouveau nationalisme » non-indépendantiste en continuité avec le vieux nationalisme canadien-français. Leurs charges contre la réforme scolaire, les corporatistes (lire : les syndicats) et l’État risque de les conduire tout naturellement dans les bras des Lucides Legault, Facal et Bouchard.

Que fera Mme Marois?

L’arrivée en scène d’un éventuel mouvement politique formé par les Legault, Facal et Bouchard, s’il se concrétise, va drôlement compliquer la partie pour Mme Marois. Sa position, « un référendum si possible, mais pas nécessairement un référendum », comme la résume Joseph Facal en la qualifiant d’impossible à tenir, sera mise à rude épreuve.

D’une part, les Lucides feront pression sur le caucus péquiste pour que toute référence à un éventuel référendum soit abandonné en brandissant la menace de créer un nouveau parti.

D’autre part, il y a le Bloc québécois et le réseau des indépendantistes qui font déjà campagne pour une position plus radicale sur la question de la souveraineté.

À ce sujet, nous vous référons aux amendements proposés par le SPQ Libre à la Proposition principale de Mme Marois.

Donc, un débat à suivre !



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