D’Aut’Suggestions culturelles

2010/10/22 | Par Marie-Paule Grimaldi

Les premières œuvres sont souvent pleine d’ardeur, celle d’avoir tant à dire, tant à montrer, puisqu’elles sont les premiers pas d’une incarnation dans le monde, d’une interaction avec le réel.

Une démarche louable certes, mais qui, dans cette ambition, se retrouve souvent trop chargée et éparpille son propos au lieu de le creuser.

Si L’Étrangère n’évite pas ces pièges, la proposition est intéressante, et, malgré une certaine rhétorique dans le texte, touche et permet le questionnement.

À la limite d’une théâtre-documentaire ou journalistique, la pièce raconte l’histoire d’une journaliste québécoise partie au Burkina Faso accompagner son copain qui y ouvre une usine.

Tout d’abord dans la haine de l’Occident et la vénération de l’Afrique, elle réalise les différences culturelles qui l’entourent, et décide de se battre contre le travail des enfants, pour la condition des femmes, surtout auprès de son amie, la fille du président.

Mais le texte d’Ariane Genet de Miomandre, inspirée du mythe de Médée, va au-delà du parti pris et pose les contrastes en nuance, tout n’y est pas noir ou blanc, et l’intrigue fait place au mystère et aux rebondissements.

Si les dialogues sont souvent en forme d’entrevue et les monologues comme des interrogatoires, d’un style un peu statique, c’est véritablement la mise en scène de Marylène Breault qui vient donner tout le rythme à la production.

Avec huit acteurs dont sept Africains et autant d’enfant, la présence et les mouvements des figurants rendent des tableaux très vivants, qui nous transposent dans la ville ou dans les champs. Les animations vidéo et projection viennent texturer l’ensemble et lui donner de multiples dimensions.

Malgré une certaine inconstance, L’Étrangère interpelle.

L’Étrangère, 19 au 23 octobre, Studio Hydro-Québec du Monument National, 1182 Saint-Laurent


La carte blanche donnée à Clara Furey, tout d’abord pour trois jours auxquels ce sont déjà ajoutées deux supplémentaires, était en soi un événement attendu. Parce que la jeune artiste charismatique a toujours laissé une empreinte par sa fougue et son arrogance sur scène, au cinéma et en danse où on la connaît surtout.

Blessée en mai dernier, ce qui l’empêcha de présenter son spectacle au Festival TransAmériques, et encore en convalescence, elle en profite pour nous propose sa musique et ses compositions originales.

Dans un style qui n’est pas sans rappeler Tori Amos, plus trip-hop et pop, tout en émotion, d’une poésie torturée, on est emporté dans un monde intimiste et intense, entre autres grâce aux arrangements et accompagnements d’Owen Chapman.

Mais au-delà du spectacle de musique c’est une performance scénique qui commence très puissante à travers une mise en scène serrée. Clara debout sur le piano ajuste son costume de toréador, le micro descend du plafond, puis elle sera de dos au deuxième piano, nous lançant de temps à autre des regards rageurs et inquiétants.

Chaque pièce est un univers cinématographique, un petit monde en soi, dans l’ambiance feutrée, mystique et romantique créée par les éclairages de Lucie Bazzo, et soutenu par de très belles vidéos de Jonathan Inksetter.

Toutefois, le répertoire manque un peu de variété et l’amplitude amorcée au début ne s’accomplie pas tout à fait par la suite, bien que la prestance de Clara Furey demeure entière quoiqu’un peu fragile.

Si elle invite son frère Tomas Furey et Bénédicte Décary pour des duos, les plus réussis d’entres eux sont avec Jasmine Bee Jee alors qu’elles décuplent l’énergie de l’une l’autre. Mais c’est seule que l’artiste résonne le plus, puisqu’elle peut très bien investir l’espace de tout son souffle et de sa voix rauque.

Tout de même provocante, on n’aurait pu espérer un peu plus d’irrévérence, mais Clara Furey a choisi la finesse. Sans être renversant, son spectacle est soutenu et nous présente une artiste de performance en pleine évolution.

Carte blanche à Clara Furey, 21 au 25 octobre, Théâtre de Quat’Sous, 100 avenue des Pins Est


Le premier de tous les OFF qu’on a vus peupler sur les rivages des grands festivals ces dernières années est de retour. Pour sa 11ème édition, le OFF Jazz se place en automne, loin du Festival International de Jazz, dont il n’a guère besoin désormais tant ce « petit » festival mettant toutes lumières sur les talents montréalais a pris du panache.

Nouveaux lieux, nouvelles séries, nouvelles démarches, le OFF Jazz est audacieux et séduisant, qu’il soit dans la rue le 15 et 16 avec le Combo Jazz Étudiant de l’UQAM, Boom Jacak, Nozen, L’Orkestre des Pas Perdus et Grüv’n Brass, ou au brunch plus chic et chaleureux du Upstairs avec Aurelia O’Leary le 17.

Les 5 à 7 sont une série de petites gâteries et de fêtes offertes gratuitement au Dièze Onze, avec les lancements de disque de Sonia Johnson (19) et Maânouche Swing Quartet (22) ou l’excellent Parc-X Trio (21), gagnant du Prix TD au FIJM.

Les fins de soirée s’annoncent pas du tout coincée à la Casa del Popolo avec des projets plus expérimentaux, notamment la soirée doublée de deux duos stupéfiants dont Vulgarités, avec les deux batteries de Michel F Côté et Isaiah Ceccarelli (21).

La poésie est de retour, toujours été liée au jazz montréalais, et nous réunira dans un moment qui s’annonce saisissant autour de poètes tels que Joséphine Bacon et Marjolaine Beauchamp, animé par José Acquelin et mis en musique par l’équipe du OFF Jazz elle-même, à la maison de la culture Frontenac le 22.

Pour son ouverture au Lion d’Or, « Il était une fois dans l’OFF » présentera une formation unique impressionnante, et les grands spectacles de 20h et 21h30 se poursuivent avec des propositions recherchées et convaincantes. Tout ça ici pour par de à Montréal.

OFF Jazz, 15 au 23 octobre, divers lieux, lofffestivaldejazz.com

Une des pièces les plus marquantes du XXème siècle, L’Opéra de Quat’Sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill a été montée plus d’une fois déjà au Théâtre du Nouveau Monde, notamment avec la voix incandescente de Pauline Julien.

Pour son ouverture de saison, l’institution n’offre pas cette fois une production où l’on retrouve cette force d’interprétation, malgré l’excellente direction de Pierre Benoit.

Il faut dire que le parti-pris de revisiter l’œuvre et de la proposer dans une nouvelle traduction de René-Daniel Dubois n’a pas atteint son but de relever la force originale de l’œuvre et la dépouille plutôt de son ironie, de ses mises en abîmes d’apparences complices mais en fait critiques, et des paroles de ses songs déjà popularisées qu’on ne reconnaît plus.

Cette satire de la misère humaine où, entre bandits, mendiants, policiers et prostitués, personne ne sort blanchi, cherche, dans cette production, la sympathie au lieu de provoquer comme elle devrait le faire. Les comédiens sont dirigés vers un jeu caricatural et exacerbé, qui n’appelle pourtant pas la distance qu’il faudrait pour porter un regard lucide sur le grotesque de l’histoire.

De plus, la scénographie sombre et bancale s’avère tout à fait désagréable si on est au balcon, les acteurs sectionnés par le décor, donc pas fait pour les moins fortunés, ironiquement. En ressort un spectacle plat, pas du tout subversif, ordinaire, un trois heures assez long au théâtre, et c’est dommage.

L’Opéra de Quat’Sous, 28 septembre au 23 octobre, Théâtre du Nouveau Monde, 84 Sainte-Catherine Ouest

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