Loi 101 et cégeps: le débat de 1977 remis à l'ordre du jour

2011/02/03 | Par Pierre Dubuc

Dans le débat en cours sur l’application des dispositions de la Loi 101 aux cégeps, on retrouve plusieurs des débats qui ont eu lieu lors de l’adoption de la Charte de la langue française en 1977. Le sociologue Guy Rocher revient sur ces débats dans le livre Guy Rocher Entretiens paru aux Éditions Boréal en 2010. Dans une série d’articles, nous revenons sur ces différents aspects. Rappelons que Guy Rocher faisait partie du comité mis sur pied par le Dr Laurin pour la rédaction de la Loi 101.

Quand on parle de l’obligation qui serait faite de fréquenter le cégep français, on a l’impression que cela ne s’applique qu’aux allophones. Mais, selon les plus récentes statistiques, la composition des cégeps anglais est la suivante : anglophones (50%), allophones (24%) et francophones (26%). La mesure toucherait donc plus les francophones que les allophones.

La situation était semblable en 1977. Guy Rocher explique à son interlocuteur François Rocher :

« Cette législation québécoise (la Loi 101) a imposé, non seulement aux immigrants, mais aussi à nous, Québécois francophones , une contrainte énorme que nous acceptons : celle de ne pas pouvoir envoyer nos enfants à l’école primaire et secondaire de langue anglaise. Nous nous sommes imposé cette règle. Je dirais que c’est la majorité qui se trouve la plus contrainte. On pense toujours aux immigrants qui sont obligés d’aller à l’école française, mais on ne fait pas état du fait que la majorité francophone est aussi tenue d’aller à l’école française. »

L’objectif était de combattre l’assimilation, non seulement des allophones, mais également des francophones à la minorité anglophone. La situation est similaire avec les cégeps. Les partisans du libre choix soutiennent que la fréquentation des cégeps anglais par les francophones n’a pour objectif que de leur permettre de parfaire leur connaissance de l’anglais. C’est faux!

Une étude de l’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA), mené auprès de 3200 étudiants provenant de sept cégeps de l’île de Montréal, dont 1494 étudiants fréquentant un établissement collégial de langue anglaise, démontre que le choix du cégep anglais est un choix anglicisant.

« La fréquentation d’un cégep anglais nous apparaît anglicisante, affirme Patrick Sabourin, président de l’IRFA et auteur de l’étude. Choisir d’étudier en anglais au cégep semble favoriser le transfert de comportements linguistiques du français vers l’anglais, et ce, dans les différentes sphères de la vie des étudiants, peu importe leur langue maternelle. »

Selon l’auteur, « on constate un désintéressement marqué pour la langue française et par le fait même, l’absence d’un sentiment d’appartenance à la communauté francophone par les étudiants, précisément anglophones et allophones, fréquentant un cégep anglophone.

Lorsqu’on sait l’importance de l’éducation publique comme puissant facteur d’intégration, comme courroie de transmission d’une culture commune, et que 50 % des élèves allophones choisissent de poursuivre leurs études postsecondaires en anglais, l’analyse témoigne de l’attrait indéniable qu’exerce la culture anglophone», conclue Patrick Sabourin.


À lire : Une analyse des comportements linguistiques des étudiants du collégial sur l'Île de Montréal 


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