Chicoutimi : Not my mayor

2011/02/22 | Par Pierre Demers

L’auteur est cinéaste et poète. Il habite Arvida

Je n’aime pas beaucoup quand le maire de Chicoutimi (La fusion des villes de Saguenay c’est juste dans son imagination, celles de ses conseillers qui en profitent $$$ et de Mgr Rivest qui bénit son politicien croyant), se met dans la tête de faire le national.

Ou si vous voulez d’attiser tous les journalistes du Québec avec ses obsessions religieuses, ses lubies de magistrat victime des temps modernes, mal compris par le reste du monde qui carbure aux antidépresseurs.

Parce que les citoyens des autres villes que la sienne ne fréquentent plus les églises et oublient de prier et d’aller communier à tous les jours comme lui, selon ses dires évidemment.

Comme si nos églises (autre patrimoine négligé qu’il devrait sauver avec le crucifix) étaient bondées de citoyens, d’abord catholiques. Il nous prend pour qui lui qui ne cesse de parler en notre nom, le curé manqué ?

Quand il fait le national, j’ai toujours honte de lui et de tous ceux qui ont voté pour le garder aux dernières élections. J’ai honte un peu de moi de ne pas déménager à Alma ou à Saint-Prime où les élus semblent moins bornés pour protester contre son régime.

J’aurais envie de me cacher dans le sable si c’était l’été comme une autruche pour ne pas me faire repérer, pour éviter une autre tempête de ses idées reçues, de ses convictions d’un autre siècle. La semaine dernière donc, j’ai cherché ma dune.


Qu’est-ce qui se passe quand Ti-Jean fait le national ?

Tous mes amis de partout, d’Alma, de l’Île du Repos, de Rimouski, de Québec (où là tout de même, eux aussi, ils sont pris avec un autre énergumène), de Hull, de Montréal (eux aussi…), de Yellowknife m’appellent pour rire un bon coup sur mon dos.

«Ton maire passe encore au Téléjournal et à Mongrain. L’Infoman va se servir de ses cuts… ». Qu’est-ce que je peux répondre pour me défendre ? Je réponds toujours la même chose avec de moins en moins de conviction dans la voix. «J’ai pas voté pour lui. C’est pas mon maire. J’ai pas le contrôle de ses ouailles qui votent, qui prient, qui vont le financer dans sa nouvelle mission divine. Je m’excuse, j’habite une municipalité où le culte de la personnalité l’emporte sur tout le reste. Il manipule tout le monde et les médias avec son aura. »

Ensuite, j’essaie de changer de sujet pour ne pas trop m’emporter.

Quand Ti-Jean fait le national, habituellement ça dure deux jours. La première journée, il accorde (ou sollicite) des entrevues avec toutes les télés, les radios, pas beaucoup de journaux toutefois qui veulent bien encore l’entendre.

Il radote alors toutes ses formules qu’il a pratiquées la veille avec sa gang de conseillers privés et d’avocats qui le suivent partout. Avant de se lancer dans son blitz d’entrevues, surtout sur un sujet religieux comme la prière à l’hôtel de ville, il conseille fortement à ses dix neufs (19) conseillers de s’occuper de leurs affaires, c’est à dire, de se la fermer.

C’est ce qu’ils ont fait d’ailleurs, la semaine dernière, tous les uns derrière les autres, les fesses serrées, le crucifix et la statue du Sacré-Cœur comme témoins de leur silence abyssal. Entre deux dizaines de chapelet.

Bon le maire passe, la première journée, dans tous les médias électroniques extérieurs qui veulent bien lui donner du temps d’antenne. Il fait le beau maire médiatisé. Il aime bien les kodaks et les micros.

Les médias anglophones n’insistent pas trop sur ses sorties publiques, surtout sur des sujets comme la prière au conseil municipal qu’ils ont reléguée eux aux oubliettes depuis longtemps. S’ils parlent un peu du Canada anglais comme cette fois-ci et bien ils peuvent lui accorder un petit trente secondes. Ses valeurs Redneck (harperriennes pourrait-on dire) piquent leur curiosité.

Quand le maire fait le national, il n’a pas le temps de s’occuper du local. Les journalistes des médias régionaux couvrent donc religieusement sa conférence de presse et, par la suite, attendent le lendemain pour obtenir leur entrevue avec le magistrat prélat.

Ils s’alimentent sur le site internet de la ville qui ressemble de plus en plus à un bulletin continu de bonnes nouvelles municipales, animé par le maire lui-même et une ex – journaliste de TQS.

Cette fois-ci, je trouve que les médias locaux l’ont particulièrement bien servi. Il a eu un large crachoir, une plage étendue pour faire circuler sa prière. D’autant plus qu’il a tout déversé son argumentation sur le crucifix et la statue du Sacré-Cœur, «nos signes identitaires », les rappels de notre culture que les tribunaux bafouent.

On sait très bien que là ne réside pas le nœud du débat juridique, mais c’est plutôt la neutralité des institutions publiques qui est en cause ici. On ne doit pas se servir d’un conseil municipal pour affirmer ses convictions religieuses. On dirait que c’est juste le maire de Saguenay qui ne comprend pas cette neutralité. Il ira donc jusqu’en Cour suprême, encore une fois, pour essayer de saisir la nuance.


La dîme du maire

L’inattendu dans sa récente sortie publique, c’est qu’il vient de lever une dîme nationale et locale pour financer sa poursuite actuelle jusqu’en Cour suprême et les autres éventuelles poursuites.

Il se sert du site internet de la Ville, des employés de son service de communication pour recueillir les dons. Il siphonne encore les fonds publics pour défendre sa religion devant les tribunaux.

S’il accumule trop de fric et bien il donnera les surplus aux soupes populaires. C’est vraiment beau à voir battre, le cœur d’un maire catholique plus charitable que le pape. Et si ses employés municipaux ne partagent pas ses valeurs et qu’ils se rebiffent, il les crisse dehors ?

Une question ? Ah oui, avant. J’ai dit tantôt que les médias locaux lui ont encore donné un solide coup de main pour faire passer son message et assurer sa foi. Le lendemain matin de la conférence de presse du 16 février, la radio qui ne sait pas écrire, la radio X, tout de même animée par des jeunes qui ne se présentent pas comme des ultra catholiques lui a versé 1000$ pour financer sa poursuite.

Je ne comprends pas leur intention, sinon celle de se retrouver dans les capsules Youtube du maire qui va désormais penser à eux quand il distribuera les contrats de pub de la Ville. La compétition radiophonique exige quelques compromis idéologiques.

Sur un autre poste de radio, j’ai entendu un animateur, ou une animatrice peut-être, vanté le courage du maire qui osait défier les tribunaux. «Je suis fier du maire. Lui c’est un politicien qui se tient debout ». Il se tient debout c’est certain, dans toutes les poursuites qu’il a intentées au nom et aux frais de la Ville. Mais jusqu’ici, il les a toutes perdues comme un maire boqué qui pense que sa foi va stopper le train qui lui arrive dessus à 200 kilomètres à l’heure. Il y a des limites à se tenir debout…les yeux fermés sur une voie ferrée.

Une question maintenant ? Pourquoi les conseillers municipaux et le maire lui-même qui s’abreuvent à de petites caisses électorales substantielles (Les fameux montants discrétionnaires) ne financent-ils pas eux-mêmes les poursuites du maire avec ce fric public ?

Ils pourraient ainsi multiplier les poursuites juridiques, selon leurs humeurs et leurs valeurs, sans être obligés de lever une dîme à la grandeur du Québec et nous faire passer pour des ultra catholiques.

Et pourquoi cette dîme ne serait-elle pas rétroactive ? Les poursuites antérieures du maire (Et de ses conseillers puisque jamais ils les contestent) ont coûté des M$ à la Ville.

Le maire pourrait se montrer bon prince en puisant dans ses propres réserves (La rumeur court qu’il est riche comme Crésus, mais discret sur ses avoirs selon sa déclaration d’intérêts) pour mener à terme ses pérégrinations vers la Cour suprême.

Ces suggestions sont lancées comme ça, elles peuvent faire leur chemin entre deux lignes ouvertes sportives, entre deux émissions d’affaires publiques vendues à la cause du maire «qui se tient debout ». Entre deux éditoriaux positifs de notre Quotidien qui célèbre et entretient trop souvent son rayonnement médiatique.

Je n’aime pas quand le maire fait le national. Quand les chroniqueurs montréalais se mettent à ironiser deux minutes sur les idées moyenâgeuses du maire qui confond les siècles, les époques, les valeurs, et se mesure aux grands martyrs de l’humanité.

Je n’aime pas quand mes amis me téléphonent de partout pour me dire du mal de «mon » maire. J’ai pas voté pour lui. Not my mayor.


Citations de la semaine

N.B. Le maire a tellement multiplié les répliques saugrenues cette semaine, qu’il pourrait faire un jeûne médiatique un temps. Histoire de donner un break aux journalistes, aux caricaturistes, aux Canadiens-français et à mes amis en dehors de la région.


«Je vais être le premier maire de l’histoire du monde à être puni pour avoir récité une prière de 20 secondes avant une assemblée »

-Jean Tremblay, maire de Saguenay, Le Devoir, 17 février


«Je suis certain que la majorité de mes citoyens sont favorables à ce qu’on se tienne debout, à ce que les Canadiens-français - ça ne se ferait pas dans une province anglaise - aient des valeurs, qu’on les reconnaisse et qu’on les respecte »

-Jean Tremblay, maire de Saguenay, idem


«Il antagonise beaucoup. Il a insisté pour dire qu’on accorde tout aux immigrants et qu’on s’acharne sur la religion catholique. Je trouve que c’est un discours inquiétant. Ça devient très démagogique. »

-Luc Alarie, avocat du MLQ, idem


«…Jean Tremblay, selon une analyse effectuée par l’entreprise CEDROM-SNI pour le compte du Quotidien, s’est accaparé 40% des articles traitant des maires des neufs plus grandes villes du Québec. Derrière lui, le maire de Laval, Gilles Vaillancourt… la démarche du maire a même franchi les frontières du Québec et du Canada, traversant l’Atlantique pour faire écho jusqu’en Europe… Le réseau CBC, le site internet New Talk, le Globe and Mail et le journal catholique La Croix de Paris auraient également sollicité le maire Tremblay…

-Tous les yeux vers Jean Tremblay, Le Quotidien, 18 février


Sky is the limit, sky is the limit. Ratzinger n’a qu’à bien se tenir. Ti-Jean Tremblay, futur pape ou bras droit de Stephen Harper ?



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