La droite religieuse unie et militante derrière Harper

2011/04/12 | Par Pierre Dubuc

Deux reportages récents de Radio-Canada ont démontré les liens étroits entre les groupes religieux et le Parti conservateur. Dans l’un d’entre eux, on voyait que des représentants de groupes religieux avaient un accès facile aux membres du cabinet de Stephen Harper.

Dans l’autre, des groupes évangélistes invitaient leurs fidèles à militer activement pour les candidats ayant obtenu une note parfaite dans la défense de leurs valeurs familiales (avortement, mariage gai, euthanasie). Leur palmarès comprenait 87 députés dont 83 du Parti conservateur.

Les liens de Stephen Harper et du Parti conservateur avec la droite religieuse au Canada anglais sont bien connus. Ils ont fait l’objet d’un livre de Marci Macdonald, intitulé The Armageddon Factor, The Rise of the Christian Nationalism in Canada (Random House).

Les liens avec la droite religieuse québécoise, quoique moins bien documentés, n’en sont pas moins réels. Il y a quelques jours, le Premier ministre Harper s’affichait publiquement avec le maire Jean Tremblay du Saguenay. Les candidats conservateurs Jean-Pierre Blackburn, Carol Néron et Denis Lebel donnaient leur appui à la croisade du maire Tremblay pour la récitation de la prière à l’hôtel de ville.


La droite religieuse surmonte ses divisions

À première vue, il peut sembler étonnant que pentecôtistes, évangélistes et catholiques fassent cause commune et, de plus, en faveur des Conservateurs. Marci Macdonald date de l’arrêt de la Cour suprême de 1988 sur l’avortement l’alliance formelle entre évangélistes et pentecôtistes d’une part, et catholiques, d’autre part.

La Cour suprême avait invalidé les dispositions du Code criminel sur l’avortement, mais ouvert la porte à une législation qui pourrait passer le test constitutionnel.

Marci Macdonald soutient que la Defend Marriage Coalition, opposée au mariage gai, a joué un rôle aussi important dans la victoire de Stephen Harper en 2006 que la Christian Coalition dans la victoire de George W. Bush.

Lors de la dernière élection, 64% des protestants pratiquant ont voté pour Harper, soit 24% de plus qu’à l’élection précédente. Et, pour la première fois, les catholiques pratiquants ont voté pour les conservateurs plutôt que pour les libéraux.

La coalition chrétienne a aussi fait alliance avec les organisations de la communauté juive. Cette dernière, réalisant que la population déclinante de 380 000 juifs ne faisait plus le poids devant la population en pleine progression de 400 000 musulmans au Canada, a compris la nécessité d’une alliance avec les organisations chrétiennes.


Une dimension internationale

La progression spectaculaire des groupes évangélistes et pentecôtistes n’est pas un phénomène purement canadien, ou nord-américain. Dans l’édition novembre/décembre 2010 de la prestigieuse revue américaine Foreign Affairs, un article signé par Scott M. Thomas – intitulé A Globalized God, Religions’s Growing Influence in International Politics – affirme que l’explosion religieuse la plus spectaculaire aujourd’hui n’est pas celle de l’Islam, mais bien du pentecôtisme et des sectes évangélistes.

Plus grand groupe de chrétiens, après les catholiques, ils sont présents surtout au Brésil, en Chine, aux Indes, en Indonésie, au Nigéria, aux Philippines et aux États-Unis, mais ont aussi une solide présence au Chili, au Ghana, au Guatemala, en Afrique du sud et en Corée du sud. En Chine, on assisterait à une formidable explosion de leur influence, au sein de la classe moyenne.

Selon Scott M. Thomas, « la religion devient un facteur important dans l’établissement de la politique étrangère des États ». On le voit avec le soutien du gouvernement Harper à Israël. Encore une fois, canons et goupillons marchent ensemble. On peut même prédire que cette influence s’accentuera.

En effet, le Parti conservateur propose, dans le programme qu’il vient de rendre public, la création d’un bureau spécial sur la liberté de religion au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international et il donne mandat à l’ACDI de travailler avec « les groupes soutenant les minorités religieuses vulnérables ». Le bureau est calqué sur le modèle du Office of International Religious Freedom, créé en 1998 aux États-Unis.


L’Opposition est divisée, mais cela n’est pas irréversible

Plutôt que de s’unir pour combattre l’influence religieuse et défendre la laïcité, l’opposition fédéraliste, qui fustigeait lors des dernières élections l’alliance de Harper avec les groupes religieux, joue cette fois-ci sur le même terrain et dispute à Harper l’adhésion des groupes religieux.

Dans le cas des libéraux, cela n’est pas surprenant. Comme le rappelle Marci Macdonald, c’est en cédant aux pressions des évangélistes et des pentecôtistes que Pierre Elliott Trudeau a décidé d’inclure dans le préambule de sa Charte des droits une référence à Dieu.

Quant au NPD, il a mis sur pied sa Commission sur la Foi et la Justice sociale, cherchant à propager un message évangélique de paix et de lutte à la pauvreté.

Malgré cela, tout doit être mis en œuvre pour empêcher l’avènement d’un gouvernement conservateur majoritaire. Rappelons que, lors des dernières élections, les Conservateurs étaient majoritaires au Canada anglais, raflant 143 circonscriptions contre 115 pour les Libéraux, le NPD et un indépendant.

C’est le Québec, avec l’élection de 49 députés bloquistes, qui a empêché une majorité conservatrice.

Avec la perspective de gains conservateurs au Canada anglais, il est encore plus important de réduire leur représentation au Québec. Aux dernières élections, le Parti conservateur a remporté quatre comtés (Beauport-Limoilou, Charlesbourg-Haute-St-Charles, Pontiac, Roberval-Lac-St-Jean) à cause de la division du vote entre le Bloc et le NPD.

À nous d’y voir. 




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