Rusalka à l’Opéra de Montréal : opéra vague

2011/11/21 | Par Marie-Paule Grimaldi

Pour sa deuxième production de la saison, l’Opéra de Montréal choisit un défi, remanié à la sauce populaire, avec un opéra bien loin de la tradition italienne portée par un souffle Broadway et new yorkais.

Rusalka du compositeur tchèque Dvorak est une œuvre rare et presque hors-circuit tant sa trame narrative est difficile et complexe, et malgré des effets techniques innovateurs à Montréal, la production demeure insaisissable.

Inspirée entre autres du conte de La Petite Sirène, Rusalka est cette jeune nymphe tombée amoureuse d’un prince pour qui elle renoncera à sa nature et à sa voix pour tenter de conquérir son amour en humaine. Elle n’y parviendra pas et retournée à son premier état mais coincée dans les limbes, elle finira par séduire le prince désespéré qui mourra de leur étreinte et la laissera seule dans son errance.

L’histoire d’amour émeut peu ici, et c’est plutôt le combat entre nature et désir, entre intégrité et don de soi qui fait l’enjeu de l’opéra, un drame qui touche peu le public habitué aux grandes émotions de l’opéra.

Dvorak avait l’ambition de faire de l’opéra mais était avant tout un compositeur, et c’est à la musique, magnifique, émouvante et dirigée avec brio par l’américain John Keenan, qu’on peut finalement s’accrocher pour traverser les trois heures du spectacle.

Le décor, fait de structures lourdes et de projections, n’est pas sans rappeler le travail de Lepage au Metropolitain Opera de New-York, mais les projections ne sont malheureusement pas aussi évocatrices qu’elle le souhaiterait.

Évidemment, elles nous font traverser de manière presque magique les tableaux, de la lune immense à la forêt à cette vision ondulée et sous-marine du monde des nymphes, mais elles demeurent primaires, voir assez ennuyantes pour ceux habitués aux virtuosités des nouvelles technologies.

Les costumes sont beaux, efficaces et inspirants. La mise en scène demande toutefois certains efforts de cohérence pour l’auditoire, et a fait une grande place à la danse, des chorégraphies broadwayesques sans éclat qui allongent une intrigue déjà difficile. On voit la volonté d’atteindre un art total, sans que la réussite y soit.

L’interprétation est par contre remarquable, sauf pour le ténor russe Khachatur Badalyan dans le rôle du Prince qui ne convint pas du tout d’aucune passion. Le Canadien Robert Pomakov (basse) en Vodnik, père de Rusalka, embrasse la salle de chaque note et joue à merveille. La mezzo-soprano roumaine Liliana Nikiteanu surprend d’une voix gutturale, pleine de souffle, et porte très bien le personnage de la sorcière Jezibaba, celle qui permettra la transformation de la nymphe en humaine. Mais la vedette du spectacle brille avec excellence dans le rôle de Rusalka : la soprano américaine Kelly Kaduce incarne la musique avec une grande sensibilité et enchante.

La production recèle de grandes qualités musicales, mais de toute évidence, celles-ci ne suffisent pas à faire un opéra réussi. Fallait-il vraiment tenter de balancer les difficultés intrinsèques de l’œuvre avec une mise en scène clinquante, presque populiste? On aime que l’Opéra de Montréal ose, et Rusalka est une curiosité intéressante de la saison, sans plus.

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