La Glorieuse Révolution du Canada

2012/01/09 | Par Christian Néron

L’auteur est avocat, membre du Barreau du Québec, diplômé en Histoire (licence) et en Psycho-pédagogie (maîtrise), auteur de plusieurs articles et essais sur l’histoire des institutions.

Le 2 mai 2011 peut être considéré comme le moment d’une rupture décisive, le point d’arrêt d’une époque, et l’annonce du rétablissement d’un ordre perdu. Avant longtemps, les historiens pourront en parler comme de la «Glorieuse Révolution» du Canada.

En ce sens, le 2 mai 2011 a sonné le tocsin d’une révolution réformiste et le glas de l’influence canadienne-française dans les affaires du Canada.

À moins d’un retournement imprévisible, la vision réformiste et anglocentriste du nouveau régime marquera tout le 21ème siècle, laissant la province de Québec languir et dériver en périphérie du pouvoir, sans influence sur les lois et politiques du Canada.

Or, une révolution n’est pas uniquement une rupture, car elle cristallise une puissante volonté de retour au passé, de reconquête de l’histoire et de rétablissement d’une époque perdue et regrettée.

Depuis le 2 mai, les «révolutionnaires» ont ainsi multiplié les signes d’une profonde nostalgie des années glorieuses : portraits de la reine, armoiries «royales» sur les passeports, dispositions pénales pour le non-respect au drapeau, rétablissement des forces «royales» du Canada, retour à l’unilinguisme et à l’anglocentrisme dans les plus hautes institutions, cartes d’affaires unilingues des ministres, transfiguration de batailles oubliées, réécriture de l’histoire sur des fondements mythologiques, propagande d’État financée à grands frais, volonté de paraître puissant, envie de se déployer et de s’illustrer dans le monde et, surtout, besoin de dire aux autres ce qu’ils doivent faire.

Il semble que rien ne puisse ralentir, ou atténuer, la puissance funeste de cette pandémie de narcissisme anglo-saxon, masculin, énergique et martial. Tous les symboles de puissance et de grandeur qui ont l’heur d’apaiser les souffrances et humiliations politiques des «révolutionnaires» paraissent systématiquement mis à profit.

La révolution anglaise de 1688 avait été qualifiée de «glorieuse» en ce qu’elle consacrait l’autorité du parlement et la toute puissance d’un humanisme anglo-saxon sur les catholiques anglais, totalement exclus de la vie civique et politique.

Au Canada, le «Glorieux Parlement», mené à la cravache par un premier ministre fort d’une majorité de 16 % au Québec, s’applique désormais à adopter toute loi qu’il tient pour juste et nécessaire au rétablissement d’un ordre «originel» et «glorieux».

Un tel aplomb dans l’exercice du despotisme est sans précédent depuis l’introduction du mécanisme de gouvernement responsable en 1848.

Plus encore, le premier ministre, Stephen Harper, ne semble nullement s’inquiéter de soulever un sentiment d’aliénation dans la province de Québec. Il a déjà démontré un penchant irrésistible pour le principe d’autorité.

Il n’est en rien diplomate, mais soldat. Il méprise le compromis, domaine de prédilection des mous et des faibles. La manière forte et brutale lui convient parfaitement. Ce «révolutionnaire» n’est surtout pas entré en politique pour ratatiner le Canada. Il le veut indivisible, puissant, prestigieux, «glorieux».
 
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