Quand Catania frappe un nœud !

2012/10/02 | Par Michel Rioux

C’est vrai qu’une victoire citoyenne représente le meilleur antidote au cynisme ambiant. Des citoyennes et des citoyens du Vieux-Longueuil l’ont vécu récemment.

Devant la Commission Charbonneau, le parrain de la mafia montréalaise et les bonzes de l’industrie de la construction, dont Frank Catania, se sont échangé des liasses de dollars littéralement ponctionnés des coffres des finances publiques.

On a aussi vu dans un quotidien le même Catania, fondateur du Groupe Catania, assis à la droite de Nicolo Rizzuto lors d’un banquet tenu dans les bureaux mêmes de cet entrepreneur en construction, à Brossard.

Ce même 25 septembre, à Longueuil, quelque 175 citoyennes et citoyens, réunis pour une assemblée d’information, clamaient leur indignation devant un projet de construction de cent condos de luxe porté par … Catania !

Ce projet avait franchi, comme par miracle, toutes les étapes nécessaires à son acceptation. La Commission du patrimoine et le Conseil consultatif de l’urbanisme de Longueuil avaient donné leur aval.

Une dernière étape devait être une simple formalité, le 2 octobre, quand le conseil d’arrondissement aurait été appelé à autoriser une « dérogation mineure ». Cette dérogation était tellement mineure qu’elle aurait permis à Catania de construire 20 condos supplémentaires, entraînant des revenus qu’on peut estimer à quelque 10 millions de dollars.

Or ce bâtiment, dont les dessins ont été montrés lors de l’assemblée publique, ressemble à un vaisseau spatial avec des briques de couleur bleutée, avec des panneaux d’aluminium rouge et une fenestration telle qu’on peut imaginer un aquarium.

Pourtant, le Règlement sur les plans d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA) du ministère des Affaires municipales indique clairement que ce règlement « convient bien aux projets d’une certaine envergure pour lesquels on souhaite s’assurer d’une certaine unité et harmonie (par exemple l’insertion d’un projet particulier de construction...) » dans « un quartier ancien ».

Catania a signé une offre d’achat conditionnelle avec les propriétaires du terrain, une compagnie à numéro 4298896 enregistrée par deux avocats du cabinet Lapointe & Rosenstein, Me Steven Chaimberg, de Côte-Saint-Luc, et Me Seti K. Hamalian, de Town of Mount Royal.

Le 18 septembre, trois citoyens avaient dénoncé devant le Conseil d’agglomération ce projet domiciliaire situé dans une rue tranquille du Vieux-Longueuil. Le lendemain, un haut fonctionnaire de la Ville avait dit à un journaliste : « C’est un pétard mouillé. Ce projet est ficelé. Il va se faire. C’est pas trois citoyens qui vont le bloquer ! »

Les trois citoyens ont mobilisé dans le quartier. À leurs frais, ils ont produit et imprimé 2000 dépliants, qui ont été distribués dans les rues environnantes. L’assemblée publique a eu lieu, les médias se sont emparés de l’affaire. Et la Ville de Longueuil, le 27 septembre, exigeait des « modifications majeures » au projet Catania.

Toute cette affaire pose en revanche un certain nombre de questions d’importance. Si un résidant du secteur n’avait eu vent, tout à fait par hasard, de l’existence de ce projet, il serait passé comme une lettre à la poste sans que celles et ceux qui sont directement concernés en sachent quoi que ce soit.

Les résidants de ce quartier, et du secteur patrimonial du Vieux-Longueuil, se seraient retrouvés du jour au lendemain devant un fait accompli. Pendant que des projets d’envergure comme celui-là cheminent en toute quiétude d’un service municipal à l’autre, se pose donc un problème de transparence et d’information de base. Les citoyens n’en savent strictement rien, même si les conséquences sur leur quotidien seront de taille.

Alors que les citoyens ordinaires doivent affronter une administration singulièrement tatillonne et dont les exigences ne sont pas sans rappeler les douze travaux d’Astérix, qu’ils doivent attendre parfois des mois avant d’obtenir les permis nécessaires au changement de couleur de fenêtres, par exemple, Catania semble avoir joui, dans cette affaire, d’une espèce de fast track qui lui a permis de pousser ce projet vers son acceptation en moins de cinq semaines.

Le fait que le porteur du projet chez Catania soit un ancien haut fonctionnaire à la division de l’urbanisme de la ville de Longueuil peut nous amener à croire que cela n’a pas nui…

Catania a réussi, avec une facilité déconcertante, à traverser toutes les étapes menant à l’adoption d’une dérogation pas si mineure que ça. Malgré les évaluations faites par les technocrates des différents services impliqués, Longueuil, sous la pression, a dû exiger que Catania modifie son projet en fonction des trois revendications majeures des citoyens.

L’entrée du stationnement intérieur de 140 cases ne sera plus située sur la rue Gardenville, la partie haute de l’édifice devra donner sur une autre rue et l’aspect extérieur devra être modifié pour s’harmoniser avec l’architecture environnante.

Mais avec toutes les informations qui nous sont maintenant accessibles, on se dit qu’il serait peut-être de mise que les élus de Longueuil se gardent une petite gêne avant de confier la porte d’entrée du Vieux-Longueuil à une entreprise de Francesco Catania…


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