Les coups et la sueur de l’espoir

2012/11/29 | Par Ginette Leroux

Un combat de coqs sanglant ouvre « Les poings de la fierté », le plus récent documentaire d’Hélène Choquette, laissant présager les images saisissantes qui suivent. Des petits boxeurs âgés de 8 à 12 ans se battent dans un ring. Comme des adultes.

Nous sommes en Thaïlande. Dans le camp de boxe de Mae Sot, ville située à la frontière de la Birmanie, s’entraînent Petit Tigre et ses compagnons. Leur vie se résume à développer au maximum la force de leur corps d’enfant pour en faire des armes invincibles. Face à l’adversaire, il n’y a aucune autre issue que la victoire. La défaite est mal vue. Pire, elle entraîne une punition.

Le quotidien des enfants boxeurs est intimement lié à celui de leurs entraîneurs. Ces derniers assurent une présence soutenue auprès d’eux, mais la conduite de ces hommes est loin d’être irréprochable. Durs, exigeants, ils imposent des techniques martiales qui causent souffrances et privations aux jeunes placés sous leur garde. Il arrive à certains de se soûler ou de tirer à bout portant sur un petit qu’ils jugent paresseux.

Dans le ring, s’affrontent deux ethnies au caractère différent. Si les parents des enfants thaïlandais sont présents et exigeants, leur progéniture se montre indisciplinée. À l’inverse, les jeunes Birmans, reconnus pour leur endurance, s’accommodent de tout. Leurs parents, la plupart des exilés illégaux, ont fui leurs conditions de vie misérables et les persécutions de la junte militaire de leur pays natal.

D’origine birmane, Petit Tigre, la « petite souris de 32kg », a peur de son entraîneur à qui il doit tout. Amené au camp par son frère aîné, il boxe depuis l’âge de 8 ans. À 12 ans, le garçon doué vise la victoire. Sa plus grande fierté, s’il devient champion, sera de rapporter l’argent gagné à sa mère, divorcée d’un mari alcoolique.

Il y a quelques années, alors qu’elle visitait le nord de la Thaïlande, Hélène Choquette a assisté à un combat de boxe entre deux adolescents. Le cœur serré jusqu’à l’issue du combat, la cinéaste n’y a vu, à prime abord, que l’exploitation d’enfants embrigadés par des entraîneurs à la conscience légère.

Puis, au fil de ses recherches, son regard s’est posé sur un problème plus global. Les ressortissants birmans vivant aux frontières de la Thaïlande qui se battent pour assurer la survie de leur famille, malheureuses victimes déplacées en raison d’un régime militaire répressif. Le film rend compte de cette réalité aussi complexe que déroutante.

On a demandé à la cinéaste si elle aimerait revoir ses protagonistes dans 10 ans. Restée très attachée à ces enfants, Hélène affirme qu’elle serait incapable de montrer ce qu’ils sont devenus. Car elle se souvient avoir rencontré de ces enfants qui, jeunes adultes, ne sont plus que des loques humaines. Suite aux coups reçus, les dommages cérébraux en ont laissé plusieurs dans un état végétatif.

Pour la sortie du film en salle, Hélène Choquette expose, dans le hall du Cinéma Excentris, 21 photographies d’enfants exilés de la Birmanie, prises au cours de l’année de préparation qui a précédé le tournage de son film. Ces photos seront vendues au profit de la Clinique médicale Mae Tao où œuvre le Dre Cynthia Maung, elle-même réfugiée birmane. Depuis 1989, la clinique offre des soins de santé aux travailleurs migrants et aux illégaux birmans.

« Les poings de la fierté », présenté en première québécoise aux Rencontres Internationales du documentaire de Montréal, s’est méritée une mention spéciale par le jury des détenues lors de la soirée de clôture des RIDM le 18 novembre dernier. Le film poursuit sa carrière en salle dès le 30 novembre.


Les poings de la fierté, V.O. thaïe, birmane, Karen et Pao avec S.-T.F., à l’affiche à compter du 30 novembre au Cinéma Excentris.

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