Le Québec, bientôt rattrapé par la crise économique?

2013/04/08 | Par Pierre Dubuc

Un déficit commercial d’un milliard de dollars pour le Canada au mois de février, alors que les « prévisionnistes » s’attendaient à un surplus, n’augure rien de bon pour l’économie canadienne.

D’ailleurs, la revue britannique The Economist se montre assez inquiète pour l’avenir de l’économie canadienne. « Canada’s economy, on thinning ice », titre-t-elle son article sur le Canada dans son édition du 30 mars.

Le portait est, en effet, assez sombre. Pour une onzième année consécutive, les dépenses des ménages dépassent le revenu disponible. Une hausse du chômage ou des taux d’intérêt pourrait mener plusieurs ménages à un défaut de paiements sur leur hypothèque, souligne la bible des milieux d’affaires.



Emplois manufacturiers : un creux historique

Le taux de chômage a augmenté au mois de mars avec la perte de 54 000 emplois, soit la pire perte depuis février 2009. La perte est, dans les faits, de 93 100 emplois, compensée en partie par 38 700 personnes se déclarant travailleurs autonomes.

Au Québec, le taux de chômage a grimpé à 7,7%, alors que la moyenne canadienne est de 7,2%. Au mois de mars, le secteur manufacturier a été durement touché avec la suppression de 19 500 emplois, soit 80% des emplois manufacturiers perdus dans l’ensemble du Canada.

Avec à peine 467 900 emplois dans le secteur manufacturier, le Québec atteint un creux historique selon les Manufacturiers et Exportateurs du Québec.

Pour The Economist, la solution pour le Canada ne réside pas dans un plus grand endettement des ménages, mais dans une augmentation des investissements privés et une augmentation des exportations.



« L’argent mort »

Concernant les exportations, nous venons de voir que tel n’a pas été le cas au mois de mars avec un déficit commercial de 1 milliard de dollars. Le Canada est victime de la stagnation de l’économie américaine qui compte pour 73% de ses exportations.

Le traité de libre-échange présentement en négociation avec l’Europe n’apparaît pas non plus comme une solution pour The Economist, étant donné le marasme économique actuel dans lequel est empêtré le Vieux Continent.

Quant aux investissements privés, le magazine rappelle que les entrepreneurs ont jusqu’ici résisté à tous les appels à investir du ministre des Finances Jim Flaherty et du gouvernement de la Banque du Canada, même s’ils sont assis sur des milliards d’« argent mort », selon les propos de Mark Carney.



Pétrole : les goulots d’étranglement

L’exportation accru de pétrole, le principal produit d’exportation du Canada, est freinée par l’opposition à la construction des oléoducs Keystone aux États-Unis, Northern Gateway en Colombie-Britannique.

Une pression économique et politique extraordinaire sera exercée par le lobby pétrolier et le gouvernement Harper au cours des prochaines années par la construction d’oléoducs pour alimenter le Québec et l’Ontario, qui représentent 63% de la population canadienne, mais également pour l’exportation vers l’Asie par les ports de Québec et Saint-John au Nouveau-Brunswick.

Mais cela va prendre du temps et il faudra venir à bout de l’opposition des environnementalistes à ces projets. Pendant ce temps, le prix du pétrole vendu aux États-Unis dégringole à cause du boom de l’exploitation du pétrole de schiste chez nos voisins américains.



The Economist, piégé par son credo néolibéral

L’article de The Economist se termine en disant que, finalement, la relance de la consommation des ménages représente le principal espoir d’un meilleur avenir économique, même si, au départ, on affirmait que l’endettement des ménages avait atteint un seuil critique!?!? Comprenne qui pourra!

En fait, on ne pouvait s’attendre à une autre conclusion de la part d’une publication dont le néolibéralisme est le credo économique.

Mais il y a d’autres avenues. Par exemple, une plus grande intervention économique du gouvernement. Mais Flaherty, tout comme Marceau au Québec, ont choisi d’atteindre le plus rapidement possible le déficit zéro et de faire confiance au secteur privé.

The Economist ne croit pas aux mesures visant à favoriser les investissements privés contenus dans le dernier budget Flaherty et le même reproche pourrait s’adresser au budget Marceau.

On se souviendra que le ministre Marceau a promis un congé fiscal de dix ans pour les projets d’au moins 300 millions $. À notre connaissance, les entreprises ne se sont pas précipitées pour profiter de ce congé fiscal.

D’ailleurs, lors de son récent énoncé budgétaire, le ministre Marceau a constaté que la croissance n’était pas au rendez- vous. On se demande comment elle aurait pu l’être, étant donné que les « fondamentaux » de l’économie sont au point mort.

Plutôt que de remettre en question son objectif du déficit zéro, Marceau demande à ses collègues du cabinet, encore plus de compressions! Ce qui n’aura pour effet que d’accentuer le ralentissement économique et créer plus de chômage.

On en sera bientôt au point où on pourra demander pourquoi le mandat de la Commission Duceppe ne devrait pas être élargi pour tenir compte des effets du budget Marceau sur l’emploi!

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