La voie citoyenne vers l’indépendance

2013/06/13 | Par Gilbert Paquette

L’auteur est président du Conseil de la souveraineté du Québec.

L’assemblée générale du Conseil de la souveraineté du Québec a opté, ce samedi le 8 juin, pour la voie citoyenne vers l’indépendance en se donnant un plan d'orientation en cinq points, en se restructurant profondément pour s’ouvrir aux organisations de la société civile, en misant résolument sur la souveraineté populaire.

Le Conseil réalise, depuis le début des États généraux sur la souveraineté, une union par la base des indépendantistes, membres ou non des différents partis politiques souverainistes, une union des militants et des militantes qui acceptent de mettre de côté leurs divergences partisanes pour travailler à faire avancer l’idée d’indépendance dans une optique citoyenne.

Mais en même temps, le Conseil se distance des partis politiques en ce sens qu'il ne va pas rencontrer les citoyens pour leur demander leur vote pour tel candidat ou tel parti, mais pour discuter de notre émancipation nationale comme peuple.

Les partis politiques le font parfois, mais force est de reconnaître que la majorité de leur temps et de leurs efforts sont mobilisés par d’autres préoccupations. Le Québec a besoin d’une organisation de la société civile qui a la volonté et la capacité de faire campagne de façon permanente pour l’indépendance, dont l’indépendance est la seule et unique préoccupation.


Plan d’action

Le Conseil de la souveraineté s’est donné un plan d’action en cinq points dont le premier consiste à transformer le Conseil de la souveraineté en une organisation large de la société civile, en préparant un congrès beaucoup plus large, prévu pour 2014, auquel seront invitées toutes les principales organisations de la société civile et les personnes engagées dans la promotion de l’indépendance.

Ce projet d’un vaste congrès non partisan rejoint l’idée avancée par plusieurs d’un deuxième congrès de convergence nationale qui coïncidera avec la fin de la deuxième phase des États généraux de la souveraineté.

Le second point du plan d’action consiste d’ailleurs à appuyer à fond la phase 2 des États généraux de la souveraineté et les deux chantiers qui ont été définis au moment de l'assemblée du 6 avril dernier.

Le premier chantier définira une démarche constituante permettant au peuple québécois de définir sa propre constitution indépendamment de celle qui nous a été imposée en 1982 par le Canada.

Le second chantier définira un ensemble de projets économiques ne pouvant être réalisés pleinement que grâce à la souveraineté, notamment des projets de développement durable, de commerce international, de développement agro-alimentaire, en culture et communications.

Ces chantiers, élaborés par une démarche de démocratie participative visent à replacer notre émancipation nationale au cœur du débat public.

Le plan d'action du Conseil prévoit aussi la mise en place d'une série de mesures pour accélérer la communication politique sur la souveraineté en relation avec les dossiers d'actualité, l'instauration d'une commission de mobilisation et d'action politique, et la création de nouveaux mécanismes de financement pour réaliser le plan d'action.


Restructuration

Les nouveaux statuts et règlements adoptés samedi par l’assemblée générale vont dans le même sens. L’organe directeur du Conseil de la souveraineté comportait des représentants de quatre partis politiques, le PQ, le BQ, QS et ON sur un Conseil d’administration de 11 personnes. Le nouveau CA élu samedi comporte 17 membres, tous issus de la société civile.

Le nouveau conseil d'administration comptera des représentants de la Société Saint-Jean-Baptiste, du réseau Cap sur l'Indépendance, du Nouveau Mouvement pour le Québec, du Mouvement National des Québécois et du Rassemblement pour un pays souverain.

En plus de ces organisations indépendantistes qui n’y étaient pas représentés, des représentants des mouvements écologiste, féministe et syndical ont été élus par l’Assemblée, notamment Daniel Boyer, secrétaire général de la FTQ. Jacques Létourneau, président de la CSN, devrait également s’y joindre.

L'assemblée générale a également élu au conseil d'administration le chanteur-compositeur Paul Piché, l'ex-présidente de la CSN Claudette Carbonneau et la militante indépendantiste Alice Tavares Mascarenhas à titre de citoyens engagés. Quatre représentants des tables régionales du Conseil et le soussigné complètent le nouveau Conseil.

En ce qui concerne les représentants des quatre principaux partis politiques, l’assemblée générale a évité de couper les ponts. Ils seront toujours invités aux rencontres du Conseil avec droit de parole mais sans droit de vote, ce qui souligne encore une fois l’ancrage du Conseil dans la société civile.

Le Conseil compte bien continuer de faire pression pour que les partis politiques travaillent de concert sur la question fondamentale de l’indépendance du Québec.
Pour bien marquer cette transformation fondamentale du Conseil de la souveraineté, l’Assemblée générale a décidé de changer le nom de l’organisme, probablement en utilisant le terme « indépendance nationale », ce qui sera fait au cours de l’automne prochain à travers une consultation sur les média sociaux.


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Le Conseil de la souveraineté a entrepris de se réinventer, de s’élargir et de s’ouvrir à tous ceux et à toutes celles qui veulent travailler à l’indépendance du Québec. Il entend ainsi répondre à l’appel des militants engagés dans les États généraux sur la souveraineté et au niveau des tables régionales du Conseil, mais aussi, à la résolution adoptée à la fin de mai au Congrès de la Convergence nationale.

Dans tous les pays qui ont atteint leur indépendance, un mouvement populaire non partisan a pavé la voie. Il est primordial de créer des lieux pour aborder la question de notre avenir collectif, de citoyen à citoyen, au-delà de l’action politique provinciale, dans un contexte résolument non partisan, pour concentrer nos énergies à créer de nouvelles conditions favorables à notre émancipation nationale.

La nouvelle organisation issue du Conseil de la souveraineté le fera en concertant les organisations de la société civile, avec la participation des militants des partis politiques souverainistes, mais surtout en mobilisant des citoyens dans la réflexion et dans l’action politique.

Tous ceux et toutes celles qui ont participé à la Grande assemblée des États généraux d’avril dernier ont noté un enthousiasme, un vent nouveau, un désir d’implication et une détermination nouvelle à réaliser l’indépendance de notre pays.

De même, le Congrès de la Convergence nationale a contribué à accroître ce désir de mobilisation citoyenne.

Même si l’alliance entre partis souverainistes est difficile, l’alliance entre les militants et militantes de la famille souverainiste demeure solide. C’est cette union par la base, bien réelle, porteuse d’avenir, que le Conseil de la souveraineté a entrepris de consolider  le 8 juin 2013.

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