Halte aux vices de procédure!

2013/08/27 | Par Ginette Leroux

Luc Segers est un citoyen au-dessus de tout soupçon. Ingénieur au sein d’une entreprise florissante, il est appelé à bientôt en prendre les commandes. Un soir, au retour d’une fête avec sa femme et sa fillette, son univers bascule lorsqu’il s’arrête à une station-service pendant que sa femme entre au dépanneur pour y chercher du pain. Un truand, qui n’en veut qu’à son argent, assassine lâchement la femme sans défense. Le mari ignore tout du drame qui se joue à quelques mètres de lui.

Inquiet, il ouvre la porte du commerce. Sa femme, ensanglantée, git au sol. L’instant d’après, surgit le tueur qui le repousse violemment avant de s’enfuir. La petite qui entend des cris est happée par une voiture au moment où elle court vers son père. Après trois semaines dans le coma, l’homme doit faire face à la réalité : il a tout perdu.

Le suspect est arrêté. Mais, dû à un vice de procédure, il est remis en liberté.

Pour Luc Segers, c’en est trop. La rage fait suite à l’incompréhension et à la frustration. Aux prises avec un choc post-traumatique, tout s’emmêle dans sa tête souffrante. Au point où la vengeance devient une véritable obsession. Il passe à l’acte. Il est maintenant l’égal du meurtrier de sa femme.

Les rôles s’inversent. La victime devient l’accusé. Le procès devant jury s’ouvre. L’avocate de la victime plaide l’enfance bafouée de son client. Celui de la défense y se contente de présenter les faits. Il met la justice au défi de reconnaître ses failles. La population se mobilise en faveur de l’homme brisé. Le rideau tombe sur cette affaire qui a soulevé les passions. Quel sera le verdict?

BELGIQUE (Flandre) 112 minutes
En compétition mondiale
Notre note :


Mené de main de maître, le film de Jan Verheyen est un suspense qui ne laisse personne indifférent. Si l’histoire est une pure fiction, le contexte, lui, est bien réel, nous dit le réalisateur flamand, également auteur du scénario, au cours de la période de questions, qui a suivi la présentation du film. Si les extérieurs ont été filmés devant le palais de justice de Louvain, la cour d’assises de Bruges a servi de cadre au jeu des plaidoyers qui a nécessité deux semaines de tournage. Il a fallu deux caméras pour ne rien perdre de la verve flamboyante déployée par les avocats De Cock (Johan Leysen), Teugels (Veerle Baetens) et par le procureur Vanderbiest (Jappe Claes).

À noter qu’en Belgique lors d’un procès, trois avocats s’affrontent en cour : l’avocat de la couronne, l’avocat de la défense et un troisième, nommé par le tribunal, représente la victime. Ce dernier peut faire entendre ses témoins.

Koen De Bouw, dans le rôle de Luc Segers, et Jappe Claes, dans celui du procureur de la couronne, étaient aux côtés du réalisateur lors de la présentation du film. Pour se préparer à son rôle, l’acteur flamand a choisi de faire le vide pour permettre au spectateur de se projeter dans son personnage. Sa prestation est très réussie. Tout au long du procès, son silence en dit long sur sa détermination.

Jappe Claes confie au public montréalais que c’est après une discussion avec un procureur qu’il a compris qu’il lui fallait d’abord faire valoir le côté humain de son personnage. Selon le réalisateur, ses acteurs sont les meilleurs talents que puisse offrir la Belgique. Il en ressort une prestation convaincante pour chacun d’entre eux.

Le film de Jan Verheyen vise de plein fouet le nombre effarant de vices de procédure, ce qui a pour conséquence la libération de prévenus au passé criminel notoire. En 2009, nous dira le réalisateur flamand, dix personnes ont été relâchées, dû aux failles du système de justice belge. L’indignation face à cette situation a été le point de départ de son film.

Les choses ont-elles changé depuis? Les politiciens travaillent à changer les lois, nous assure-t-on. Le débat reprend en session parlementaire en octobre prochain, au moment même de la sortie du film en Belgique.

Qu’auriez-vous fait à la place de Luc? Quelle aurait été votre position si vous vous étiez retrouvé à la place du jury?

À vous de juger et de rendre votre verdict.

Le verdict a été présenté les 23 et 24 août au FFM. On espère qu’il sortira en salles à Montréal et partout au Québec.

(Publicité)