Notre modeste appui à l’ONU

2013/10/02 | Par Pierre Jasmin

Membre des exécutifs des Artistes pour la Paix, de Pugwash Canada et du Réseau canadien pour l’abolition de l’arme nucléaire

Plutôt que de choisir la voie si facile intellectuellement du pessimisme, du cynisme et de l’inaction, – celle prônée par les professeurs de désespoir selon l’heureuse expression de Nancy Huston qui vit à Paris -, les Artistes pour la Paix osent poser des gestes de paix pragmatiques inspirés de divers modèles locaux et internationaux.

Beaucoup de gens, tant à gauche qu’à droite, veulent nous faire croire que nos manifestations artistiques et politiques sont naïves, inutiles et vouées à l’échec.

Depuis quelques mois, nous avons persuadé plusieurs interlocuteurs en divers colloques internationaux que le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon méritait notre entier soutien, pour sa persévérance en vue de l’élimination des armes nucléaires, sa motivation principale déclarée à entreprendre son second mandat.

Nous avons publié pour l’appuyer un article sur le site écologiste reporterre, sur Actualités UQAM et au départ sur le site du magazine pan-canadien Affaires universitaires:

http://www.reporterre.net/spip.php?article4738

http://www.affairesuniversitaires.ca/universites-canadiennes-et-armes-nucleaires-un-appel.aspx

En anglais : http://www.universityaffairs.ca/canadian-universities-and-nuclear-weapons-an-appeal.aspx

La première réunion de haut niveau de l’Assemblée générale de l’ONU du 26 septembre à New York vient de poser de futurs jalons du désarmement nucléaire, partagés par la majorité des pays et l’immense majorité des citoyens du monde.

Il s’agira maintenant de forcer l’OTAN et autres militaristes à plier devant cette belle unanimité civile.

Depuis dix mois, nos quatre lettres au ministre des Affaires étrangères du Canada, M. John Baird, avaient pour but de l’inciter à s’en remettre à la sagesse de l’ONU, plutôt qu’aux tentations de répressions violentes :

1- Pour le dossier syrien. Contre les procureurs-éditorialistes désirant bombarder tout de suite les malheureux Syriens, vient de nous donner raison aujourd’hui l’accord au Conseil de sécurité sur une résolution légalement contraignante, destinée à forcer la Syrie à mettre ses armes chimiques sous contrôle de l’ONU. On peut regretter que le Conseil ait adopté une résolution imprécise « que tout responsable de l’utilisation d’armes chimiques devra répondre de ses actes », alors que nous suggérions la comparution des responsables (non encore identifiés de cette attaque) devant la Cour Pénale internationale. Nous avons été invités il y a deux mois par le co-fondateur canadien de cette cour, Philippe Kirsch, dans sa demeure privée près de Narbonne (France).

2- Pour le dossier iranien. Contrairement aux prophéties israéliennes sur « un loup déguisé en agneau », le nouveau président iranien Hassan Rahouni nous semble engagé dans un dialogue constructif. Je rappelle mes modestes interventions de l’été 2011 à Berlin au Congrès international Pugwash pour y inciter au dialogue d’une part M. Soltaniew, ambassadeur iranien à l’Agence internationale d’énergie atomique à Vienne, d’autre part l’ex no. 1 du Mossad, M. Éphraïm Halévy que notre comité avait mis en présence l’un de l’autre. À ceux qui reprochèrent à mon rapport une trop grande mansuétude face à Israël détenteur de tant d’armes nucléaires, j’avais répondu trouver légitimes ses inquiétudes face aux armes chimiques détenues par l’Égypte et la Syrie (page 6 de mon rapport 2011 accessible sur www.pugwashgroup.ca );

3- Pour le dossier du Traité sur le Commerce des armes. Nos deux lettres de juin et de juillet incitaient le ministre à le signer. Il nous avait répondu avoir travaillé à sa formulation ratifiée par le Canada; mais le Secrétaire d’État américain John Kerry vient de le devancer mercredi en signant, comme 90 pays l’avaient fait avant lui, ce traité vu comme « une avancée significative pour la sécurité » du monde, menacée par ce commerce évalué à entre 60 milliards et 85 milliards de $ annuellement. On peut se demander si M. Harper n’a pas contraint le ministre Baird à l’inaction;

4- Rappelons que les Artistes pour la Paix avaient travaillé d’arrache-pied, si on me pardonne l’expression, à l’entrée en vigueur grâce au prix Nobel Jody Williams du traité d’Ottawa sur l’interdiction des mines anti-personnel en 1997. L’ex-premier ministre Jean Chrétien, qui y avait travaillé avec son ministre Lloyd Axworthy, m’a même confié récemment avoir presque convaincu, alors, le président Bill Clinton de sa nécessité, avant que le Pentagone n’entrave les élans d’humanité du président américain. Quant au traité d’Oslo de 2010 sur les bombes à sous-munitions (cluster bombs), le Canada conservateur nous a profondément déçus, là aussi. Et pourtant, ces deux traités ratifiés et signés par de très nombreux États ont réduit les victimes à quatre mille par an, contre douze mille, il y a dix ans.

De plus, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), créé il y a 25 ans sous l'égide de l'ONU, a fait état aujourd’hui à Stockholm du réchauffement climatique en cours. Reposant sur les contributions de 250 scientifiques, ce cinquième rapport précise les menaces liées au changement climatique induit par l’homme et sa production de gaz à effet de serre : réchauffement de la planète, montée du niveau des océans due à la fonte des banquises de l’Arctique (et du pergélisol), intensification d'événements climatiques extrêmes et destructeurs.

La ministre canadienne de l’Environnement Leona Aglukkaq a réagi en faisant état du progrès du Canada en normes plus rigoureuses en transports et en fermetures de mines de charbon. Steven Guilbeault, cofondateur et directeur principal d'Équiterre, a rétorqué : « On n'a jamais vu de processus scientifique aussi long, aussi rigoureux et, malgré ça, M. Harper est là qui fait la promotion des sables bitumineux ! »

On vous épargne la réaction d’autres écologistes et des partis d’opposition, prévisible dans leur emportement. Signalons celle du secrétaire d'État américain, John Kerry, selon qui ce rapport constitue une sonnette d'alarme : « Ceux qui font fi de la science, ou qui se défilent au lieu d'agir, jouent avec le feu », faisant ainsi référence aux sceptiques qui remettent en question la nécessité d'agir rapidement (Ottawa vs Kyoto ???). Le secrétaire général Ban Ki-moon envisage pour 2015 aux Nations unies un accord limitant les gaz à effet de serre. 

Dans son dernier ouvrage Fin de l’Occident, naissance du monde paru au Seuil, Hervé Kempf aborde avec franchise et sans alarmisme indu les solutions responsables que les pays riches, y compris la Chine désormais, devraient s’imposer. Son idée maîtresse de la sobriété intelligente reprend le leitmotiv de deux artistes pour la paix célèbres : Serge Mongeau avec la simplicité volontaire et surtout feu Pierre Dansereau qui réclamait il y a trente ans de la part de l’Occident l’austérité joyeuse afin de préserver des richesses naturelles pour nos enfants et petits-enfants et surtout afin de les partager avec ce qu’on appelait à l’époque le Tiers-Monde.

Une première réunion du nouveau conseil d’administration des Artistes pour la Paix, qui compte treize membres plus une dizaine d’observateurs, a montré que toutes ces nouvelles représentent de puissants moteurs de motivation et d’action pour notre nouvelle présidente Guylaine Maroist qui désire remercier nos trois cents membres et quatre cents sympathisants!

P.S. Les Artistes pour la Paix étaient présents samedi le 28 septembre place Marcelle Ferron pour célébrer sa mémoire avec Tricot pour la Paix, Diane Croteau et Sylva Balassanian. Ils étaient présents samedi le 21 septembre en trois endroits pour célébrer la Journée internationale de la paix décrétée par l’ONU :

1- à Montréal pour la manifestation contre la militarisation du Canada avec Échec à la guerre, les Mémés déchaînées, les Mohawks traditionalistes de Kahnawakeh, avec des discours de Guylaine Maroist et Pierre Jasmin, avec Valéry Latulippe, Gilles Marsolais, Serge Mongeau, Martine Éloy, Raymond Legault, Dimitri Roussopoulos, etc.

2- à l’Écofête de Bromont si bien organisée par Éric Ferland où l’auteur Hervé Kempf faisait une présentation avec Dominic Champagne (APLP2011) et Philippe Giroul (Mouvement Sortons le Québec du Nucléaire)

3- à Sherbrooke au Tremplin pour un spectacle fort émouvant par l’artiste pour la paix Domlebo et la poète métis de Saskatchewan (et chanteuse) Moe Clark. Domlebo a remis cela le lendemain à l’Écofête.

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