Place Tahrir : un éternel recommencement?

2013/11/12 | Par Ginette Leroux


Coproduction Égypte/États-Unis, 99 minutes
Version originale arabe et anglais, sous-titres français et anglais

Janvier 2011, le peuple égyptien se met en route vers la démocratie. Sous le régime dictatorial de Hosni Moubarak, l’Égypte vit sans dignité ni humanité. La corruption mine la confiance. Tous partagent le même sentiment. La Place Tahrir explose. Elle devient alors le symbole d’une nation révoltée contre les abuseurs qui les gouvernent. La population se soulève. Des milliers de jeunes envahissent le « square » central du Caire. Ensemble, ils appellent à la liberté.

Au début, chrétiens et musulmans sont unis dans le même combat. Ils ont le même ennemi. Au mois de février suivant, le président Hosni Moubarak cède. Allah Akbar! L’armée s’engage à ne pas tirer sur le peuple. Pour l’instant l’ordre est unanime : « Ramassez vos affaires et retournez chez vous ».

L’armée ne tient pas ses promesses. La police épaule les militaires. Les morts, les blessés ne se comptent plus. Arrestations, électrocutions, exécutions, voilà comment on traite les gens qui affichent leur mécontentement devant tant de répressions et de massacres.

Au printemps, retour à la case zéro. « Nettoyer la nation », peut-on lire sur les pancartes des manifestants. Le « square » est, à nouveau, repris par la population à l’été. Les Frères musulmans reviennent en force, négocient avec l’armée, prennent en otage la Révolution. Ce faisant, ils sèment la confusion. La foule est divisée. Chrétiens et musulmans, jusqu’alors unis, s’affrontent.

La répression s’intensifie. Les blindés foncent sur les manifestants, les soldats tirent à l’aveugle sur ceux qu’ils avaient fait le serment de protéger. L’hôpital est gazé, les blessés et les médecins gravement incommodés. La Place Tahrir montre, par dizaines, ses martyrs au monde entier. La révolution est en difficulté. La guerre est déclarée.

L’hiver 2012, les électeurs sont convoqués aux urnes. Les Frères musulmans achètent les pauvres avec de l’huile et du sucre.

Le 24 juin 2012, Mohamed Morsi est élu président avec 51,7 % des voix. Le « nouveau pharaon » voit rapidement son pouvoir contesté. Un an plus tard, de retour au « square », le peuple demande sa démission. C’est la chute annoncée.

Est-ce un nouveau retour à la case départ?


L’histoire relayée par les médias officiels a été suivie dans le monde entier. Difficile d’y échapper. Sauf que… Lorsque les caméras du monde extérieur s’éteignent, que la télévision d’État vous musèle, la voix du documentaire s’impose. Jehane Noujaim et son équipe n’ont jamais fermé l’œil de leur caméra. Ils ont suivi de près un groupe d’activistes en action, réunis par la Révolution.

Ahmed représente la jeunesse combattante qui a très vite compris que sa génération porte en elle l’Égypte nouvelle. Khalid Abdalla, l’acteur du film « Les Cerfs-volants de Kaboul », éduqué à Cambridge, ameute autant ses compatriotes que les médias internationaux. Magdy se situe plutôt en porte-à-faux. Père de cinq enfants, il rejoint les Frères musulmans et prend fait et cause pour cette confrérie lorsqu’ils accèdent au pouvoir.

Ce documentaire est essentiel. Il est un « work in progress ». La preuve : présenté au Festival de Sundance en janvier dernier où il a obtenu la faveur du public, il est arrivé au RIDM dans une version augmentée des événements entourant le soulèvement contre le président Morsi en juin dernier.

Il est trop tôt pour espérer des résultats concrets, pense Ahmed, mais la conscience des Égyptiens se développe. La route sera longue. « On ne cherche pas un leader. Il y en a un dans chaque personne venue protester sur la Place Tahrir », conclut-il. La suite n’est pas encore écrite.

Présentement à l'affiche au Cinéma du Parc à Montréal.


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