Parfois, le silence est un cri

2013/11/13 | Par Ginette Leroux


COPRODUCTION CAMBODGE-FRANCE 2013, 101 minutes
Présentations spéciales / Première québécoise
ExCentris, salle Cassavetes, 14 novembre, 20h30, V.O.F.
Cinéma du Parc1, 22 novembre, 21h00, V.O.F.

Rithy Panh est âgé de 13 ans au moment du génocide qui a entraîné, dans la mort, des milliers de Cambodgiens. Le cinéaste est retourné à Phnom Penh revoir la maison de son enfance. À la place, il y trouve un bordel. Le passé a été réduit à néant. « Depuis longtemps, je cherchais l’enfant. Maintenant, c’est l’enfant qui me cherche », dit le cinéaste, à l’aube de ses 50 ans.

Les Khmers rouges imposèrent une dictature d’une violence inouïe alors qu’ils prenaient le pouvoir en 1975. Le Cambodge vécut alors, sous la poigne féroce de Pol Pot, quatre années sanglantes et dévastatrices. Rithy Panh, seul survivant de sa famille, trouva refuge en France en 1980, après un court séjour dans un camp de réfugiés thaïlandais.

Quand la machine diabolique des Khmers rouges se met en branle, Rithy Panh se souvient qu’il a fallu quitter Phnom Penh et gagner les rizières arides. À coups de pic et de pelle, le passé allait être détruit au profit d’une société parfaite.

Pour cela, il fallait affamer le peuple, l’endoctriner et le déshumaniser. Il fallait également interdire la couleur, celle de la joie, de la musique, de la vie d’avant, pour imposer l’uniforme sombre du travail forcé.

Pol Pot applaudit son œuvre. Son idéologie débilitante a forgé une réalité conforme à ses désirs. La population amoindrie, vidée, arrachée à son histoire, est contrainte d’applaudir avec lui.


Comment représenter l’enfance noyée, les êtres chers perdus, la désespérance de son peuple, sa survivance? Comment exprimer l’indicible?, s’est demandé Rithy Panh. Il allait de soi pour le cinéaste d’aller puiser dans les films d’archives.

Vous serez probablement surpris de voir évoluer sous vos yeux des personnages, des décors et des accessoires sculptés. Impressionnantes de réalité, ces figurines colorées d’argile représentent son père, sa mère, son frère et ses sœurs et le bonheur de leur vie familiale, avant que l’horreur ne vienne les engloutir.

Une habile mise en scène, réglée au quart de tour, a su ajouter une émotion sur les visages, une ombre ici, un contre-jour là, une étincelle dans les yeux, des poissons qui bougent dans un étang. Ne manquaient plus qu’une caméra imaginative, une musique pour recréer l’atmosphère et le texte de Christophe Bataille, ami de longue date du cinéaste, pour leur insuffler la vie.

L’image manquante est celle de la vérité. Cette vérité cachée que seul le cinéma peut recréer. Le film de Rithy Panh est un devoir de mémoire.


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