Belles âmes et beaux esprits

2014/01/21 | Par Michel Rioux


Je les ai comptées ! Compté quoi ? Les lignes. La vérité n’est pas tout entière contenue dans les mathématiques, on le sait. Mais quand même. Il arrive qu’elles nous en apprennent parfois sur le fond des choses.

Jetant son habituel regard quelque peu désabusé sur le débat en cours autour de la Charte, le chroniqueur Vincent Marissal, de La Presse, consacrait récemment un article sur les dérives qui, à ses yeux, entachaient les interventions de ses défenseurs et de ses opposants.

Le texte faisait cent-soixante-huit lignes. On en comptait cent-soixante-deux qui pourfendaient les premiers. Il en restait six pour critiquer ceux qui s’y opposent. Un lièvre, un cheval.

Ces statistiques, qu’on retrouve tous les jours dans la plupart des médias, confirment le conseil que Foglia donnait à Françoise David. Après lui avoir dit qu’il ne lui reprochait pas de s’opposer à la Charte, il ajoutait : « Je me demande seulement si c’est bien nécessaire de varger à ce point sur le PQ. Tu ne trouves pas que, là-dessus, les médias font déjà une super bonne job ? »

En effet.

Avec cette offensive tous azimuts, on se demande comment une majorité de francophones peut encore accorder son appui à une Charte dont on dit tant de mal et que l’on voue sur tous les tons aux gémonies identitaires. Tous partis politiques confondus, à tous les niveaux – Ottawa, Québec, municipalités –, on retrouve la même unanimité, celle qu’on a connue lors des référendums de 1980 et 1995.

À l’occasion de ce débat, on rencontre, ligués comme d’habitude, les forces de l’argent, les tenants du statu quo, les zélotes d’un fédéralisme pur et dur, les chevaliers des droits individuels, les thuriféraires du légalisme. La cohorte habituelle, quoi ! Mais il y a cette fois une exception.

Ce débat est révélateur d’une autre dérive. Se sont ralliés à cette cohorte, spécialiste du Québec bashing, des intellectuels ayant joint les rangs des apôtres de l’amour infini après avoir succombé, donnant ainsi raison à ceux qui parlent du syndrome de Stockholm, aux sirènes du multiculturalisme à la Trudeau.

À quelques variantes près, ces bonnes âmes jouent la même partition que Charles Taylor, incontesté maître de chapelle en la matière.

Cela pourrait bien être une nouvelle trahison de nos clercs pas très clairvoyants !

On a longtemps dit du Québec – on le disait bien sûr en anglais – que c’était une Priest-ridden province. Ces beaux esprits que le droit et les lois rendent tout chose veulent aujourd’hui faire du Québec, comme ce l’est devenu au Canada avec la Constitution de 1982, une Judge-ridden society.

C’est ainsi qu’incapables de décider sur quel pied danser et y allant de contorsions en triples saltos, discipline dans laquelle se distingue le député Tanguay, les libéraux de Philippe Couillard font faire la job par le Barreau et la Commission des droits de la personne, dont ils ont refilé les mémoires à La Presse, agissant ainsi à l’encontre d’une convention parlementaire.

Mémoires marqués au coin d’une féroce défense des droits individuels, qui s’appuie sur une vision momifiée des chartes et des lois. À telle enseigne qu’un ancien ministre libéral, Benoît Pelletier, a cru nécessaire de préciser que « ceux qui adoptent à l’égard de la Charte des valeurs une approche strictement légaliste commettent une erreur ».

Il ajoutait que les droits et libertés ne sont pas des absolus « puisqu’ils s’exercent dans des contextes sociaux dont les cours devraient davantage tenir compte ».

Ce qui faisait dire à Josée Boileau, du Devoir, qu’il y a « d’un côté la vision légaliste de la société, de l’autre sa vision politique. Et il ne faudrait pas croire que l’une est plus légitime que l’autre ».

Dans ce déluge de déclarations qui pourraient être tirées du film À soir on fait peur au monde, la palme revient sans aucun doute au chef du NPD, Thomas Mulcair, celui-là même qui, il y a une trentaine d’années, est passé du jour au lendemain de conseiller juridique du Conseil de la langue française à directeur général d’Alliance Québec, dont on connaît les coups de boutoir contre la Charte de la langue que cette créature a orchestrés devant la Cour suprême.

Ce ne sont pas les frères, les pères et les maris qui imposent un code vestimentaire aux musulmanes, a dit l’agent orange, « ce sont les gens qui sont au pouvoir à Québec qui tentent de dire aux musulmanes quoi porter ».


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