Laissez couler le sang

2014/11/20 | Par Ginette Leroux

LIBAN/QUÉBEC, 75 min., v.o. arabe, s.t.fr./ s.t.a.
Compétition Internationale – longs métrages
Cote : 

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Rituel religieux, l’Achoura rappelle la mort tragique de l’imam Hussein, lors de la bataille de Kerbala, survenue au septième siècle, en Irak. Les cicatrices ne se sont jamais refermées depuis le sacrifice du petit-fils de Mahomet. La commémoration annuelle fait l’objet d’un grand rassemblement de musulmans chiites.

Les premières images sont déstabilisantes. Sabres affutés, vêtus de blanc, des hommes matures, de jeunes adultes et de très jeunes garçons – 6 à 12 ans – se préparent à défiler dans les rues de Nabatieh au Liban.

L’Achoura est une affaire d’hommes. Les plus vieux enseignent aux néophytes et aux enfants le rituel millénaire de la mutilation et de la flagellation. D’abord, sous forme de jeu, le rasoir ne fait qu’effleurer le dessus de la tête de l’enfant. C’est ensuite, au son répété de « Haidar Haidar », que les hommes s’entaillent mutuellement la tête. Les coupures sont peu profondes, mais la répétition du geste fait jaillir le sang, rougit les cheveux et, malgré un bandeau posé sur le front, il se répand sur la figure entière. À la mutilation, s’ajoute la flagellation. Petits et grands s’y adonnent sans distinction.

Les femmes, habillées de noir, la tête recouverte de leur voile, restent en retrait, les tout-petits à leur côté. À l’arrière de la mosquée, debout à l’instar des hommes massés aux premiers rangs, elles scandent les incantations distillées au micro par un imam, qui les encourage à se frapper la poitrine. Pleurs et gémissements accentuent l’état de transe et d’extase dans lequel se trouvent les fidèles. Pendant ce temps, à l’extérieur, des acteurs costumés, armés de sabres, reproduisent la bataille de Kerbala.

Théatrale l’Achoura, certes. Comme le sont, souvent, les rituels religieux.

Le premier long métrage de Karim B. Haroun est un collectif regroupant les signatures de cinéastes de différentes cultures et nationalités. Des caméras, posées dans différents lieux, exploitent les multiples facettes de l’intensité de l’événement mystique. Au final, un montage frénétique rend les images saisissantes. Le spectateur est propulsé au cœur de l’action.

Déconseillé aux âmes sensibles.

Masse mystique est présenté le 21 novembre au cinéma Excentris, avec sous-titres français.


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