À propos de Sugar Sammy

2014/12/08 | Par Paul de Bellefeuille

Les Québécois et Québécoises ont mené un combat acharné pour reprendre pied dans leur Histoire. Il s’en est fallu de peu pour qu’un peuple soit rayé de la carte dans l’espace géopolitique et culturel du Canada. Cette bataille s’est particulièrement cristallisée autour de la défense et de la promotion de la langue française. Cela nous a permis d’affirmer que la langue commune au Québec est le français.

Toutefois, cette volonté politique d’affirmation identitaire autour de la langue a rapidement connu des reculs. Plusieurs jugements de la plus haute Cour du Canada, la Suprême, nous ont ramenés dans les limites imposées par la Charte canadienne des droits. Il fallait mettre le Québec à sa place et certains de nos représentants politiques québécois ne se sont pas gênés pour collaborer à cette grande œuvre civilisatrice.

Nous assistons actuellement à un nouveau chapitre de la répression de notre affirmation culturelle et particulièrement autour de notre langue commune au Québec.

Le premier exemple de cette nouvelle passe d’armes fut incarné par ce qu’on a appelé le Pastagate. On se rappellera du grand ramdam médiatique autour d’une affaire, somme toute banale, d’un menu dans lequel seuls des mots en italien apparaissaient sans leur équivalent français. Un inspecteur de l’OQLF avait alors fait uniquement son travail puisque certains mots du menu n’étaient rédigés que dans une seule langue. Ce qui était contraire à la loi 101 et plus précisément à l’article 51 de celle-ci. Ce fait divers avait fait un tour rapide du Canada et du monde, médias sociaux aidant, et présenté le Québec comme intolérant et fermé sur le monde. Nous, les Québécois et Québécoises, passions alors du rôle de victimes à celui de bourreaux. De peuple opprimé nous devenions un peuple oppresseur.

Le même phénomène est en train de se produire avec l’affaire de l’humoriste Sugar Sammy. La publicité provocatrice de son spectacle a porté fruit. Il voulait une plainte auprès de l’OQLF et il l’a eue. Sa campagne publicitaire pour son spectacle a donc été fortement relayée par les médias pour son plus grand bonheur et sans débourser un sou.

Second chapitre d’une stratégie pour présenter le peuple québécois comme intolérant? Ce second fait divers, et en plus savamment orchestré, ajoute l’injure à l’insulte. Sugar Sammy savait très bien qu’il allait faire résonner une corde particulièrement sensible chez les Québécois, soit celle de notre langue commune, le français, en s’y attaquant, et qu’ainsi il allait établir ce qu’il perçoit et croit être de la surprotection du français.

Mais cela ne résiste pas aux faits sur les plans statistiques, juridiques, politiques, culturels et démographiques. Et il le sait bien, tout humoriste anthropologue qu’il se dit être. Il pratique très bien le jeu des effets de miroir. Il nous renvoie à nous, le peuple québécois, une image d’oppresseur et nous enferme dans une culpabilité inhibitrice. Ce miroir est particulièrement déformant et en plus il se donne le beau rôle, celui de la prétendue victime qu’il n’est pas comme de bien entendu.

Sugar Sammy n’est que le porte-étendard d’une prétendue minorité derrière laquelle se profile en fait une majorité bienveillante et civilisatrice! On ne s’y trompe pas. Il fait figure, lui et d’autres individus ou organisations, d’avant-poste d’une majorité anglo-canadienne qui continue d’affirmer sa langue et sa culture et de faire de notre langue et notre culture au mieux des objets de folklore.

L’attitude de Sugar sammy est aussi un test posé à la communauté francophone du Québec. Cette communauté est-elle toujours aussi résistante et unie autour de la défense et de l’affirmation de sa langue et de sa culture? Le fait qu’il se permette une telle provocation, sans trop de réactions de la part de la communauté franco-québécoise, en dit long sur notre faiblesse politique au sein de la Confédération canadienne mais aussi sur notre manque d’intérêt collectif pour les questions linguistiques et culturelles. Deux échecs référendaires, cela laisse des traces.

Le Pastagate et maintenant l’affaire Sugar Sammy représentent certainement l’expression d’une fatigue culturelle du Québec français dans sa lutte pour son développement et son épanouissement collectif. Remarquez, on le serait à moins fatigué à force de lutter et de toujours connaître l’échec après tant d’énergie déployée mais aussi refoulée dans les limites politique, juridique et culturelle du Canda anglais. Le contexte social, politique et culturel n’est plus celui des années 60, 70 et du début des années 80. Cette période de notre histoire était certainement en mode ascendante. Les trente dernières années ont plutôt été caractérisées à l’opposé par une forte baisse de pression. Notre idéal collectif s’est perdu dans les brumes de la mondialisation.

Il est temps de reprendre notre marche vers l’indépendance. Et puis, le Québec est définitivement différent du Canada. Il me semble que les sursauts de notre communauté dans la défense de sa langue, de la justice sociale et d’une économie verte le prouvent abondamment.

Notre indépendance sera de plusieurs couleurs. Elle sera rouge de justice et d’équité. Elle sera verte pour une nouvelle économie. Elle sera blanche de neige et de paix. Elle sera bleue et parlant français.

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