Le « Bloc canadien » prêt à sacrifier la gestion de l’offre en au profit de l’industrie automobile

2015/09/30 | Par Gabriel Ste-Marie

Selon les informations qui filtrent des négociations secrètes du Partenariat Transpacifique, les secteurs de l’automobile et la gestion de l’offre en agriculture seraient menacés. Stephen Harper l’a reconnu à mots à peine couverts en déclarant, lors du débat de Calgary, que « le secteur de l’automobile et d’autres secteurs n’aimeront pas nécessairement tout ce que contient l’accord ».

Dans le secteur automobile, 80 000 emplois sont en jeu, principalement en Ontario. L’accord prévoit, selon différentes sources, que les véhicules pourraient être vendus dans le nouveau marché de libre-échange des 12 pays signataires de l’entente avec aussi peu que 45% de contenu domestique pour les voitures et 30% pour les pièces. Aujourd’hui, dans le cadre de l’ALENA, qui regroupe les États-Unis, le Canada et le Mexique, le contenu domestique est de 62%.

Le Japon pourrait donc fermer ses usines nord-américaines, fabriquer ses voitures au Japon, avec une forte proportion de pièces produites en Thaïlande, et les exporter en Amérique du Nord.

Dans le cas de la gestion de l’offre, le gouvernement canadien aurait accepté, selon CBC Radio-Canada, qu’environ 10% des produits laitiers disponibles au Canada soient importés des États-Unis. D’autres sources affirment que la gestion de l’offre serait carrément abolie.

Selon certaines études, cela mettrait à risque 40% de l’industrie laitière canadienne, soit 3 000 fermes et 24 000 emplois directs et indirects au Québec.

Dans le cas de l’industrie laitière, les pressions viennent des États-Unis qui veulent équilibrer les effets engendrés par l’ouverture du marché américain à la Nouvelle-Zélande.

La Nouvelle-Zélande est « l’Arabie saoudite du lait ». Son climat permet aux troupeaux de paître à l’extérieur à l’année longue, entraînant des coûts de beaucoup inférieurs à ceux du Québec, où les bêtes doivent être abritées et les récoltes limitées à la belle saison.

La Nouvelle-Zélande est agressive dans sa quête de nouveaux marchés parce que la demande sur son principal marché, la Chine, ne répond pas aux attentes. Les importations de lait en poudre de la Chine ont chuté de 56% entre janvier et juin.

Il y a présentement une surproduction de lait sur les marchés mondiaux qui occasionne une baisse importante – 63% depuis le début de 2014 – des cours du lait en poudre, mais aussi du beurre et du fromage.

Conséquemment, les multinationales du lait réduisent les montants versés aux producteurs. En Europe, et plus particulièrement en France, cela a conduit à des manifestations musclées des producteurs laitiers menacés de faillite.

Sur le Vieux Continent, la crise est accentuée par l’abolition au mois de mars dernier du système des quotas. La concurrence accrue qui en découle oblige les producteurs à augmenter leur cheptel, rationaliser les opérations et travailler davantage pour maintenir ou augmenter leur part de marché. Inévitablement, ceux qui ne peuvent suivre la cadence doivent déposer leur bilan.

Progressivement, la ferme familiale cède la place à de méga-fermes. Aux États-Unis, dans les États de l’Indiana, de l’Idaho et du Wisconsin, les fermes de plus de 10 000 vaches ne sont pas rares. La plus importante d’entre elles compte 32 000 bêtes! Au Canada, il y a en moyenne 77 vaches par ferme. Au Québec, c’est 60 vaches.

Déjà, on imagine le message qui sera envoyé aux producteurs laitiers si la gestion de l’offre est abolie : modernisez-vous et agrandissez vos exploitations pour être en mesure d’être compétitifs sur le marché mondial.

En Grande-Bretagne, le mouvement de concentration est déjà en marche. La ferme familiale, qui comprend en moyenne 125 vaches, est menacée par des projets d’exploitations de plus de 8 000 vaches. Mais un mouvement d’opposition s’est élevé contre ces mégaprojets. Les environnementalistes ont tiré la sonnette d’alarme en montrant les conséquences désastreuses d’une telle concentration d’animaux sur le paysage rural, l’air, le sol et l’eau.

Les organismes de protection des animaux se sont aussi mis de la partie en lançant un mouvement de boycott des produits laitiers de ces établissements avec le slogan « Pas sur mes Cornflakes ».

Les libéraux et le NPD ont promis de s’opposer à l’abolition de la gestion de l’offre en agriculture. Mais leurs déclarations montrent qu’ils sont plus préoccupés par les conséquences du traité TransPacifique sur l’industrie automobile en Ontario.

Si l’un des deux partis parvient au pouvoir et qu’il a à arbitrer entre les intérêts de l’industrie automobile de l’Ontario et l’industrie laitière du Québec, quel sera, pensez-vous, son choix? L’intérêt politique des deux partis leur dictera de préserver les intérêts de l’industrie automobile parce qu’il y a plus de circonscriptions en Ontario qu’au Québec. Leur calcul ne sera pas foncièrement différent de celui de Stephen Harper.

Face à ce « bloc canadien », il n’y a que le Bloc Québécois pour défendre les intérêts du Québec.

L’auteur est économiste et candidat du Bloc Québécois dans la circonscription de Joliette.

(Publicité)