La paix, victime collatérale de l’agressivité des Conservateurs

2015/10/16 | Par Pierre Jasmin

L’auteur est vice-président des Artistes pour la paix

1- L’ONU

L’Organisation des Nations-Unies est ignorée, voire bafouée par les Conservateurs : on se souvient d’un premier ministre qui avait jugé plus important d’inaugurer un Tim Horton que d’aller entendre une session-clé du Conseil de l’ONU un 21 septembre, jour de la Paix.

On constate que du premier rang occupé par le Canada de Lester B. Pearson - nobélisé pour sa création des Casques Bleus en 1957-, le pays a régressé au 68e rang des nations contribuant aux opérations de maintien de paix.

Pourtant, l’Afrique aurait grand besoin du soutien canadien, ceci dit en appréciant tout de même l’appui du Premier Ministre Harper à la Secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean.

Haïti, qui a souffert de l’engagement sur son sol de Casques Bleus provenant de pays pauvres où sévissait le choléra, aurait été mieux servi si le Canada avait contribué.

Nous croyons que les positions bellicistes conservatrices, semblables à celle de l’ex-président George W. Bush (si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous), exacerbent les antagonismes et favorisent ultimement le terrorisme (voir notre pétition sur http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=6089

Le 18 août, l’UNRWA regrettait l’interruption canadienne de paiements pour les écoles palestiniennes qui offraient auparavant une éducation permettant aux jeunes réfugiés de garder l’espoir d’une vie meilleure et de s’éloigner de la tentation du désespoir djihadiste, que les bombardements israéliens sur des cibles civiles ne font qu’aggraver : les nouvelles montrent une détérioration épouvantable sur le terrain.

Nous croyons que dictateurs et criminels de guerre doivent être mis hors d’état de nuire, non par des bombardements de leurs populations déjà victimisées, mais par des interventions de diplomatie, d’éducation, de soutien logistique et de justice internationale. Toutes disciplines pour lesquelles le Canada pré-Conservateur excellait.

Après sa retraite prise récemment, Me Philippe Kirsch, fondateur et tout premier juge de la Cour Pénale Internationale de La Haye, nous confiait n’avoir reçu aucun mot de remerciement du gouvernement de son pays pour sa pourtant remarquable contribution internationale à la paix mondiale!

Louise Arbour a été insultée par le ministre conservateur de la Sécurité Vic Toews, tout comme Louise Fréchette, ancienne numéro 2 de l’ONU. Comment s’étonner alors que le Canada ait subi l’humiliante rebuffade, hélas largement méritée par la gouverne conservatrice, de se voir refuser un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU?

Le 7 juillet, les fonctionnaires de la Justice ont fait la sourde oreille à la demande du Comité des droits de l'homme de l'ONU, qui voulait connaître les mesures prises ou envisagées par Ottawa pour surveiller le comportement des pétrolières ainsi que des entreprises extractives, minières et gazières canadiennes à l'étranger, dont l’ONG chrétienne Développement et Paix a dénoncé les comportements abusifs en Amérique centrale, au Chili et en Afrique.

Les préoccupations conservatrices, loin de veiller au respect de nos lois et de préserver notre réputation internationale, vont vers des abus d’autorité, telle la loi C-51, qui ouvre la porte au Canada à des interventions dignes d’un état policier.

Un simple ajout au budget de la GRC protègerait davantage la population canadienne que criminaliser les voyages en des pays décrétés terroristes.

Enfin, le Canada est le seul pays occidental (Obama l’a fait, mais pas le Congrès américain) à ne pas avoir ratifié le Traité du Commerce des Armes adopté à l’ONU sous la pression conjointe d’Amnistie internationale et d’Oxfam, appuyés par les APLP.

 

2- Les armes nucléaires

Dans une lettre du 30 mars 2010, les Artistes pour la Paix tentèrent de convaincre le chef conservateur de la pertinence d’endosser l’engagement prioritaire du secrétaire-général de l’ONU, Ban Ki-moon, de mettre en œuvre un plan en cinq points en vue d’éliminer l’arme nucléaire, plan que le président Obama a chaleureusement salué dans son discours de Prague (2009).

Deux résolutions unanimes du Sénat et de la Chambre des Communes et les signatures de 850 membres de l’Ordre du Canada rassemblées par notre collègue de Pugwash Canada, le vétéran de la 2e Guerre Mondiale Murray Thomson, enjoignirent M. Harper de mettre en œuvre une Convention nucléaire internationale.

Feu Frédéric Back (Hommage APLP-2010) avait cette année-là offert à M. Thomson une lithographie extraite de l’Homme qui plantait des arbres, son chef d’œuvre oscarisé.

Non seulement le gouvernement conservateur a refusé d’agir dans l’intérêt du bien commun, mais les discussions du Traité de non-prolifération nucléaire à New-York se sont honteusement conclues fin mai 2015 par la complicité canadienne avec deux puissances nucléaires, la Grande-Bretagne et les États-Unis bloquant un consensus de plus d’une centaine de pays appelant à relancer une conférence TNP pour l’élimination des armes à destruction massive au Moyen-Orient.

En outre, M. Harper s’est rangé du côté des Républicains américains les plus toxiques contre les initiatives de l’ONU, d’Obama et de l’Europe qui ont heureusement réussi à dissuader l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire.

L’élimination d’armes de destruction massive a pourtant été bien entreprise dans le contexte si explosif de la Syrie, ironiquement grâce à deux éminents officiers canadiens, Walter Dorn, professeur au Royal Military College de Toronto, ex-président de Pugwash/Canada et Scott Cairns.

Ce dernier travailla courageusement au service de l’OPCW, équipe récompensée par le prix Nobel de la Paix 2013 pour sa destruction des armes chimiques du tyran Bachar al-Assad.

La position conservatrice était plutôt de bombarder la population syrienne, ce qui, la preuve en a été faite, profite ultimement …à l’État Islamique.

Quant au Prix Nobel de la Paix 2014, Malala Yousafsai, son combat pour l’éducation des filles est appuyé du bout des lèvres par le gouvernement canadien, qui lui reproche sa condamnation des raids de drones armés au Pakistan, son pays natal.

Les Conservateurs ignorent bien évidemment l’Appel Humanitaire du ministre autrichien des Affaires étrangères déjà parrainé par 117 pays (ICAN.org), qui permettrait à l’humanité de respirer un peu face à la menace nucléaire et d’épargner au moins cent milliards de dollars par année, gaspillés à la modernisation ou au remplacement de bombes nucléaires pouvant être déclenchées par accident ou par dessein terroriste.

En organisant un colloque à l’UQAM en février 2008 avec trois chercheurs de Pugwash, les Artistes pour la Paix et la directrice de l’Institut des Sciences de l’Environnement Louise Vandelac avaient fortement réagi à une intrusion abusive de M. Harper.

Il avait, en décembre 2007, renvoyé madame Linda Keen à la tête de la Commission Canadienne de Sûreté nucléaire, parce qu’elle gardait fermée la centrale nucléaire de Chalk River, dont le tritium suintait dans l’Outaouais.

Depuis lors, les Conservateurs ont transformé cette commission fédérale en lobby honteux favorisant la réalisation de tout projet douteux de réfection de centrale nucléaire et d’exploitation de mine d’uranium, mettant ainsi en danger les Canadiens.

Heureusement, ils sont informés par le Symposium international de Québec sur l’uranium organisé au printemps dernier par Ugo Lapointe. Au Québec, la sagesse a prévalu avec le déclassement de la centrale Gentilly 2, suite à la projection du film Gentilly or not to be de notre présidente Guylaine Maroist, alors qu’au Nouveau-Brunswick, la centrale Pointe-Lepreau réactivée à coûts de milliards de $ vient encore de tomber en panne.

L’aut’journal a fait état de nos calculs établissant au minimum à 9 milliards de $ l’épargne du Québec grâce aux actions du Mouvement Sortons le Québec du nucléaire (tandis que l’austérité libérale qui fait des ravages dans nos hôpitaux et écoles publiques n’a réussi qu’à couper 6 milliards $).

Quant à la vente ce printemps d’uranium canadien à une Chine qui se militarise de plus en plus et à l’Inde, un pays qui n’a même pas adhéré au Traité de non-prolifération nucléaire (ONU), voilà deux exemples de politiques nucléaires conservatrices irresponsables.

 

3- La Défense (?) nationale

Les expéditions guerrières conservatrices tant en Afghanistan, en Libye et maintenant en Irak et en Syrie, en complicité absurde avec l’Arabie Saoudite et avec l’Israël autodestructeur de Nétanyahou, ont semé chaos et destruction en contribuant à envoyer une trentaine de millions de réfugiés en exil, bon nombre d’entre eux vers la mort.

Les industries de mort (dénoncées par notre pétition déjà citée) prolifèrent sous les Conservateurs, appuyées à autres coûts de milliards de dollars par les Scotia et Royal Banks, ainsi que par les financières Sun Life et Power Corporation.

L’organisme international chrétien PAX expose en deux rapports cinglants leurs contributions à des compagnies américaines telles Lockheed Martin, Honeywell et Northrop Grumman fabriquant bombes nucléaires, F-35, drones armés, mines anti-personnel et bombes à sous-munition.

Or, on sait que ces deux derniers types d’armes, restant dans le sol après les guerres, font statistiquement entre 90 et 95% de victimes civiles, principalement des enfants et des fermiers aux mains ou aux pieds arrachés par leur explosion, souvent loin de tout établissement de santé convenable en Afrique, en Asie du Sud-est ou au Moyen-Orient.

Les Conservateurs, en plus d’être indifférents à cette terreur permanente vécue par des dizaines de pays, ont réduit la contribution canadienne à Mines Action-Canada et à Handicap International en charge de livrer des prothèses aux victimes.

Comble d’insensibilité, ils ont tenté en vain de diviser à Dubrovnik vendredi le 18 septembre les 95 pays signataires de l’accord international contre les cluster bombs, en voulant introduire d’absurdes clauses d’exceptions, heureusement rejetées, mais non sans indignation des pays signataires.

En rompant les liens diplomatiques du Canada avec l’Iran, le gouvernement conservateur a laissé sans soins canadiens des milliers de victimes de mines anti-personnel, autrefois fabriquées par SNC (Terrebonne inc.) au profit du Koweit et de l’Irak de Saddam Hussein pendant la guerre Irak-Iran, reniant ainsi le bel héritage du Traité d’Ottawa (1995).

Pourfendue par le Bloc Québécois qui en fait un enjeu électoral, la vente canadienne que nous avions dénoncée dès février 2014 (http://artistespourlapaix.org/?p=4994) de véhicules blindés au coût de quinze milliards de dollars à l’Arabie Saoudite, envenime les exactions de ce régime féodal contre le Yémen et le Bahreïn au profit du fanatisme religieux misogyne de l’Armée Islamique, d’Al-Quaeda et de la Turquie.

On connaît de plus la persécution par la famille royale de sa propre population qui veut se porter à la défense des droits des femmes et des droits fondamentaux humains, tel le blogueur Raïf Badawi, dont la famille est réfugiée à Sherbrooke.

Depuis juillet 2010, nous dénonçons, comme M. Trudeau l’a fait pendant la campagne électorale, les F-35 dont les Conservateurs avaient évalué le coût à 11 milliards de $ lors des dernières élections, alors que leur coût serait de dix fois supérieur selon le professeur Michael Byers de l’Université de Colombie-Britannique (UBC).

C’est avec la plus profonde consternation que les APLP observent que certains haut-gradés sont employés par l’industrie militaire, en conflit d’intérêt patent.

Datée du 11 septembre dernier, l'émission Enquête à Radio-Canada a soulevé un voile sur les industries de mort et leurs liens avec les décisions gouvernementales.

Après avoir enquêté sur 514 957 contrats militaires accordés par la Défense (et les Travaux Publics) dans les dix dernières années, Enquête a constaté que 30% des contrats qui totalisent 137 milliards de $ ont été accordés sans appels d'offres par le gouvernement conservateur.

General Dynamics (qui a repris l’usine Terrebonne inc.), en particulier, a récolté pour 4,5 milliards de $ de contrats dont 95% de gré à gré.

C'est d'ailleurs pour leurs liens avec l'industrie militaire que les APLP avaient par le passé réclamé la démission des ministres Gordon O'Connor et Peter McKay ainsi que du général Hillier.

L'émission révélait en outre que Luis de Sousa, brigadier général de l'Armée canadienne, est AUSSI cadre chez General Dynamics, qui a reçu le gros du contrat de vente des véhicules blindés à l'Arabie Saoudite.

L'émission Enquête remerciait l'Institut RIDEAU dont la présidente, Peggy Mason, qui fut ambassadrice du Canada pour le désarmement, est parmi les signataires de notre pétition.

Tout ceci est tristement conséquent avec un gouvernement qui a détruit le registre des armes à feu au civil et refusé de signer le Traité du Commerce des Armes mis de l’avant par l’ONU.

Les conditions déplorables de la mission canado-afghane que le général Rick Hillier (hélas, crédibilisé par les citations du NPD et du Parti Libéral qui croient naïvement profiter de son agressivité envers les Conservateurs) avait tenu à entreprendre à Kandahar, le lieu de tous les dangers, ont entraîné des milliers de cas de stress post-traumatique et de dépressions chez nos vétérans, impliqués malgré eux dans le scandale de la torture de prisonniers afghans.

L’esprit de vengeance mesquin des Conservateurs et leur ignorance de la loi ont entraîné l’enfant-soldat Omar Khadr dans des conditions de captivité extrêmes à Guantanamo pour la moitié de sa jeune vie.

L’ascension du colonel psychopathe Russell Williams dans les rangs de l’état-major, les paroles malencontreuses du démissionnaire général-en-chef Tom Lawson et le récent cas de Mason Stalker trahissent deux manques de volonté flagrants chez nos haut-gradés, choyés par les Conservateurs : celui de mettre en œuvre des politiques adéquates pour juguler le harcèlement sexuel et l’homophobie endémiques à l’intérieur des Forces Armées (cf. rapport Marie Deschamps) et celui de soigner les vétérans qui se heurtent à des portes closes de centres de soins fermés par les coupures budgétaires conservatrices.

C’est donc avec la plus vive appréhension qu’on envisage les conséquences de l’entraînement par un détachement de nos «forces» machistes de l’armée ukrainienne, dont une part est gangrenée par des éléments nazis.

 

4- Politique extérieure

Le Canada de Harper se fie désormais exclusivement à l’OTAN, dont les Artistes pour la Paix réclamèrent le démantèlement, en même temps que la fin du Pacte de Varsovie, il y a vingt-cinq ans.

L’OTAN est devenue, et pas seulement aux yeux de M. Poutine, un instrument impérialiste radicalisé. Par exemple, en violation de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU originalement acceptée par la Chine et la Russie pour protéger les rebelles de Benghazi en mars 2011, les F-18 canadiens ont bombardé avec de prétendues «frappes stratégiques» la Libye du sud au nord, avec pour conséquences la mort du despote Kadhafi et conséquemment la dissémination désastreuse des armes libyennes dans le Mahgreb entier : Tunisie, Égypte, mouvements Boko Haram et Shebabs jusqu’aux rebelles du Kénya, du Soudan, de la Somalie et du Yémen se réclamant de l’Armée Islamique, d’Al-Nusra ou d’Al-Quaeda.

Les agissements expansionnistes de l’OTAN ont aussi en partie provoqué l’annexion de la Crimée, que l’analyse politico-historique du professeur émérite Jacques Lévesque (UQAM) explique clairement, en se gardant toutefois de la justifier.

Enfin, les bombardements de l’OTAN viennent de causer une énième catastrophe, la destruction complète d’un hôpital à Kunduz en Afghanistan avec la mort de vingt-deux employés et enfants hospitalisés.

Cet «accident», négligemment qualifié d’avoir causé «des victimes collatérales », a fait sortir de ses gonds l’éminente docteure Joanne Liu, urgentologue montréalaise et présidente de Médecins Sans Frontières qui exige une enquête impartiale non confiée aux militaires.

Les Conservateurs ont en outre supprimé le financement d’organismes comme le Centre Pearson pour le maintien de la paix, le Réseau francophone de recherche sur les opérations de la paix et assassiné le Centre Droits et Démocratie en faveur duquel nous avions manifesté dans la rue en 2011 devant les bureaux montréalais de son directeur.

Les politiques conservatrices ont été décriées par l’ensemble des opinions intellectuelles respectables, à l’exception de très rares journalistes et autochtones comme Pamela Wallin, Mike Duffy et Patrick Brazeau que M. Harper a aussitôt nommés au Sénat. On sait maintenant à quelle idéologie vénale tenait leur allégeance conservatrice…

Si on a besoin d’être davantage convaincu de l’objectivité de notre analyse sur la politique extérieure désastreuse du gouvernement conservateur, on ira voir le film Le pays qui dit non de l’ex-journaliste Hélène Pichette pour entendre des témoignages qui concordent de Joe Clark et autres acteurs clés de la diplomatie canadienne qui furent actifs à l’ONU, telle madame McAskie.

 

5- Autochtones

Non seulement les Conservateurs font-ils la sourde oreille aux conseils avisés des professeurs et chercheurs de diverses universités, mais encore ils les musèlent en coupant leurs fonds et en dénigrant leurs rapports, au profit d’une idéologie rétrograde au service des puissants, au détriment des plus démunis.

Les autochtones ont tenu la réunion de leurs chefs le 7 juillet à Montréal sans la présence de M. Harper qui a en outre refusé de déclencher une enquête sur la disparition de 1200 femmes autochtones unanimement demandée par les partis d’opposition, le NPD de Roméo Saganash en tête.

Les Conservateurs ont fait en sorte que le Canada soit un des trois derniers pays à signer la Déclaration autochtone de l’ONU.

La Commission Vérité et Réconciliation, dont les Artistes pour la Paix saluent la courageuse conclusion, dénonce le génocide culturel perpétré à l’endroit des enfants des Premières Nations arrachés à leurs parents puis agressés dans des pensionnats de la honte où on tentait d’éradiquer leurs langues, leurs cultures et leurs traditions.

Le premier ministre Harper a offert des excuses officielles au nom du Canada, mais a continué de couper les fonds qui changeraient les conditions de vie à l’intérieur des réserves, agressées par les sables bitumineux en Alberta et coupées d’eau potable.

Nos hommages au cours des ans à Florent Vollant, Bruno Roy, Chloé Sainte-Marie, Gilles Carle, Marie-Claire et Richard Séguin, Alanis Obomsawin et feue Myra Cree montrent combien nos liens avec les communautés autochtones et métis nous tiennent à cœur.

 

6- Les arts, l’environnement et la question québécoise

Pour les points qui concernent le domaine artistique, nous nous contenterons de citer le réputé dramaturge Robert Lepage, directeur artistique de la compagnie Ex Machina, lors du rassemblement organisé par le Mouvement pour les arts et les lettres à Québec le 3 septembre 2008.

Il y avait dénoncé le gouvernement conservateur pour ses « compressions budgétaires - quinze programmes tués ces derniers mois! - dans le secteur des arts et de la culture, niant l'importance économique, diplomatique et identitaire de la production artistique québécoise et canadienne ».

Or, les sept dernières années ont vu l’aggravation de ces compressions éliminant tour à tour le programme de tournées internationales des artistes, les budgets créatifs de la Société Radio-Canada et l’ensemble du budget de la diplomatie et du ministère des Affaires étrangères favorisant les échanges culturels internationaux.

L’insensibilité aux arts est patente chez les candidats conservateurs au Québec, dont 88% sont des hommes, proportion honteuse face à l’effort que devraient consentir les démocraties à la mixité des parlements : nous saluons en contrepartie les 47% de femmes candidates du NPD au Québec!

Les Artistes pour la Paix ont endossé dès son lancement le manifeste de l’Élan global, repris par le Manifeste du Grand Bond en avant (Great Leap Forward), et dénoncé tout projet de pipeline, en particulier celui d’Énergie-Est qui menacerait le fleuve Saint-Laurent et des dizaines de ses affluents.

Nous sommes donc vivement contrariés et inquiets par la complicité conservatrice avec une industrie pétrolière d’une autre ère, alliée aux républicains militaristes américains qui ont besoin d’un accès au pétrole pour leurs machines de guerres.

Les Conservateurs ont tout misé sur la prolifération du pétrole sale des sables bitumineux et ainsi fragilisé l’économie canadienne, alors que tous les autres grands pays industriels pollueurs ont déjà entrepris le virage vert de l’électricité éolienne, solaire ou thermique et s’apprêtent à en tirer – avant nous - un avantage économique.

Que dire de la récente et controversée nomination d’un représentant de la pétrolière Kinder Morgan à l'Office national de l'énergie (ONÉ), pourtant mandaté pour décider de manière impartiale du sort des projets d'oléoducs de pétrole et de gaz?

Un exemple patent de conflit d’intérêts, comme le parti-pris des Conservateurs au pouvoir au Canada né du Reform Party en Alberta pour le pétrole des sables bitumineux, pourtant responsable de la plus grosse production de gaz à effets de serre au monde.

Le Canada méprise les efforts environnementaux de l’ONU et demeure le seul pays à s’être retiré du protocole de Kyoto, pourtant bien défendu par Stéphane Dion.

Que dire de l’absence du premier ministre au récent Sommet des Amériques sur le climat à Toronto?

Seul un changement de gouvernement permettrait au Canada de redorer son blason lors de la COP21, le grand rendez-vous environnemental de décembre à Paris.

Il pourrait échapper à sa collection de récompenses de plus grand cancre environnemental de la planète pour enfin faire sa juste part en s’attaquant au réchauffement climatique mondial et en épaulant les pays les plus touchés, inondés ou en proie à des sécheresses catastrophiques.

Quant à la question québécoise, les Conservateurs se sont alignés sur les Libéraux lors du premier débat des chefs en reprochant au NPD d’adhérer à la loi constitutionnelle du 50% des voix + 1 s’il y avait référendum sur la séparation du Québec.

Indépendamment des opinions politiques de nos membres dont plusieurs furent ou sont favorables à l’indépendance, cette attaque contre un principe démocratique de base va à l’encontre, croyons-nous, d’une position de paix pourtant éprouvée par l’histoire, puisque faire dépendre l’indépendance d’un peuple à un pourcentage de votes impossible à atteindre risquerait de provoquer la réémergence funeste de groupes violents et désespérés tel le FLQ.

Pour l’amour de la paix, commençons par écarter les Conservateurs du pouvoir et tout redevient possible.

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