Si j’comprends bien…

2015/10/21 | Par Michel Rioux

À une Lise Payette interloquée devant sa réponse, Willie Lamothe avait répliqué : « Ma chère Lise, je préfère passer ma vie incompris que de la passer à m’expliquer. » Elle lui avait demandé si cela le mettait mal à l’aise de savoir qu’il était incompris dans les milieux où s’agitent les beaux esprits et les bien-pensants.

Depuis un certain temps, le survol de l’actualité rend en effet difficile de bien comprendre le sens profond de certaines choses.

Cette difficulté lancinante m’a rappelé qu’il y a une cinquantaine d’années, un animateur de Télé-Métropole, l’ineffable Alban Flamand, relançait ses entrevues en demandant à son invité : « Si j’comprends bien… »

Ce qui m’a amené à me poser quelques questions…

Si j’comprends bien, le premier ministre Couillard a beaucoup d’admiration pour Dan Gagnier. Ce monsieur, homme d’influence s’il en est, ci-devant chef de cabinet de Jean Charest, vice-président d’Alcan, codirecteur de la campagne de Justin Trudeau et, surtout, lobbyiste fort actif pour TransCanada, la maison des pipelines, est mandaté par le gouvernement québécois pour négocier avec les Cris. Fort bien. Une chose me titille cependant. Ce sont les Cris qui ont demandé que ce soit Dan Gagnier qui représente l’État québécois. Ce que précise une dépêche en provenance de Reykjavik : « Philippe Couillard a aussi souligné que M. Gagnier a été nommé à la demande des Cris ».

Si j’comprends bien, si les syndicats du secteur public, par exemple, demandaient au gouvernement que Gabriel Nadeau-Dubois le représente dans ses négociations avec les syndicats du secteur public, on pourrait entendre Philippe Couillard vanter les mérites de GND pour la conclusion d’un accord rapidement conclu ?

Si j’comprends bien, pour faire plaisir à un dénommé Desjardins, qui chronique dans Le Devoir du samedi, il aurait fallu que, pour se démarquer de Stephen Harper, Gilles Duceppe soutienne le contraire de la position que lui et le Bloc québécois ont défendue depuis une dizaine d’années. À savoir qu’on vote, qu’on prête serment, qu’on donne et reçoit des services de l’État le visage découvert. « Le parti de Gilles Duceppe a flairé le filon et sauté dans le wagon du racisme ordinaire », a-t-il écrit du haut de sa suffisance, apparemment sans broncher. Aurait-il fallu aussi que, pour prendre ses distances de Harper, qui mange sans doute avec un couteau et une fourchette, Duceppe décide de manger avec ses doigts ?

Si j’comprends bien, la longue campagne électorale aura permis de découvrir le, ou plutôt les vrais visages de Tom-Thomas Mulcair. Disons, pour demeurer dans l’air du temps, que le niqab est finalement tombé, laissant voir un fieffé opportuniste qui avait réussi jusque-là à faire illusion. Rarement aura-t-on assisté, dans l’histoire électorale, à une dégringolade aussi fracassante. Tant il est vrai, comme le croit la sagesse populaire, que « toutte finit par se savoir ».

Si j’comprends bien, le ministre Denis Lebel aurait obtenu une promotion récemment. Son patron à Ottawa lui a confié le soin de s’adresser, en lieu et place des ministres unilingues anglophones, à ces citoyens de deuxième classe que sont les francophones. C’est ainsi qu’en utilisant le JE dans une adresse au maire de Montréal, on devait comprendre que ce JE était celui de la ministre fédérale de l’environnement et députée du Nunavut, Leona Aglukkaq. Ainsi donc, ce ministre serait plutôt un ventriloque dont la langue est activée par quelqu’un d’autre, à Ottawa. On l’a échappé belle ! Une erreur de programmation aurait pu le faire parler en inuktitut…

Si j’comprends bien, c’est une vocation fort tardive pour les conservateurs de se dresser en protecteurs de l’environnement. En lançant un arrêté ministériel au maire Coderre l’enjoignant de sursoir au déversement prévu, Denis Lebel a oublié que, dans sa propre région, pas moins de 13 municipalités, dont cinq sont situées dans son comté, déversent 24 heures par jour, sans traitement, leurs eaux usées dans le lac Saint-Jean, la rivière Saguenay et leurs affluents. À croire que la merde de ce coin de pays – comme celle de cette belle ville british de Victoria, en passant – serait moins toxique que celle de Montréal.

Enfin, si j’comprends bien, ceux qui sont convaincus qu’il y a quelque chose dans l’eau, à Québec, en auront eu une preuve irréfutable le soir du 19 octobre.

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