Bombardier : Il est anormal que les Québécois prennent tous les risques

2015/10/30 | Par Pierre Dubuc

Il est anormal que ce soit le gouvernement et les contribuables québécois qui prennent tous les risques avec un investissement de 1,3 milliard pour sauver la C-Series de Bombardier. Quand est venu le temps de venir en aide à l’industrie automobile en Ontario en 2009, le fédéral a allongé 9 milliards $, soit la part du lion de l’aide de 13,7 milliards $.

Dans le Globe and Mail de ce matin, il est rapporté qu’Alain Bellemare, le pdg de Bombardier, a fait des représentations avant et pendant la campagne électorale auprès du gouvernement Harper pour une aide de 350 millions $. Mais sans succès.

Le Globe laisse entendre que Bombardier aurait fait un mauvais choix d’affaires avec la C-Series. Mais les mauvais choix d’affaires de Chrysler et GM n’ont pas empêché les gouvernements canadien et ontarien de leur verser 13,7 milliards $, de l’argent dont le quart vient des 45 milliards $ que les Québécoises et les Québécois versent chaque année en impôts à Ottawa.

Le peu d’empressement du gouvernement Harper à répondre à la demande d’aide de Bombardier n’est pas attribuable au contexte pré-électoral.

Une étude réalisée par l’économiste Gabriel Ste-Marie nous apprend que le gouvernement conservateur a créé, au cours de son mandat, le programme Initiative stratégique pour l'aérospatiale et la défense (ISAD). Des 1,1 milliard $ d’aide allouée en vertu de ce programme, 71% l’a été à des entreprises situées en Ontario!

La tiédeur du gouvernement Harper à l’égard de Bombardier ne devrait pas nous étonner. Il faut se rappeler que Stephen Harper a rompu avec le Parti conservateur et s’est activé à la création du Reform Party, suite à l’octroi, en 1986, par le gouvernement Mulroney d’un contrat de 1,2 milliard $ pour l’entretien de 138 avions CF-18 à Canadair – devenu aujourd’hui Bombardier – plutôt qu’à Bristol Aerospace de Winnipeg.

Il ne faudrait pas s’attendre à un meilleur accueil de la part du nouveau gouvernement Trudeau.

La future chef de cabinet du premier ministre Trudeau sera fort probablement Katie Telford et Gérard Butts est son principal conseiller. Les deux ont fait leur classe dans le gouvernement libéral de Dalton McGuinty en Ontario. Katie Telford était chef de cabinet du ministre de l’Éducation Gérard Kennedy et Gérard Butts était premier secrétaire au bureau du premier ministre McGuinty.

On a aussi été témoin cette semaine de la chaleureuse accolade entre Justin Trudeau et la première ministre Kathleen Wynne de l’Ontario. Mme Wynne a appuyé ouvertement le Parti Libéral et son chef et elle s’attend à un retour d’ascenseur pour sa province. Il ne serait donc pas étonnant que le programme ISAD soit reconduit sous les libéraux et que l’industrie aérospatiale poursuive son déplacement du Québec vers l’Ontario.

L’octroi d’un éventuel prêt de 350 millions $ du gouvernement Trudeau à Bombardier, comme on le laisse entendre, serait près de quatre fois moins que l’aide du gouvernement du Québec!

Quand GM a fermé son usine au Québec, le Premier ministre d’alors, Jean Chrétien, a déclaré aux travailleurs de l’usine de Ste-Thérèse : ‘‘L’industrie automobile est en Ontario; l’industrie aérospatiale au Québec. Le gouvernement fédéral va aider l’industrie aérospatiale au Québec, comme il aide l’industrie automobile en Ontario’’. Dire qu’il y en a qui l’ont crû!

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