Les coopératives forestières inquiètes pour les régions

2015/11/19 | Par Jocelyn Lessard

L’auteur est directeur général de la FQCF

Alain Paradis, président de la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF), veut ajouter la voix de son organisation à celle du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ) pour souligner l'importance d'améliorer la compétitivité du secteur.

Depuis un mois, André Tremblay, pdg du CIFQ, fait la tournée des chambres de commerce du Québec pour exposer la situation délicate dans laquelle se trouve l'industrie. En s'appuyant sur des données élaborées par une firme indépendante, M. Tremblay fait la démonstration que le Québec est défavorisé par rapport à ses compétiteurs.

Le coût de la fibre a augmenté de 24 % par rapport à 2014 et elle est la plus chère au Canada, alors qu'en même temps, c'est ici que les arbres sont les plus petits. Les coûts reliés à l'action gouvernementale ont progressé de 84 % depuis 2014. Dans ce contexte, l'industrie québécoise arrive 25e sur 27 pour sa rentabilité et elle est incapable d'investir.

La valeur du dollar canadien et les coûts du carburant ont diminué et les prix sur le marché se sont légèrement améliorés, mais l'augmentation du coût de la fibre et la diminution de la valeur des copeaux annulent en ce moment ces avantages concurrentiels.

Alors que nous devrions, comme dans le reste du Canada, être en train de nous refaire une santé financière après plusieurs années de crise, ce n'est pas ce qui se produit.

Les coopératives forestières confirment que la période est très difficile. Nos clients industriels sont incapables d'améliorer nos conditions qui stagnent depuis plusieurs années. Nos membres entrepreneurs forestiers subissent cette pression. Tous leurs fournisseurs en région sont dans la même logique. Le cercle vicieux affecte sérieusement la vitalité de nos communautés qui dépendent encore beaucoup de l'activité forestière.

Les coopératives forestières pointent du doigt le nouveau régime forestier qui a été mis en place en 2013 pour expliquer une partie des problèmes qui affectent toute la chaîne de valeur.

Certes, ce nouveau régime a permis de moderniser la gestion des forêts publiques québécoises. Des ajustements importants doivent cependant y être apportés pour améliorer la compétitivité du secteur, sans compromettre les autres avancées. Après presqu'une décennie de crise, l'élastique ne pourra plus être étiré longtemps. Il faut une réponse rapide du gouvernement.

La FQCF appuie la demande de réviser les modalités pour le paiement de la rente annuelle des détenteurs de garantie d'approvisionnement. Elle souhaite aussi que le BMMB revoit une partie de son processus de vente de bois pour augmenter la proportion de ventes des volumes offerts sur le libre marché afin de s'assurer de mesurer leur valeur réelle.

Les coopératives veulent également qu'un programme de partage des coûts des chemins à usage multiple soit mis en place dont les industriels assument presque toute la facture actuelle. Il permettrait de faire diminuer les coûts d'approvisionnement.

Enfin, considérant l'ampleur des surplus hydroélectriques, il serait stratégique de les utiliser en proposant des tarifs préférentiels aux usines de pâtes et papiers afin de préserver notre structure industrielle. La combinaison de toutes ces mesures ferait baisser le coût de la fibre d'environ 10 $ par mètre cube.

Les coopératives sont bien conscientes que l'état des finances publiques ne permet pas une grande marge de manœuvre. Cependant, à l'instar de l'industrie forestière, la Fédération est aussi persuadée que l'augmentation du niveau de prélèvement de 4 millions de m3, qui sont disponibles, permettrait de rétablir l'équilibre des revenus pour l'État tout en préservant des dizaines de milliers d'emplois.

La tournée du CIFQ aura probablement servi à mobiliser d'autres acteurs de la société québécoise. La Fédération veut ajouter sa voix à celles de tous ceux qui croient que la foresterie québécoise a encore un bel avenir devant elle, si l'on met les efforts nécessaires pour améliorer sa compétitivité.

 

À propos de la FQCF

La Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) regroupe et représente des coopératives forestières de travailleurs et de producteurs, actives dans le milieu forestier, dans toutes les régions du Québec. Ses 33 coopératives membres donnent du travail à plus de 3 200 personnes et génèrent un chiffre d’affaires annuel de plus de 260 millions de dollars.

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