L’Un et L’Autre dans la question des réfugiés

2015/11/19 | Par Paul de Bellefeuille

En ces jours sombres qui suivent l’attaque sur Paris revendiqué par EI (État islamique) et les réfugiés syriens qui fuient leur pays en guerre, il est fréquent d’entendre, chez certains commentateurs, l’argument de la peur de l’Autre pour expliquer une certaine résistance à ouvrir nos bras et nos frontières à ces réfugiés syriens.

L’Autre est peut-être un concept utile en philosophie ou en psychologie, mais ne nous est d’aucune utilité pour comprendre les craintes légitimes d’une collectivité. Et puis l’étendard de la peur de l ’Autre, concept abstrait mais néanmoins culpabilisateur, fait reposer sur les épaules de l’Un tout le poids de la responsabilité et de la culpabilité quant à la fermeture exprimée par cet Un qu’on ne nomme jamais.

S’il y a un Autre, il doit bien exister un vis-à-vis tout aussi abstrait que l’on nommera l’Un. Mais de qui parle-t-on quand on invoque l’Autre sans identifier l’Un son partenaire? Il faut se méfier de tels concepts qui totalisent une réalité forcément fragmentée.

Le Québec a connu tout au long de son histoire différentes vagues d’immigration et a su les intégrer à la société d’accueil. Et cela ne s’est jamais déroulé en parfaite harmonie d’un côté comme de l’autre.

L’arrivée de nouveaux migrants génère forcément des tensions dans l’ordre social existant lui-même traversé par de persistantes tensions dans sa vie collective. Pensons, à titre d’exemple, au conflit permanent entre les deux communautés linguistiques, anglophone et francophone, et au conflit de classes tout aussi présent dans la vie de la société québécoise.

L’actuel conflit dans les négociations du secteur public en est la parfaite illustration. Il y a toujours un jeu d’équilibre/déséquilibre provoqué par le mouvement aléatoire des plaques tectoniques d’une société.

Le défi consiste donc à préparer l’Un et l’Autre au choc de la rencontre prochaine. Et chaque vague d’immigration, volontaire ou provoquée par des événements hors de notre contrôle et généralement par des guerres, se doit d’être comprise dans ses particularités.

Nous devons donc bien préparer le terrain, non seulement pour nous assurer collectivement de notre sécurité intérieure mais aussi pour une intégration réussie de ce nouveau groupe qui vient se joindre à nous. Les présentations sont donc d’usage.

À chaque fois qu’un groupe vient se joindre à la société d’accueil, il est pour le moins nécessaire de se présenter d’une part et de connaître minimalement qui vient nous rendre visite. Le contexte particulier de l’un et l’autre rend nécessaire cette démarche première de communication.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que le contexte géopolitique actuel en Syrie mais aussi dans tout le Moyen-Orient, et ses conséquences au sein même de notre univers occidental depuis le 11 septembre 2001 et depuis le 13 novembre 2015 à Paris, provoque des craintes légitimes.

La pétition initiée pour suspendre l’arrivée des 25 000 Syriens au Canada, et non pas interdire la venue de ces réfugiés, révèle certainement une crainte surtout qu’on agisse dans la précipitation. Il faut effectivement, comme société d’accueil, bien se préparer à recevoir ce flot de réfugiés et ce pour une intégration réussie à leur nouvelle communauté.

La première de ces conditions est de dresser un portrait rassurant de ce groupe dans un contexte où certains médias traditionnels et les médias sociaux nous inondent d’images et d’informations pas du tout rassurantes. Il faut donc prendre le temps de bien préparer les citoyens et citoyennes sur la composition de cette vague de réfugiés.

Les maires de Québec et de Montréal, certains ministres du gouvernement québécois et différents intervenants du milieu communautaire, appelés à jouer un rôle important dans cette intégration, ont bien compris que la première condition pour une intégration réussie était de ne pas agir avec précipitation. Il semble bien que le seul à ne pas l’avoir compris est notre nouveau Premier ministre canadien Justin Trudeau. Et on comprend mal cet entêtement ma foi infantile.

M. Trudeau est en train de rater son premier test important en tant que chef d’État. Il se doit d’écouter les signaux venus de la société mais il n’en fait qu’à sa tête. Cette attitude augure mal pour la suite de son mandat politique à la tête du Canada. Prenons le temps de bien respirer par le nez!

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