Montée du Front national

2015/12/10 | Par Sol Zanetti

L’auteur est chef d’Option nationale

Les résultats obtenus le 6 décembre par le Front national au premier tour des élections régionales confirment la tendance à la hausse de son appui en France depuis quelques années. Un des éléments ayant permis cette croissance est essentiellement une efficace campagne de communication visant à « dédiaboliser » le parti aux yeux de l’électorat français. Mais ce parti a-t-il fondamentalement changé depuis l’époque où Jean-Marie Le Pen le dirigeait, ponctuant l’actualité de propos ouvertement xénophobes et antisémites ? La parade de surface est trompeuse ; en grattant un peu, le fondement idéologique demeure le même.

Aujourd’hui, le FN se défend d’être le parti d’extrême droite qu’il fut ouvertement avant. Certaines de ses positions eurosceptiques et de ses politiques de redistribution de la richesse rejoignent en apparence celles de la gauche. Il veut augmenter le pouvoir d’achat des plus bas salariés et des aînés, appliquer des mesures protectionnistes, favoriser l’achat local en agriculture et sabrer les salaires des élus. Si on ne s’en tenait qu’à ces éléments de son programme, on ne comprendrait pas pourquoi il s’agit d’un parti d’extrême droite.

Toutefois, le FN continue de mener de violentes charges antisyndicales, de souhaiter la dérégulation du temps de travail, de vouloir le retour des enfants dans les usines avec l’apprentissage de métiers dès 14 ans ou encore de promouvoir la suppression de l’impôt sur la fortune (mesure qui satisferait le père Le Pen, millionnaire)… Dans le fond, le Front de 2015 ne s’éloigne guère de ses vieux relents anti-État providence de naguère. Alors, présenter Marine Le Pen comme « de gauche » n’est pas plus crédible que lorsque l’on présentait jadis Jean-Marie Le Pen comme le Reagan français.

L’ADN du FN ressort surtout lorsqu’on jette un coup d’oeil à ses politiques d’immigration et de défense. Les frontistes veulent réduire l’accueil d’immigrants par vingt fois, interdire les manifestations de soutien aux clandestins, expulser les immigrants qui ne se trouvent pas de travail après un an, rétablir la peine de mort, augmenter significativement les effectifs de la gendarmerie, créer 40 000 nouvelles places dans les prisons, augmenter à 2 % du PIB les dépenses militaires et réaffirmer le concept de dissuasion nucléaire.

Du côté des droits individuels, le FN flirte avec l’idée de rendre l’avortement moins accessible et de revenir en arrière sur la légalité du mariage homosexuel, pour ne citer que quelques exemples. Bref, le programme du FN menace les libertés individuelles et les droits des minorités, surtout si elles ont le malheur de ne pas être de citoyenneté française.

Qu’un État veuille défendre ses intérêts et protéger son peuple est parfaitement légitime. Mais… le protéger de quoi, au juste ? C’est à cette intersection que le nationalisme peut dérailler. Lorsqu’un peuple se met à vouloir se protéger de ses minorités, il y a un problème. Ce sont les minorités qui ont besoin de protection et non l’inverse. Lorsqu’on pense que le problème, ce sont les Juifs, les musulmans, […] on désigne des individus et on s’égare. Les êtres humains ne sont pas des problèmes, ce sont des fins en soi et ils ont une dignité inaliénable. Le reconnaître, c’est la condition même de l’humanisme. Ne pas le reconnaître, c’est se ranger du côté obscur du nationalisme.

Les problèmes auxquels sont confrontés les peuples, ce sont des systèmes économiques et politiques, des régimes, des idéologies. La grande politique consiste à changer le système, pas à s’attaquer aux individus. […]

Par chance, le nationalisme ne se réduit pas à la dérive du FN. Le nationalisme peut également être un projet d’émancipation, une façon de donner aux peuples des outils pour s’épanouir et enrichir la diversité culturelle internationale.

Le nationalisme des peuples sans État, comme celui du Québec, du Jura Sud en Suisse, de l’Écosse et de la Catalogne, lorsqu’il vise la dignité et la liberté, est un nationalisme qui fait avancer l’humanité. On peut aimer son peuple sans rejeter les autres. C’est d’ailleurs la seule façon de donner à ces autres l’envie d’en faire partie.

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