Fidel, le Canada et l’apartheid

2016/12/01 | Par Robin Philpot

La réaction de la classe politique québécoise et canadienne au décès de Fidel Castro est pour le moins désolante. De Justin Trudeau, qui prend une bonne position, puis recule; aux députés de l’Assemblée nationale qui n’arrivent pas à voter une résolution, même diluée et mielleuse; à Thomas Mulcair, qui recommande de méditer sur l’héritage de Fidel, sans exprimer sa propre position. Idem pour une bonne partie des médias.

À titre d’exemple, Michel David, dans une litanie de reproches adressés à Fidel Castro (et à Justin Trudeau par ricochet), écrit : « Sans oublier les malheureuses interventions des troupes cubaines en Afrique » (Double Erreur, Le Devoir 29/11/16, A3).

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est surprenant de le voir contredire tant de personnes respectées, qui se sont prononcés sur le rôle de Fidel Castro et des troupes cubaines en sol africain.

Nelson Mandela, fraîchement sorti de prison, s’est rendu à Cuba en 1991 pour remercier Fidel et le peuple cubain de leur contribution inégalée à la défaite du régime d’apartheid.

« Nous sommes venus pour reconnaître notre immense dette au peuple cubain, a déclaré Mandela. Quel autre pays possède une telle histoire de soutien désintéressé au peuple africain ? … Votre participation à la bataille de Cuito Cuanavale [en Angola contre l’Afrique du Sud fortement soutenue par la CIA] a une signification historique. La défaite décisive de l’armée raciste à Cuito Cuanavale a été une victoire pour toute l’Afrique… Cela a détruit le mythe l’invincibilité de l’armée de l’oppresseur blanc. »

Aussi, dès 1977, dans le New Left Review, Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de la littérature, ne cessait de s’étonner de la contribution de Cuba et de Fidel lui-même au combat contre le régime de l’apartheid. Il suivait les troupes cubaines en Angola d’heure en heure.

Garcia Marquez cite un commentaire de Henry Kissinger qui se lamentait au président du Venezuela du mauvais état des services de renseignement étasuniens : « Nos services sont tellement mauvais que nous n’avons découvert la présence de troupes cubaines en Angola que lorsqu’elles étaient déjà sur place ».

Bref, pour Fidel et Cuba, les bottines devaient suivre les babines, sinon les devancer, contrairement aux Etats-Unis et au Canada sous Trudeau père où même les babines ne troublaient pas le régime de l’apartheid.

Rappelons le silence de Trudeau père au sujet du régime sud-africain, lui qui devait garder le silence pour avoir l’appui de Margaret Thatcher pour son coup de force (voire d’État) de 1982 contre le Québec.

Par ailleurs, on fait grand cas des relations entre Trudeau père et Fidel Castro. Mais on ne souligne pas les raisons qui l’ont cité à se rapprocher de Cuba. Outre le fait que Trudeau père trouvait dans le Cuba de Fidel une façon de réaffirmer son existence devant l’empire américain, comme l’a bien remarqué Pierre Dubuc, il le faisait pour damer le pion du Québec, dont tant de militants et de dirigeants indépendantistes se sont inspirés de Fidel.

On n’a qu’à se rappeler la déclaration du super-ministre des stratèges du gouvernement Trudeau, Mitchell Sharp, selon laquelle : « Absolument tout ce que faisait le gouvernement visait à contrer le séparatisme au Québec ».

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