Le secret de Fatima

2017/02/15 | Par Michel Rioux

Il ne sera pas ici question de madame Houda-Pepin, prénommée Fatima, qui, à sa manière pas toujours agréable peut-être, intervient régulièrement pour rappeler quelques essentiels touchant la laïcité. À ce titre, avec Djemila Benhabib, elle forme une belle paire de défenseures de certaines valeurs démocratiques trop souvent occultées dans certains milieux.

Non. Je fais plutôt référence à ce petit village de la région de Santarem, au Portugal où, en 1917, trois jeunes bergers ont eu la chance de voir apparaître au fond d’une grotte une belle dame toute de bleu habillée, la Vierge Marie.

Lucia, Jacinta et Francisco reçurent alors de la bouche même de la Vierge trois secrets. Les deux premiers ont été révélés rapidement. Après des dizaines d’années pendant lesquelles les exégètes ont tenté de connaître le mystère du troisième secret, Jean-Paul II fit savoir, en 1981, qu’il était question de la Russie, pays dont l’athéisme peinait Dieu lui-même à ce qu’il paraît. JP II, en fin politique, avait su instrumentaliser ce secret dans son propre intérêt et celui du monde qu’on disait alors « libre ».

Or, nous savons plutôt, de source vaticane bien informée, que la Vierge aurait plutôt versé une larme en soupirant… Pauvre Canada, c’est bien ce qu’elle aurait murmuré. Le pape, qui allait nous rendre visite trois ans plus tard, ne voulait sans doute pas faire de peine à ses futurs hôtes en livrant ce troisième secret.

Toujours est-il que ce pays, dont un ancien premier ministre a déjà dit qu’il était « le plusse beau du monde » se porte relativement bien en dépit de toutes les vicissitudes qu’il a pu connaître depuis 150 ans. Dans le concert des nations, il est tenu pour un poids mouche qui, justement, ne ferait pas de mal à une mouche…

Et pourtant !

Qui se souvient du fameux règlement 17 adopté en Ontario 5 ans avant les apparitions de Fatima ? Un règlement qui faisait des francophones de cette province des citoyens de seconde zone à qui était nié le droit de s’instruire en français. « Prussiens de l’Ontario », avait clamé Henri Bourassa dans Le Devoir.

Qui se souvient du sort réservé aux Sauvages dans la Loi sur les Indiens de 1876 ? Cette loi calquée sur les bantoustans d’Afrique du Sud avait été précédée, en 1857, d’un « Acte pour encourager la civilisation graduelle des tribus sauvages en cette province, le Canada », suivi une dizaine d’années plus tard d’un « Acte pourvoyant à l’émancipation graduelle des Sauvages ». Les soi-disant sauvages, pupilles malgré eux de la Reine ou du Roi d’Angleterre, c’est selon, ont été victimes d’une tentative massive d’assimilation avec le système des pensionnats. La Commission vérité et réconciliation a écrit qu’un « État qui détruit ou s’approprie ce qui permet à un groupe d’exister, ses institutions, son territoire, sa langue et sa culture, sa vie spirituelle ou sa religion et ses familles, commet un génocide culturel. » La chose ne s’est pas tellement sue dans les autres capitales.

Qui se souvient que, dans toutes les provinces canadiennes, on voyait à une certaine époque des affiches au message non équivoque : « No Jews, no dogs allowed » ? Faut-il s’en étonner quand on sait que le premier ministre Mackenzie King était un antisémite notoire et que le Canada, de tous les pays occidentaux, est celui qui a admis le moins de Juifs d’Europe durant les années 30 et 40. Les autres capitales ont fait semblant de ne pas s’en apercevoir, faut croire !

Qui se souvient encore des Mesures de guerre, de l’emprisonnement de 500 personnes en 1970, des basses œuvres de la RCMP sur le territoire québécois, du coup de force constitutionnel, du référendum volé en 1995, du scandale des commandites ? Oublié tout ça.

On a assisté récemment à un spectacle de haut niveau livré par deux comédiens en pleine possession de leur art. Deux hommes qui carburent aux selfies où ils se mettent en scène pour le plus grand plaisir des badauds.

Même si les médias français en ont fait leur coqueluche et ont qualifié Trudeau d’anti-Trump, il ne faut pas s’y tromper. Les deux politiciens se ressemblent davantage qu’il n’y paraît et maîtrisent à la perfection l’art de dissimuler leur totale vacuité derrière des effets de toge qui impressionnent la galerie.

L’un a été professeur d’art dramatique, l’autre s’est fait un nom dans le monde des affaires. Deux domaines où l’important est de faire illusion. Une leçon que la ministre Freeland a bien assimilée, elle qui expliquait à Washington avoir versé des larmes « pour que les Wallons se sentent coupables » d’avoir rejeté le traité de libre-échange Canada-Europe.

Que voilà un pays qui fait du pouce sur une réputation surfaite ! Pauvre Canada, a dit la Vierge Marie. On la croit sur parole.

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